CHAPITRE PREMIER
sur une ou deu^ pages tous les. mots qui expriment des idées venues directement ou indirectement de la vue, faisons-en autant pour Touïe et pour les autres sens; après cela, voyons ce qui reste. Nous aurons ainsi une nouvelle preuve, s'il en est besoin, que la plupart des modifications de l'âme sont la suite de phénomènes extérieurs. Que l'âme les produise par sa propre force, l'univers ne faisant que lui donner le branle, ou bien qu'elle les subisse passivement , peu importe : dans un cas comme dans l'autre, l'influence d'une force étrangère est hors de doute. Les modifications qui surviennent dans l'âme à la suite d'une telle influence s'appellent perceptions.
Je prends pour accordé le fait même de l'existence du monde extérieur et de l'action qu'il exercé sur nous. Il ne s'agit point ici d'établir la valeur des raisons sur lesquelles se fonde l'invincible croyance du genre humain ; non qu'une telle entreprise soit impossible, mais elle m'entrainerait trop loin; et sur une
question d'une si grande importance, il vaut mieux se taire que de dire peu de chose.
Supposant donc l'existence de l'objet de la perception, je vais rechercher rapidement quelle peut être la nature de la perception elle-même; et que Rdd me pardonne une curiosité, qu'il jugerait pour sa part indiscrète !
L'idée qui se présente tout d'abord , c'est la ressemblance du phénomène intérieur et du phénomène extérieur. Le nom même d'image marque bien que telle a été la conception primitive; et il n'est pas probable que cette conception perde jamais son crédit chez la plupart des hommes. Ajoutons que cela n'est pas à souhaiter. Cette idée que la perception est une copie des choses est si naturelle, que ceux-là même qui sont convaincus de sa fausseté, s'en servent tous les jours comme d'une métaphore commode, et qui ne présente aucun danger scientifique.
Pour les philosophes (s'il s'en trouve) qui regardent la pensée comme un état du cerveau, cette proposition : que les idées ressemblent à leurs objets, ne renferme rien de formellement absurde qui doive la faire rejeter avant tout examen. Ils peuvent la com-