CHAPITRE VII
nous a charmés, et qu'au moment où nous nous croyons prêts à la ressaisir, un piano retentissant vienne à jouer un autre air dans l'appartement voisin, nous maudissons de très-bon cœur le malencontreux instrument. Nous ne voulons autour de nous que des spectacles en harmonie avec nos sentiment^ : nous sommes fâchés de voir, un jour de fête, le ciel morne et la nature désolée; les couleurs sombres conviennent au deuil aussi bien que les mélodies graves et les visages sévères. Un trait d'esprit plaît mieux sur des lèvres spirituelles ; on est au contraire blessé de voir une figure intelligente à un sot ou une mine cauteleuse à un honnête homme. La figure prétentieuse d'un exécutant, ou la tournure bizarre et les replis tortueux d'un instrument suffisent à gâter le plaisir d'un beau concert. Telle particularité, en elle-même indifférente, produit ainsi par le contraste une irritation qui semble hors de toute proportion avec sa cause. C'est pour cela que la vue des visages joyeux augmente la tristesse, et que les malheureux voudraient que tout répondit à leurs plaintes.
« Dulce mœreriti populus dolentum, « Dulce lamentis resonare gentes.
« Lentius luctus lacrimoeque mordent,
« Turba quas fictif simili fréquentât.
« Semper, ah I semper dolor est malignus. »
(SÉNÈauE.)
Le calme de la nature irrite la douleur au lieu de la calmer et semble insulter au deuil de l'homme* C'a toujours été pour Içs poètes une source intarissable de beaux vers, que ce contraste de nos douleurs et de l'implacable sérénité des choses. L'homme cherche jusque dans les objets inanimés une sympathie qu'il se plaint de n'y pas rencontrer. Le printemps même, cette saison d'universelle allégresse, a trouvé des cœurs blessés pour le maudire : « Mon cœur se brise; là-haut cependant le soleil salue en riant le mois de la volupté, le printemps est en fleur; dans la verte forêt résonne le chant joyeux des oiseaux; et fleurs et jeunes filles sourient d'un sourire virginal. O monde charmant, tu es hideux !
« Je serais vraiment tenté de louer l'Orcus ; là jamais de contraste impertinent qui nous mortifie ; pour les cœurs souffrants, la place est bien meilleure là-bas, au bord des eaux nocturnes du Styx; son bruissement mélancolique, le cri rauque et désolé des Stympha-