‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 84 sur 150 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

sition sous une forme calquée sur l'un ou Tautre de ces types (i).

(i) Stuart Mill : Examen de la philosophie d*Hamiîton, ch.XIV.

M. Mansel ajoute : « L'expérience m'a constamment présenté le corps d'un cheval uni à une tète de cheval, et. une tête d'homme sur un corps d'homme ; de même que l'expérience m'a constamment présenté iin espace enfermé dans deux lignes courbes et non dans deux lignes droites. Néanmoins, je n'ai pas de peine à me figurer un centaure, mais je ne puis imaginer un espace enclos dans deux lignes droites. Pourquoi, dans le premier cas, considéré-je les résultats de mon expérience comme seulement accidentels et susceptibles d'infraction, bornés aux phénomènes actuels d'un théâtre restreint, et ne possédant pas de valeur hors de ce théâtre ; tandis que dans le dernier je suis contraint de les regarder comme universels et nécessaires ? Pourquoi puis-je, par l'imagination, donner au corps d'un quadrupède une qualité qui, d'après l'expérience, n'appartient qu'à celui des bipèdes ? Et pourquoi ne puis-je pas de la même manière investir les lignes droites d'un attribut qui, d'après l'expérience constante, appartient aux lignes courbes ? »

Je réponds : Parce que notre expérience présente mille modèles sur lesquels nous pouvons former la conception d'un centaure, et pas un seul sur lequel nous puissions ébaucher celle de deux lignes droites enfermant un espace. La nature, telle que l'expérience nous la montre, a des lois immuables, mais aussi des combinaisons variées. La combinaison du corps d'un cheval avec une tête d'homme n'a rien, prima facie, qui la sépare largement des variétés sans nombre que nous offre la'

La loyauté prescrit à qui veut combattre une doctrine, de faire de son mieux pour la présenter d'abord avec toutes les raisons qui peuvent la faire paraître plausible, et je ne crains point que l'on m'accuse d'avoir manqué à ce devoir de justice. Mais il me semble que les associationnistes se donnent vraiment trop beau jeu en posant la question comme ils font. Ils choisissent fort habilement leur champ de bataille.

nature vivante. Pour un homme du monde, sinon même pour un savant, ce fait ne sort pas des limites des variations de notre expérience. Toutes les variations analogues que nous avons vu ou entendu rapporter sont autant de faits qui nous aident à concevoir celle-ci; et toutes tendent à former une association, non pas de fixité, mais de variabilité, qui fait échouer la formation d'une association inséparable entre une tête humaine et un corps humain à l'exclusion des autres. Nous connaissons tant de têtes différentes unies à tant de corps différents, que nous n'avons pas beaucoup de peine à imaginer la combinaison d'une de ces têtes avec un de ces corps. Bien plus, la mobilité des objets dans l'espace est un fait si universel dans notre expérience, que nous concevons aisément qu'un objet quelconque prenne la place d'un autre ; nous imaginons sans peine un cheval dont la tête a été enlevée et remplacée par celle d'un homme. Mais quel modèle notre expérience nous offre-t-elle pour ébaucher, ou bien quels éléments pour construire la conception de deux lignes droites enfermant un espace ?

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et se ménagent une victoire facile sur Timprudent qui les y suivra. Les conditions psychologiques d'une association indissoluble sont en effet si nombreuses et si mal définies, que Ton peut toujours prétendre qu'il en manque quelqu'une tout à fait indispensable» Stuart Mîll use en habile homme de cette tactique dans le combat qu'il livre à M. Mansel. A chaque exemple nouveau que celui-ci apporte, Stuart Mill oppose adroitement une nouvelle condition à laquelle l'exemple ne satisfait point. Poui: lutter contre lui avec quelque avantage, il faudrait le contraindre d'abord à dresser une liste limitative des conditions nécessaires et suffisantes pour former une association indissoluble, et qu'il s'interdit d'ajouter à cette liste d'autres conditions à mesure que d'autres exemples les requièrent.

D^ailleurs, il n'est pas nécessaire d'accepter le combat dans des conditions si défavorables, et j'espère montrer qu'il reste à l'école associationniste plus d'une difficulté à vaincre, avant de faire accepter de. tous son explication des vérités rationnelles.

Écartons tout d'abord du débat la question de l'hé^redite, qui, loin de l'éclairer, rembroùîUe et le com-

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plîque inutilement. L'hérédité en effet ne crée rien, et si elle explique quelque chose, c'est la. transmission d'une certaine qualité, d'une certaine tendance, mais point du tout la formation de cette qualité, de cette tendance. Voici un homme qui a de grands biens, comment les a-t-il acquis ? — C'est, me dites-vous, ce qu'il a reçu de son père. — Mais son père luimême, comment s'est-il enrichi ? — Il a hérité de ses ancêtres. — Je vous entends, mais ses ancêtres, quel art, quelle industrie leur a valu ces biens qu'ils ont transmis à leur race ? par quel travail ont-ils créé la richesse dont leur arrière-neveu jouit aujourd'hui? par quel travail leurs descendants l'ont-ils accrue ? C'est là ce qui nous intéresse, c'est là ce qu'il faut expliquer. L'hérédité relie seulement les générations et fait que le fils continue en quelque sorjte la personne du père, «sustinet personam defuncti», disent les jurisconsultes romains. De cette façon, l'on peut, comme Pascal, considérer tous les hommes comme un seul homme qui vivrait toujours en apprenant sans cesse; mais il n'apprendra toujours qu'à condition que chacun des hommes successifs qui le composent s'instruira lui-même. Si tous lés hommes de^

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