CHAPITRE VII
lides, le chant des Furies si aigu, si strident, et au milieu de tout cela, les aboiements de Cerbère,
« Tout cela forme une lugubre harmonie avec le malheur et la tristesse ; dans les domaines maudits de Proserpine, tout cela est d'accord avec nos larmes.
« Mais ici, en haut, que le soleil et les roses me torturent cruellement! le ciel se raille de moi, le bleu ciel, le ciel de mai. O monde charmant, tu es hideux ! » (H. Heine.)
Un des meilleurs préceptes à l'usage de celui qui veut vivre dans ce repos d'esprit si favorable à la sagesse aussi bien qu'au bonheur, sera donc de disposer sa vie avec art, de façon à éviter, dans les sentiments comme dans les pensées, les contrastes violents, les chocs soudains qui font perdre à l'âme son équiUbre. Ce sera de savoir se reposer dans une idée, s'y complaire, et passer à la suivante non point par bonds, mais en quelque sorte d'une démarche régulière et par une pente douce et insensible.
Sans doute, il faut avoir la force de supporter au besoin la lutte pénible des idées ; il faut l'affronter même quand le devoir l'exige. La vie a, comme certains fleuves, ses rapides qu'il est impossible de fran-
chir sans secousse, quelque désireux que Ton soit de s'abandonner mollement au fil de l'eau; mais du moins il faut tâcher d'éviter ces passes difficiles, et ne s'y engager que lorsqu'on ne peut suivre une autre voie.
C'est un art peu connu, encore moins pratiqué ; aussi n'entend-on de tous côtés que gens se plaindre d'inquiétudes et de dégoûts qui viennent seulement de leur maladresse et de ce qu'ils vivent à l'aventure sans prendre soin d'ajuster les circonstances à leurs pensées, ou, ce qui est quelquefois plus court, leurs pensées aux circonstances.
Vous êtes à la campagne ; il pleut, le ciel est bas et sombre, les chemins impraticables; vous demandez au premier livre venu un remède contre l'ennui. C'est un poëme pastoral : on y lit à chaque page de longues promenades à travers les forêts et les prairies, des diners sur l'herbe verte auprès d'une fontaine, peut-être, si l'ouvrage est écrit dans le goût ancien, des bergers jouant du chalumeau sous un hêtre; tout conspire à réveiller mal à propos le goût des plaisirs champêtres : ce ne sont qu'abeilles qui bourdonnent, zéphyrs qui murmurent, rossignols qui chantent. Vous vous laissez doucement bercer au charme de la