‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 59 sur 150 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ses cinq actes entiers avec tout Taccompagnement des impressions diverses qu'éprouvaient et manifestaient les spectateurs à chaque scène. Arrivé à la fin du drame, il s'entendit avec bonheur nommer au milieu des plus vifs applaudissements. Tout à coup il s'éveille; éveillé, il regarde; il n'en pouvait croire ni ses yeux, ni ses oreilles : on en était encore aux premiers vers de la première scène ; il n'y avait pas deux minutes qu'il s'était endormi (i). »

Cette vélocité prodigieuse de la pensée durant le sommeil explique bien comment il se fait que l'accident qui nous réveille, un bruit soudain, un coup, une lumière vive, semble souvent la conclusion logique, le dénouement prévu du rêve qui justement .nous occupait. Le court instant qui sépare du réveil le moment où la sensation a été perçue, suffit à ajuster le songe à la réalité. Si, par exemple^ c'est un coup qui nous éveille, nous aurons le temps d'imaginer une querelle, des injures, des menaces et un geste de notre adversaire, dont le coup paraîtra la conséquence toute naturelle.

(i) Macario: h Sommeil , 47.

Beaucoup se plaisent à croire que, durant le sommeil, l'âme est affranchie des liens du corps ; tout au contraire, ces liens ne pèsent jamais plus lourdement sur elle. Les mille petites sensations internes qui résultent du jeu normal ou irrégulier des organes, la tiennent continuellement sous leur dépendance. Souffrons-nous quelque peu de la faim, l'imagination nous transporte près d'une table abondamment servie; éprouvons-nous quelque malaise, nous nous voyons en rêve dans un embarras quelconque, par exemple nous nous avisons, au milieu d'une soirée, que nous avons oublié notre habit ; un étudiant rêve qu'il passe un examen et qu'on l'interroge sur des sujets qui lui sont complètement étrangers ; un avocat a oublié k cause sur laquelle il doit plaider, etc.

Les rêves sont donc souvent le reflet de l'état physiologique ou pathologique du songeur : c'est au point que plusieurs médecins pensent qu'il peut être utile de s^enquérir des rêves ordinaires du malade. Cicéron en fait la remarque : « Medici ex quibusdam rébus et advenientes et crescentes morbos intelligunt (i). »

(i) Cicéron : De Divinatione, ii, 69.

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