‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 65 sur 150 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ravissement leurs robes de lumières et leurs grandes ailes blanches ; il les compte, il suit leur vol majestueux. Que le ciel redevienne serein, la vision s'évanouit aussitôt, ce qui prouve qu'elle était bien déterminée par la sensation.

« L'illusion, dit fort ingénieusement le D' Lasègue, est à l'hallucination ce que la médisance est à la calomnie. L'illusion s'appuie sur la réalité, mais elle brode; l'hallucination invente de toutes pièces, elle ne dit pas un mot de vrai. »

Bien que, pendant l'illusion, l'impression soit sans doute la même que dans les circonstances ordinaires, il est diflScile de croire que la sensation résultante ne subisse aucune altération, et que le malade pèche seulement par inattention, précipitation ou ignorance, en interprétant mal des données d'ailleurs exactes.

La constance de certaines illusions qui résistent pendant plusieurs années aux démentis répétés de l'expérience, exclut la supposition que ce puisse être de simples erreurs.

« Une mère dont la fortune s'était épuisée en vaines démarches pour soustraire son fils au service militaire, tombe dans une profonde mélancolie; jour

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et nuit elle pleure, elle appelle son fils dont elle ne reçoit plus de nouvelles ; Tégarement était à son comble lorsqu'une idiote entre à l'hospice qu'elle habitait; à sa vue elle s'écrie : C'est mon Frédéric! et dès ce moment elle cesse de se lamenter; elle recouvre sa santé physique et s'adonne au travail; elle prodigue pendant plusieurs années les soins les plus touchants à cette fille qu'elle prend pour son fils; enfin, cette idiote ayant été atteinte de phthisie pulmonaire, ces soins deviennent de tous les instants. L'idiote succombe, et notre mélancolique se console de la mort de ce fils imaginaire, mais en répétant sans cesse qu'elle ne tardera pas à le rejoindre. En dehors de cette idée, point d'autre aliénation mentale Qui croirait que dans un délire aussi restreint,

une illusion aussi complète et aussi étrange ait pu durer plusieurs années sans interruption, et que les impressions produites par le corps de l'idiote et le souvenir de l'image si différente de Frédéric ne se soient pas trouvés une seule fois en opposition pour dissiper l'illusion de cette tendre mère (i) ? »

(i) Falret : Maladies mentaUs, 215, 216.

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