CHAPITRE VI. I
calme à son visage. Les mots par lesquels on a coutume d'exprimer un sentiment peuvent à leur tour le produire. Il ne faut que lire des vers à haute voix pour entrer presque aussitôt dans les sentiments de l'auteur ou du personnage qu'il fait parler. Un avocat qui commence un plaidoyer^ mal assuré de la justice de sa cause et de la force de ses raisons, s'affermit dans son idée à mesure qu'il la développe, s'étonne de n'avoir point d'abord trouvé son affaire si bonne, et s'enivrant de ses propres paroles, parvient à la conviction en parlant comme s'il était convaincu ; il est la première dupe de son éloquence. Tel chant lyrique, expression d'un sentiment patriotique exalté, rend un instant à ceux qui le répètent, même à contre-temps, quelque chose de l'ardeur héroïque qui l'inspira.
Ce pouvoir de direction des attitudes et des mouvements sur la pensée est surtout remarquable pendant le sommeil. On fait prendre à un somnambule ou à un hypnotisé l'attitude qui marque l'épouvante : bientôt sa pâleur, le tremblement qui agite ses membres, les efforts qu'il fait pour s'enfuir, attestent la terreur profonde qui s'est emparée de lui. On lui
donne l'attitude de l'orgueil, • presque aussitôt il se redresse, évidemment très-satisfait de lui-même. On lui compose une physionomie riante en écartant les coins de la bouche et en les relevant légèrement, une minute ne s'est pas passée que des éclats de rire témoignent que Ton a excité en lui des idées trèscomiques. Il n'est pas plus difficile de le faire pleurer amèrement.
« Non-seulement de simples émotions, dit Carpenter, mais encore des idées précises peuvent être ainsi provoquées. Levez la main du patient au-dessus de sa tête, et fléchissez ses doigts sur la paume, l'idée de grimper, de se balancer, de tirer une corde est provoquée ; si au contraire vous lui fléchissez les doigts, tout en laissant pendre ses bras le long de son coté, l'idée qui s'éveille en lui est celle de soulever un poids, et si les doigts sont fléchis pendant que le bras est porté en avant dans la position de donner un coup, c'est l'idée de boxer qui surgît. » On voit alors le somnambule ou l'hypnotisé compléter l'action spontanément. »