‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 49 sur 150 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d'une irritation ou d'une lésion, elle durerait autant que la lésion ou l'irritation, et serait toujours la même tant que la lésion persisterait; pendant tout le cours de sa maladie, le malade ne verrait qu'un objet ou un petit nombre d'objets. C'est ce qui arrive dans les maladies des yeux, le strabisme, l'amaurose, etc. ; les mêmes phénomènes anormaux se reproduisent constamment. Le malade voit toujours les objets doujples, ou il ne cesse d'apercevoir des cercles brillants ou des gerbes de feu. Au contraire, rien de plus changeant, de plus capricieux que les hallucinations, le même instant les voit naître et s'évanouir pour faire place à d'autres aussi fugitives ; on n'y rencontre presque jamais la fixité qui caractérise les illusions.

J'avouerai de plus que je ne vois pas bien comment on trouve dans la théorie que je combats de quoi expliquer les hallucinations associées de plusieurs sens. A moins d'être doué d'un esprit fort enclin au merveilleux, il est diflicile d'imaginer des lésions simultanées accidentelles si proprement ajustées ensemble, que les sensations qui en sont la suite puissent être attribuées au même objet; j'accorde, si l'on veut, qu'à la suite d'une blessure de l'œil, le malade

verra un fantôme ; mais le touchera-t-il, l'entendra-til parler ? Pour ma part, j'aimerais autant croire au fantôme lui-même qu'à une rencontre si extraordinaire. De plus^ on voit souvent Thallucination d'un sens provoquer l'hallucination des autres, suivant les lois ordinaires de l'association des idées. Un malade voit le diable, bientôt il l'entend, puis il le touche, puis if sent une odeur de soufre, etc.

Ce n'est pas tout : les hallucinations comme^ les rêves, reflètent d'ordinaire les idées les plus habituelles de ceux qui les éprouvent. On pourrait leur appliquer les vers de Lucrèce :

« Et quo quisque ifere studio devinctus adhseret,

« Aut quibus in rébus multum sumus ante morati,

« Atque in ea ratione fuit contenta magis mens,

« In somnis eadem plerumque videmur obire :

« Causidici causas agere et componere leges,

« Induperatores pugnare ac praelia obire,

« Nautas contractum cum ventis degere bellum (i). »

Un esprit simple et crédule est hanté d'autres visions qu'un sceptique. Le gourmand voit des mets délicats et en sent l'odeur exquise ; Tavare plonge ses

(i) Lucrèce, livre IV, 959-965, de l'édition Bemays.

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