‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 78 sur 150 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

k)sophe, je songerai peut-être à tirer de là un argument • pour prouver que deux idées se succèdent quelquefois sans avoir été précédemment associées.

C'est par une association de cette sorte, résultant de sensations simultanées, que se forment les idées des objets extérieurs, c'est-à-dire certains groupes d'idées dans un état particulier de combinaison, groupes si cohérents qu'ils paraissent simples, et qu'il faut une analyse attentive pour se convaincre de leur complexité. « L'idée d'une orange, dit Locke, se compose de certaines sensations et, par suite, de certaines idées simples de couleur, de forme visible et tangible, de goût, d'odeur, de consistance, de poids, etc. ; et cependant une orange, dans notre manière habituelle de sentir et de concevoir, n'est qu'une idée simple et non une réunion d'idées; ce qui montre que, si plusieurs sensations différentes ont été souvent éprouvées en même temps ou dans une succession très-rapide, non-seulement les idées de ces sensations s'excitent les unes les autres, mais qu'elles le font d'une naanière tellement instantanée et certaine, qu'elles semblent se fondre en une seule. »

2** Lorsque des sensations se présentent en même temps

que des idées ^ ces idées demeurent associées aux sensations ou aux idées qui reproduisent les sensations.

L'association se forme, alors même que la rencontre est toute fortuite; par exemple, je médite sur la meilleure forme de gouvernement, et cependant mes yeux se fixent par hasard sur une fleur ou sur un insecte : l'année d'après, il m'arrivera de cueillir une rose et, sans autre transition, de me mettre à peser les avantages et les inconvénients àe la monarchie et de la république.

Les sensations musculaires qui accompagnent les mouvements peuvent, aussi bien que les autres, s'associer aux idées; ainsi une marche rapide suggérera les idées qui occupaient l'esprit la dernière fois que l'on a marché de ce pas. On voit assez quel trouble de telles associations jettent dans l'esprit, et combien les idées qui se suivent de cette façon doivent sembler incohérentes.

L'association se forme aussi avec les sensations organiques, telles que la faim, la soif, la migraine, etc. Un malade tourmenté par la soif revoit dans son délire, avec une reconnaissance mêlée de regret, tous les ruisseaux, toutes les fontaines où il s'est désaltéré,

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