CHAPITRE VIII. l8l
quelles les phénomènes se présentent l'un après l'autre, mais seulement après un certain intervalle, ne donnent pas naissance à des associations inséparables. Pour créer une association inséparable, il faut des conditions mentales aussi bien que des conditions physiques. Prenons l'autre exemple de M. Mansel, une pierre qui s'enfonce dans l'eau. Nous ne l'avons jamais vue surnager, et pourtant rien ne nous empêche de concevoir qu'elle surnage. Et d'abord, nous n'avons pas vu, dès l'aube de la conscience et presque à chaque instant de notre vie, des pierres s'enfoncer dans l'eau, comme nous avons vu deux et deux faire quatre, deux lignes qui se coupent diverger au lieu d'enclore un espace, des causes suivies d'effets, et des effets précédés par des causes. Mais il y a encore une différence plus radicale. La conjonction présente de deux phénomènes pe crée pas entre eux une association inséparable, si pendant tout ce temps il se crée des associations cour tradictoîres. Personne ne suppose que si nous avions vu quelquefois des pierres surnager aussi bien que s'enfoncer, bien que nous les eussions souvent vues s'enfoncer, il se fût formé une association inséparable «ntre elles et la submersion. Nous n'avons pas v\;i
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une pîerre surnager, mais nous avons l'habitude constante de voir des pierres où d'autres corps qui ont la même tendance à s'enfoncer rester dans, une position qu'ils abandonneraient s'ils n'y étaient main*tenus par une force invisible. La submersion d'une pierre n'est qu'un fait de gravitation, et nous sommes très-bien accoutumés à voir la force de la gravitation contre-balancée. Tous les faits de cette nature, que nous avons vu et entendu rapporter, sont pro tanto des obstacles à la formation de l'association inséparable qui nous empêcherait de concevoir une violation de la loi de la pesanteur. La ressemblance est un principe d'association aussi bien que la contiguïté, et quelque contradictoire qu'une supposition puisse être à notre expérience in hâc materiâ, si notre expérience in alla materiâ nous offre des t3rpes présentant une ressemblance, éloignée même, avec le prétendu phénomène, tel qu'il serait s'il était réalisé , les associations for^ mées sous l'influence de ces types empêcheront en général les associations spécifiques de prendre une intensité et une force assez irrésistibles pour que notre imagination ne puisse plus se figurer la suppo^