‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 79 sur 150 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

et si, rendu à la santé, il revient un jour s'y rafrai-^ chîr, sa joie s'accroîtra encore du souvenir des maux passés.

• Les liens les plus étroits unissent les sensations aux idées qui les accompagnent dans la même perception; cependant la perception fortifie cette association plus qu'elle ne la crée. Il faut, en effet, pour qu'une sensation excite certaines idées, qu'elle leur soit déjà unie par une association préalable due à d'autres causes.

3® Les idées demeurent associées lorsqu'elles ont été ensemble présentes à l'esprit.

C'est ce que l'on remarque en particulier pour les idées qui ont fait partie d'une même perception, et l'on a vu que les images se forment et se conservent de cette façon.

L'association est encore plus forte entre les idées relatives, c'est-à-dire accouplées, de telle sorte que l'une suppose implicitement la présence de l'autre. L'on tâcherait en vain de penser à quelque chose de grand sans penser en même temps à quelque chose de plus petit, ou de concevoir l'irrégulier sans le régulier, le gauche sans le droit, le haut sans le bas, le

sec sans l'humide, l'imparfait sans le parfait, le relatif sans l'absolu, le fini sans l'infini. Ce n'est pas que les

termes de quelques-unes de ces oppositions, considérés en eux-mêmes et objectivement, ne puissent exister l'un sans l'autre ; le parfait peut assurément être sans l'imparfait, l'infini sans le fini, l'absolu sans le relatif; mais la constitution de l'esprit s'oppose à ce que l'on conçoive les idées de ces choses autrement que jointes deux à deux.

C'est sur l'union intime des idées relatives .qu'est . fondé cet artifice de rhétorique qui consiste à caractériser une chose par l'énumération des qualités qu'elle n'a pas. On décrira uue montagne en disant qu'elle n'est ni escarpée ni sauvage, que le sommet n'est pas couvert de neige, ni les flancs de forêts, qu'elle n'est cependant pas fertile en pâturages, etc.

Bossuet veut peindre le courage avec lequel la duchesse d'Orléans vit venir la mort. « Son grand cœur, dit-il, ni ne s'aigrit, ni ne s'emporte contre elle. Elle ne la brave non plus avec fierté, contente de l'envisager sans émotion et de la recevoir sans trouble. » Il serait aisé de multiplier les exemples.

L'association des idées entre elles, comme aussi

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celle des idées avec les sensations, est d'autant plus parfaite qu'elles ont été plus souvent présentes ensemble. Ainsi l'habitude de traduire du latin en français et du français en latin fait contracter aux mots des deux langues une telle adhérence que les uns suggèrent aussitôt les autres, et que le travail de la traduction devient de jour en jour plus facile.

L'adhérence peut même devenir si forte qu'il ne dépend plus de nous de la vaincre. Les psychologues anglais contemporains ont étudié avec beaucoup de soin ces sortes d'associations auxquelles même ils ont cru pouvoir ramener les vérités qua d'autres philosophes attribuent à la raison.

. Le lecteur ne s'attend point sans doute à me voir ici développer et examiner la thèse associationniste avec l'attention qu'elle mérite , mais il aurait peut-être le droit de s'étonner un peu si, dans un chapitre traitant de l'association des idées, j'avais l'air d'oublier ou de dédaigner la grande école philosophique qui prétend y trouver la loi suprême de l'esprit et l'explication dernière de toutes ses démarches. On doit ce respect à une doctrine sérieuse et sincère d'expli-

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quer au moins en passant les principales raisons qui empêchent de l'accepter.

La doctrine associationniste repose sur une observation psychologique à peu près incontestable. « Il y a, dit James Mill, des idées qui, par la fréquence ou* la force de l'association, sont si étroitement combinées qu'elles ne peuvent plus être séparées. Si l'une existe, les autres existent à côté d'elle, en dépit des efforts qu'on peut faire pour les séparer.

« Par exemple, il n'est pas en notre pouvoir de penser l'étendue ou la solidité sans la figure ; nous avons constamment vu la couleur combinée avec l'étendue, répandue pour ainsi dire sur une surface , nous ne l'avons jamais vue que dans ce rapport constant. La couleur et l'étendue ont toujours été invariablement unies. Par conséquent, l'idée de couleur pénètre constamment dans l'esprit associée à celle d'étendue, et l'association est si intime qu'il n'est pas en notre pouvoir de la dissoudre; nous ne pouvons pas, quand même nous le voudrions, penser une couleur autrement qu'en combinaison avec l'étendue. Une idée évoque l'autre et la retient avec elle tout le temps qu'elle est présente à l'esprit.

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