‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 87 sur 150 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

de succession simple, les phénomènes se passent dans le temps. Au contraire, je regarde, successivement les différentes parties d'une maison; il dépend de moi de suivre dans cet examen tel ordre plutôt que tel autre : je puis considérer d'abord le rez-de-chaussée, puis le premier étage, puis le second, puis les combles, ou au contraire commencer par les combles pour finir par le rez-de-chaussée. Je puis parcourir en deux sens, les mêmes états de conscience,, je dis alors que les causes extérieures de ces états de conscience coexistent dans l'espace.

La question est de trop grande conséquence pour qu'il soit permis de l'effleurer même en passant. J'observe pourtant que la doctrine de H. Spencer ne détruit point du tout la spécialité de l'idée d'espace, mais implique seulement qu'elle ne saurait se développer qu'après celle de temps.

D'ailleurs, il s'agit ici des conditions objectives de l'association; et quand même on ramènerait l'idée de l'espace à l'idée du temps, on ne ferait pas que le temps fût la même chose que l'espace, ni la contiguïté dans l'un la même chose que la contiguïté dans l'autre.

2° Contiguïté dans le temps. La simultanéité de deux phénomènes est certainement une circonstance qui favorise l'association des images de ces phénomènes, puisque les sensations qui en résultent sont présentes ensemble et que, par suite, leurs idées demeurent unies,

La contiguïté dans le temps doit s'entendre nonseulement des phénomènes tout à fait simultanés,, mais encore de ceux qui se succèdent immédiatement • ou à court intervalle. En effet, on peut présumer dans ce cas que l'idée du premier n'a pas encore disparu lorsqu'apparaissent les sensations amenées par le second.

Il va sans dire que la contiguïté dont on parle ici est toute relative et qu'il faut considérer, non le temps i;éel où les phénomènes se produisent, mais le temps où ils font quelque impression sur nous. Ainsi, deux sons venant de distances inégales peuvent être entendus ensemble bien qu'ils ne se produisent point au même instant ; de même, l'inégalité de vitesse du son et de la lumière fait que l'on entend le tonnerre un certain temps seulement après avoir vu l'éclair, quoique l'étincelle et l'ébranlement qui produit le son soient réellement simultanés.

Page 1