CHAPITRE VII
contre la folie. Il abandonne successivement plusieurs chimères trop absurdes ; une se présente enfin, mieux appropriée aux dispositions générales de ses organes et à l'état de son intelligence; il l'adopte, fatigué qu'il est d'opposer une résistance inutile,
« Non aliter quam, qui adverso vix flumine lembum
« Remigiis subigit, si bracchia forte remisit,
« Atque illum in praeceps prono rapit alveus amni. »
Dès lors, c'en est fait, toutes les idées qui contrariaient cette image maîtresse disparaissent et font place à d'autres qui la fortifient. Le malade n'use plus de sa raison que pour mieux s'affermir dans la folie. Il s'ingénie à trouver toutes sortes de motifs pour rendre son idée plausible à lui-même et aux autres. Il invente pour cela des histoires fantastiques, et se forme peu à peu un système complet d'idées étroitement associées, capables de repousser toute image nouvelle qui viendrait les contrarier. Dès que ce travail d'organisation est achevé, il faut désespérer de la guérison. Peu à peu toute activité intellectuelle disparait, l'aliéné ne fait plus que répéter les mêmes idées en se servant des mêmes expressions ; il ne se
dément plus, c'est un véritable automate que le même poids entraîne sans cesse et fait tourner dans le même sens.
Les événements les plus extraordinaires, les spectacles les plus saisissants ne sauraient plus troubler sa funeste sérénité. Le fou ne les voit pas ou n'en tient pas compte, ou bien il les dénature pour les ajuster à son délire. Un incendie, une bataille, un bombardement n'ont rien qui l'étonné. Il est comme le juste d'Horace que la chute d'un monde ne saurait ébranler. Le docteur Drouet a été frappé, durant le dernier siège de Paris, de l'étrange indifférence des aliénés de l'asile de Vaucluse. Beaucoup prétendaient que tout ce qu'ils voyaient n'était qu'un vain prétexte pour les retenir captifs, une comédie assez maladroitement jouée ; plusieurs s'évadèrent et furent ramenés par les Prussiens, sans pour cela renoncer à leur illusion. Le docteur Foville a constaté la même impassibilité chez les aliénés de Charenton. « La vaste étendue de campagne qui se déroule sous les yeux des aliénés présentait le spectacle militaire le plus varié et le plus émouvant. Une partie notable des faits de guerre qui se succédaient au sud de Paris était accessible à leurs