CHAPITRE V
Les hallucinations dédoublées, c'e^-à-dire relatives à un côté seulement des organes sensoriels doubles, fournissent aux partisans de cette doctrine un autre argument, et des plus spécieux. Les exemples n'en sont pas rares. Marc Donat parle d'une personne âgée de cinquante ans, qui, depuis une maladie grave, voyait sans cesse une araignée, des spectres, des tombeaux. Ces hallucinations avaient lieu seulement quand elle ouvrait l'œil gauche, le droit étant fermé, tandis que l'hallucination s'évanouissait dans l'épreuve opposée, et cependant cette personne n'avait rien d'anormal ni dans les tuniques, ni dans les humeurs de l'œil.
Maisonneuve a observé un jeune épileptique dont les attaques étaient précédées d'hallucinations de la vue; il apercevait une roue dentelée, au centre de laquelle était une figure horrible ; or, dit Maisonneuve, l'œil gauche de ce malade était seul frappé de cette illusion. Dans son intéressant ouvrage sur le haschich, M. Moreau de Tours cite le cas d'un aliéné ayant des hallucinations de la vue, et qui disait apercevoir seulement de l'œil droit des visions imaginaires. Le même auteur rapporte encore
IIO DE l'imagination.
le cas d'un halluciné de Bicêtre qui entendait des voix fantastiques tantôt de l'oreille droite, tantôt de l'oreille gauche, et jamais de toutes les deux à la fois. Une dernière preuve pathologique que les sens peuvent intervenir comme élément provocateur dans le phénomène de l'hallucination, c'est que les hallucinations de la vue se lient dans certains cas à des maladies de l'œil. « Une petite fille, dît M. Guépin (Études physiologiques sur Vœil et la vision)^ que j'ai soignée deux fois pour des ulcères graves de la cornée, a été prise deux fois d'hallucinations curieuses : pendant toute la période de gravité de ces ulcères scrofuleux , elle voyait à côté d'elle, à gauche et toujours au même endroit, une image en plâtre de la Vierge. Nous avons vu nous-même, dit encore M. Guépin, chez un malade traité par un de nos confrères, une affection de l'iris, de la choroïde et de la rétine de l'œil opéré, qui avait déjà attaqué l'autre œil, au moment où nous fûmes appelé, et qui avait déterminé des hallucinations qui ^ont cessé avec les souffrances de l'œil non opéré; ces hallucinations consistaient dans la vue incessante d'objets nuisibles, désagréables et dangereux, tels que précipices, animaux féro-