‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 8 sur 150 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

battre par les faits, mais non lui refuser leur attention. Pourquoi en effet n'y aurait-il pas dans le cerveau des mouvements et des figures semblables aux mouvements et aux figures des choses extérieures? Beaucoup de philosophes ont donné et donnent encore de la mémoire cette naïve explication. Pauvres gens ! je l'avoue; ignorants ! j'en conviens ; pourvu que l'on accorde que leur théorie n'a en soi rien d'expressément contradictoire. *

Pour les philosophes, au contraire, qui maintiennent la distinction de l'esprit et de la matière, la question peut être résolue à priori. Comment en efiet concevoir une ressemblance quelconque entre l'état d'un corps et l'état d'un esprit ? Que l'on parcoure la liste des propriétés des corps en se demandant sur laquelle portera la ressemblance. Ce ne sera certainement pas sur la matière. Sera-ce donc sur l'étendue ? Mais est-il besoin de remarquer que ce mot ne s'applique à l'esprit que par métaphore. Sur la forriie ? Mais il ne saurait en être question là où il n'y a pas d'étendue. L'idée d'un objet pesant, élastique, poreux, sera-t-elle pesante, élastique, poreuse ?

On ne peut davantage attribuer aux choses des qua-

lités semblables aux modifications qu'elles excitent en nous. Leur accorderons-nous la couleur? Mais cette sensation ne ressemble certainement pas à l'état d'une surface propre à réfléchir tels ou tels rayons lumineux. La chaleur? Mais autant vaudrait, comme dit la Logique de Port-Royal , y mettre la brûlure ; et l'on en peut dire autant de toutes les sensations, et, à plus forte raison, des émotions qui les accompagnent.

Mais peut-être cette ressemblance qui n'est pas entre les idées et les choses se rencontre- t-elle entre leurs ordres de succession, de telle sorte que la suite de nos perceptions représente la suite des phénomènes extérieurs. C'est là encore une illusion. Les phénomènes extérieurs ne s'enchaînent pas en une série unique et continue ; ils se produisent dans l'espace, et en nombre presque infini dans le même instant. Tous sont dans une dépendance mutuelle , tous s'entremêlent et se pénètrent; si quelques-uns semblent former une suite régulière et indépendante, cela tient au pouvoir d'abstraire, grâce auquel nous pouvons nous attacher seulement aux conditions immédiates des phénomènes qu'il nous importe en effet le plus

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