CHAPITRE V
couleurs des vêtements que D... portait pendant sa vie (i). »
Le même H... lisdil Philippe de Commines, lorsque « portant la vue sur la croisée qui éclairait fortement une chaise placée près de lui, il aperçut sur cette chaise un crâne^ et, persuadé de la réahté de cette vision, il se disposait à sonner afin de demander pourquoi Ton avait apporté cet objet dans l'appartement ; mais voulant Texaminer de près auparavant , il se leva et s'avança vers la chaise ; il était sur le point de saisir le crâne quand il le vit disparaître. M. H... fut si surpris de cette circonstance, qu'il se sentit prêt à tomber, et pendant le reste de l'après- dîner il éprouva un léger étourdissement. Quinze jours après, il était assis dans la classe de rhétorique de l'Université d'Edimbourg, parlant avec un ami avant la leçon, lorsque, tournant les yeux subitement vers la croisée, il vit de nouveau le crâne sur le pupitre qui règne le long de la pièce ; la conviction fut encore telle qu'il dit à un ami : « Je ne sais
(i) Paterson : Mémoire sur les hallucinations; traduit par Brierre de Boismont. (Annales médico "psychologiques , t. III, page 413.)
ce que le professeur veut faire aujourd'hui avec un
crâne. »
Manso, l'ami du Tasse et son biographe, raconte une hallucination curieuse dont il fut le témoin. Le Tasse lui parlait depuis longtemps d'un génie familier qui venait le visiter, et pour le convaincre de la vérité de ses paroles, il lui offrit de lui faire voir les choses merveilleuses qu'il avait seul jusqu'alors vues et entendues. Tous deux étant assis près du feu, le Tasse tourna les yeux vers la fenêtre, et les y fixa avec une telle attention qu'il semblait ne plus entendre son ami qui lui parlait et qu'il ne lui répondait pas. Bientôt le génie lui apparut et il voulut le faire voir à Manso. «Je tournai tout de suite les yeux du côté qu'il m'indiquait, dit Manso, mais j'eus beau regarder, je ne vis que les rayons du soleil qui pénétraient par les vitres de la fenêtre dans la chambre ; pendant que je portais mes regards de tous les côtés, et que je ne découvrais rien d'extraordinaire, je m'aperçus que le Tasse était occupé à la conversation la plus sérieuse et la plus relevée; car, quoique je ne visse et n'entendisse que lui, la suite de son discours était distribuée comme elle doit l'être entre deux personnes qui s'en-