CHAPITRE VII
lecture. Imprudent ! ne sentez-vous pas que plus vous songerez aux plaisirs dont vous êtes privé, plus aussi s'accroîtra votre dépit. Prenez plutôt, si vous êtes sage, prenez quelque traité de morale, ou bien quelque méditation sur la nécessité où nous sommes tous de mourir; outre que c'est une lecture profitable et d'un grand usage pour modérer les passions, vous y trouverez encore cet avantage qu'elle ne vous inspirera pas à contre-temps le goût de la promenade. Sachez surmonter quelque léger ennui qui vous préservera de sentir à chaque instant l'affront que vous fait le mauvais tempS, et cette dépendance fâcheuse où vous êtes du soleil et des nuages.
Les lecteurs délicats font mille remarques pareilles ou plus subtiles encore, et sur ces remarques fondent des maximes tendant à éviter les tristes effets du conflit d'images contraires. Tous, par exemple, sont d'accord qu'il y a entre le sujet d'un livre et la forme extérieure, le papier, le caractère, des convenances secrètes que l'on ne saurait méconnaître sans blesser d'abord les gens de goût ; imaginez s'il se peut un Gresset in-folio avec tranches rouges et fermoir en cuivre, ou bien un saint Thomas en petits volumes
tout reluisants et tout coquets de leur vêtement jaune clair et de leur format Charpentier.
Si pénible que soit le conflit des images, il a pourtant des effets salutaires, et c'est le prix dont on paie la liberté de l'esprit. Nous ne gardons en effet notre empire sur nous-mêmes qu'en fortifiant sans cesse les images les plus faibles pour les opposer aux plus puissantes dont la tyrannie commence à se faire sentir. Nous maintenons ainsi dans l'imagination une salutaire anarchie, nous divisons pour régner. Parfois aussi cet empire nous échappe; entretenue, fomentée par des causes inconnues, quelquefois organiques, une image revient sans cesse et toujours plus forte. C'est ce que l'on remarque surtout dans la période d'incubation qui, souvent, précède la foUe. Bientôt l'idée triomphe de toutes les résistances, asservit l'âme et la gouverne en maitresse impérieuse. Le malade cependant se débat quelque temps encore sous cette puissante étreinte ; on dirait qu'il se roidit