‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 81 sur 150 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

avec une telle force, qu'il est impossible de concevoir l'idée contraire? Mais, n'est-ce donc pas le caractère de toute association constante, qu'il n'est plus en notre pouvoir de la dissoudre ? De plus, quelle expérience pourrait nous suggérer l'idée opposée ; sur quel type, sur quel modèle pourrions-nous la concevoir ? Tous les hommes, dites-vous, différents d'opinion sur tout le reste, s'accordent à reconnaître la nécessité de ces idées, et par là demeurent tous participants de la même raison; mais cet accord, en apparence merveilleux, n'a rien qui doive nous surprendre; la réflexion fait évanouir le prodige, et il ne faut pas plus s'étonner de voir tous les esprits frappés des mêmes expériences en recevoir la même empreinte, que de trouver semblables toutes les médailles frappées du même balancier. Que si, après toutes ces explications, vous persistez à reconnaître aux idées dont il s'agit une évidence supérieure, si vous dites que ce sont elles que l'on voit briller les premières à; l'aube de l'intelligence, et qu'elles resplendissent dès lors d'un éclat auquel les expériences nouvelles ne sauraient plus rien ajouter, il se trouvera des associationnistes accommodants et subtils qui conviendront

de toutes ces choses et leur feront une place dans leur doctrine. Ils diront, si vous voulez, « que s'en tenir à l'assertion inacceptable que, antérieurement à l'expérience, l'esprit est une table rase, c'est ne pas voir le fond même de la question à savoir : D'où vient la faculté d'organiser les expériences (1) ? »

Ils ajouteront que « si, à la naissance, il n'existe rien qu'une réceptivité passive d'impressions, un cheval pourrait recevoir la même éducation qu'un homme (2).» Ils conviendront que l'esprit dégage certaines vérités des premières expériences, non par une induction lente et successive, mais d'un seul coup, comme si, dès la naissance, elles étaient en nous à l'état de tendances, de puissances prêtes à passer à l'acte à la première occasion. Mais c'est ici que la doctrine de l'hérédité vient compléter fort heureusement la doctrine de l'association ; ces tendances que nous apportons en naissant sont notre héritage intellectuel, le patrimoine sans cesse accru que nous ont laissé nos pères et que nous transmettrons à nos

(i) H. Spencer : Synthèse spéciale, ch. vu.

(2) H. Spencer : Synthèse spéciale, ch. vii.

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