‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 50 sur 150 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mains dans Tor ; un caractère morose est assiégé de visions lugubres ; au contraire, un esprit joyeux s'égaie en hallucinations riantes. Les hallucinations des savants sont des hallucinations sayantes ; les ignorants restent ignorants dans leur délire. Le malade qui s'entretient avec un interlocuteur imaginaire ne lui prête pas plus d'esprit qu'il n'en a lui-même, et tous les personnages fantastiques qui font la cotiversation d'un sot sont des sots au même degré que lui. On retrouve souvent dans les hallucinations le souvenir d'études antérieures. Je ne sais plus quel savant, à la suite d'un travail fatigant sur les religions de l'Orient, eut le plaisir d'assister ainsi à la naissance du monde d'après la cosmogonie des Hindous.

Ajoutons une dernière preuve : c'est que si dans l'hallucination la sensation était la cause de l'image, elle viendrait la première; au contraire, on remarque que l'hallucination est presque toujours précédée d'une image longtemps combattue. Cette image obsède l'esprit en dépit des efforts qu'il fait pour la chasser ; enfin, dès qu'elle est assez vive, la sensation survient et la perception est complète ; on dirait une flamme qui éclate après avoir longtemps couvé.

ii6 DE l'imagination.

Les exemples abondent de ces hallucinations, qui sont comme le dernier période d'images envahissantes, et qui ne prennent le caractère de perceptions qu'après une longue résistance de l'esprit qu'elles assiègent (i).

Il faut donc renoncer à chercher la cause principale de l'hallucination dans une lésion ou dans une excitatioh accidentelle des appareils sensoriels; on ne peut l'expliquer qu'en admettant une action réciproque des images sur les sensations et des sensations sur les images, ou, si l'on aime mieux, des appareils sensoriels sur les lobes cérébraux, et des lobes cérébraux sur les appareils sensoriels. Et, en y réfléchissant un peu, on ne doit pas être plus surpris de cette action de la pensée sur les sens que de l'action des sens sur la pensée. Cette dernière action est à la vérité la plus ordinaire ; dans l'immense majorité des cas, l'excitation va de dehors en dedans, la sensation commence, l'image suit; mais le contraire arrive quelquefois. Pour emprunter à la mécanique une comparai-

(i) On peut en voir un exemple frappant dans M. Taine : De V Intelligence, tome P', pages 132 et suivantes.

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