‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 55 sur 150 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tion importune que les sensations leur opposent sans cesse durant la veille, elles prennent alors leur revanche, s'emparent de Tâme et y régnent sans partage : ainsi un ennemi toujours prêt à profiter des conjonctures favorables, enlève une ville assiégée dans le temps que les sentinelles sont endormies.

L'on peut observer que les sensatiojis de chaque ordre sont de plus grands obstacles aux images du même ordre qu'aux images d'ordre diflFérent ; des impressions visuelles très-distinctes ne nous empêchent nullement de concevoir des sons. Nous pouvons boire d'une liqueur et penser à un tableau, passer la main sur une surface rugueuse et imaginer une saveur. Au contraire, l'audition d'un son rend presque impossible la conception d'un autre son, et une sensation visuelle exclut une image visuelle.

Il suit de là que toutes les causes qui rendent un organe insensible aux impressions extérieures, ajoutent beaucoup à la vivacité des images de même nature que les sensations dont cet organe est le siège.

Les hallucinations de l'ouïe sont très-fréquentes chez les sourds. M. Baillarger dit avoir eu dans son service cinq femmes atteintes de surdité à différents

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degrés ; toutes avaient des hallucinations de Touïe ; Tune d'elles était complètement sourde, et c'est chez elle que les hallucinations étaient les plus fortes. Les fausses perceptions de la vue surviennent surtout dans l'obscurité ; presque toujours la lumière les fait évanouir. Certaines personnes n'ont qu'à fermer les yeux pour provoquer aussitôt des hallucinations optiques. Il en est qui ne peuvent s'endormir sans avoir de la lumière dans leur chambre ; s'ils négligent cette précaution, toutes sortes de visions effrayantes viennent les tourmenter. La fatigue d'un organe, en émoussant la sensibilité, prédispose par là même aux fausses perceptions ; on en observe fort souvent de telles après l'observation de quelque objet brillant ou après un usage prolongé du microscope.

Quand un homme veut méditer, une sorte d'instinct l'avertit de rechercher la solitude, et de se dérober ainsi aux sensations qui pourraient le distraire; il tâche à prendre une position commode, sachant bien que lorsque le corps est à la gêne, il trouble l'âme par des sollicitations continuelles. Un élève studieux aux prises avec une leçon difficile, s'applique fortement les mains sur les oreilles, ferme les yeux^

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