CHAPITRE VIII
notre manière de les concevoir. Ce n*est pas là un rapport entre les idées, mais bien entre les objets des idées.
Il convient évidemment de commencer par l'étude des causes subjectives, puisque les autres n'agissent qu'indirectement et par l'intermédiaire de celles-là, et que leur rôle se borne à donner aux causes subjectives l'occasion d'entrer en jeu ; par exemple, la contiguïté des objets dans l'espace favorise l'association de leurs idées dans l'esprit parce qu'il est aisé, lorsque des choses sont voisines, de les voir ou de les toucher immédiatement l'une après l'autre. De cette façon, l'idée de la première n'ayant pas encore eu le temps de s'effacer au moment où l'idée de la seconde survient, ces deux idées occupent ensemble l'esprit au moins pendant quelques instants. Ce sont là des choses si simples que j'aurais honte d'y insister plus longtemps.
Toutes les conditions subjectives de l'association des idées peuvent se ramener à une seule, qui est
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leur présence simultanée dans l'esprit. Pour que deux idées soient associées, il faut et il suffit qu'elles aient été, à un moment donné, comprises dans un concept unique, enveloppées pour ainsi dire dans un seul acte de connaissance. On peut tirer immédiatement de cette loi les conséquences suivantes, que l'expérience vient du reste confirmer :
I** Lorsque deux sensations ou un plus grand nombre ont été éprouvées simultanément, les idées de ces sensations demeurent associées.
De là tant d'associations bizarres où l'on cherche en vain le nœud secret qui tient les parties assemblées. Pendant que je regarde attentivement un tableau, voici qu'un clairon sonne dans la rue. Je prends peu garde à ce bruit ; dans une heure on me demanderait si je l'ai entendu, je serais fort empêché de répondre. L'idée du clairon ne laisse pourtant pas de demeurer associée à celle du tableau, et si, au bout d'un an, l'une vient à rappeler l'autre, si dans le temps que je prends plaisir à voir défiler un régiment, je me surprends à penser à un paysage italien ou hollandais, j'admirerai les capricieuses démarches de l'imagination, et, pourvu que je sois le moins du monde phi-