CHAPITRE VIII
descendants; c'est le trésor des expériences lentement accumulées des générations précédentes qui, à la longue, ont façonné l'esprit humain d'abord indifférent à toute forme, à toute détermination, et créé peu à peu dans le cerveau des dispositions organiques correspondant à ces tendances nouvelles; de sorte qu'il est vrai de dire que certaines idées viennent de la raison, pourvu que l'on entende ce mot comme il faut et que l'on n'aille point s'imaginer que l'homme ait reçu au commencement une lumière pour se conduire au milieu de l'obscurité des phénomènes, des semences de vérité qui n'attendent qu'une occasion favorable pour germer.
Si l'on voulait combattre un système si bien lié d'ans toutes ses parties, il faudrait, dit Stuart Mill, montrer que des associations aussi fréquentes et uniformes que celles qui, d'après la doctrine associationniste, produisent le sentiment de la nécessité, ne font pourtant croire qu'à une relation tout accidentelle et contingente entre les idées ainsi associées. Stuart Mill passe donc en revue les principaux exemples que l'on allègue d'ordinaire de ces associations prétendues constantes, qui ne donnent pourtant pas
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naissance à des idées nécessaires, et il montre qu'il y manque quelqu'une des conditions indispensables pour créer une association vraiment inséparable; il semble difficile de rien opposer à son argumentation victorieuse. «Voici dit-il, le premier exemple que donne M. Mansel : Je peux imaginer que le soleil se lève et se couche comme aujourd'hui, pendant cent ans, et qu'ensuite il reste continuellement fixe dans le m'éridien. Pourtant mon expérience de la succession du jour et de la nuit est au moins aussi invariable que celle des propriétés géométriques des corps- Je peux imaginer que la même pierre s'enfonce quatrevingt-dix-neuf fois dans l'eau et qu'elle surnage la centième, mais mon expérience répète invariablement le premier phénomène, et celui-là seul. »
L'alternative du jour et de la nuit est constante dans notre expérience ; mais le phénomène jour estil si intimement uni dans notre expérience avec le phénomène nuit, que nous ne percevions jamais l'un 5ans percevoir l'autre au même instant ou l'instant d'après ? C'est la condition qu'on retrouve dans toutes les associations inséparables qui produisent des nécessités de pensée. Les successions constantes dans les-