‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 75 sur 150 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

attaches qui déterminent l'ordre dans lequel elles se succèdent ; et c'est pour cela qu'on dit en commun proverbe, qu'il ne faut point parler de corde dans la maison d'un pendu.

Comme les faits de conscience sont plus ou moins liés à des antécédents organiques, il paraît hors de doute que les uniformités de succession constatées par l'observation intérieure entre les idées supposent des uniformités de succession correspondantes entre les états nerveux qui en sont la condition. Mais il s'en faut bien que, dans cette étude, les physiologistes aient marché du même pas que les psychologues. Les lois de l'association des idées sont peut-être ce qu'il y a de mieux établi dans toute la science de l'âme, au lieu que l'étude des mouvements du cerveau et du mode suivant lequel un état nerveux appelle le suivant, n'est pas même commencée.

A la vérité, un physiologiste éminent, SchifF, a fait voir par une - suite d'expériences ingénieuses que l'ébranlement produit par une sensation en un endroit déterminé du cerveau (ébranlement que l'on reconnaît à une élévation locale de température) gagne peu à peu toute la couche corticale des lobes

cérébraux (i). Mais il ne semble point que l'on puisse déduire de là une loi quelconque de l'association, et d'ailleurs qui saura jamais si cet ébranlement successif n'est pas lui-même l'effet de l'association et des modifications organiques qu'elle entraine, bien loin d'en être la cause.

La loi de l'association semble commune à tous les phénomènes vitaux. Elle s'applique aux mouvements aussi bien qu'aux idées; jfar cela seul, en effet, que des mouvements se produisent suivant un certain ordre, ils contractent une tendance à se répéter toujours de même, ce qui permet d'accomplir des actes très-compliqués avec la sûreté et l'aisance qui caractérisent les mouvements instinctifs. Le mouvement musculaire nécessaire pour faire un pas est si bien associé au mouvement nécessaire pour en faire un second que l'un entraîne presque infailliblement l'autre ; une fois commencée, la marche continue sans que l'on ait besoin d'y prendre garde. On sait quelle sûreté de main un musicien acquiert à force de jouer

(i) VoirSchiff: Recherches sur réchauffement des nerf s et des centres nerveux. Archives de physiologie normale et pathologique, 1 869-1 870 ; et aussi Luys : Revue scientifique, 13 mars 1875.

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