‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 88 sur 150 · CHAPITRE vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE vin

On doit remarquer que les sensations de même nature simultanées ou qui se succèdent à un trèscourt intervalle, ne s'associent point, à vrai dire, mais se composent en une résultante unique qui diffère quelquefois des composantes, non-seulement en quantité, mais aussi en qualité, comme il arrive pour les couleurs diverses perçues en même temps.

Le même se peut dire des sons. Helmholtz a fait voir, par exemple, que les différences de timbre sont dues à une série d'harmoniques qui coexistent avec le son principal. La plupart des sons résultent donc de la superposition d'autres sons plus simples ; c'est par là que des sons semblables en hauteur et en intensité se distinguent par leur douceur ou leur âpreté; c'est là, enfin, dans la voix humaine, la cause des voyelles qui ne sont, comme on sait, que le timbre particulier que prend une note par suite de la résonnance de l'air dans la bouche.

Les sensations tout à fait semblables s'ajoutent simplement les unes aux autres, et le concours n'a .d'autre effet que de produire une sensation plus forte que chacune des sensations isolées, mais non pas égale à leur somme, du moins autant que Ton peut en juger j

car il est fort malaisé d'évaluer au juste Vintenàité d'une sensation (i).

Tout acte de conscience ayant une certaine durée, les impressions qui se succèdent à un intervalle moindre que cette durée produisent des sensations

(i) Le$ physiologistes allemands, Weber, Fechner, Helmholtz et Wundt, et, après eux, un Belge, M. DéihosvLf (Recherches théoriques et expérimentales sur la mesure des sensations, Bruxelles, 1873), ont déterminé d*une manière assez satisfaisante l'intensité de l'excitation qui doit s!ajouter à une autre pour produire dans la sensation résultante une différence appréciable à la conscience. Ils ont trouvé d'abord que cette excitation est d'autant moindre que l'excitation à laquelle elle vient s'ajouter est elle-même plus faible ; ensuite que pour chaque espèce de sensations le rapport entre l'excitation primitive et l'excitation additionnelle est constant. Ce rapport est \ pour les sensations tactiles, ^7 P^^^ ^^^ sensations musculaires, \ encore pour les sensations auditives, et -^ environ pour les sensations optiques. On n'a pu encore le déterminer pour les sensations du goût et de l'odorat. (Voir Wundt, Physiologie, pages 437 et suivantes de la traduction française.) .

Enfin, l'intensité de la sensation croît moins rapidement que l'intensité de l'excitation qui la produit ; oh a même cru pouvoir présenter cette loi sous la forme rigoureusement exacte que voici : Les sensations augmentent proportionnellement aux logarithmes des excitations. C'est une tentative à tout le moins prématurée pour soumettre au calcul des phénomènes qu'il est bien difficile de mesurer exactement.

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simultanées. Ainsi des bruits séparés par un intervalle de moins d'un seizième de seconde sont perçus comme un son unique dont la hauteur croît à mesure que ces bruits se suivent de plus près. La sensation de couleur blanche qui résulte de la rotation rapide d'un disque partagé en secteurs colorés montre qu'il en est de même pour les impressions de lumière.

Le rapport du signe à la chose signifiée peut presque toujours se ramener à un rapport de contiguïté entre les deux phénomènes dont l'un est le signe de l'autre, de là vient par exemple qu'un certain bruit est le signe de l'explosion d'une arme à feu.

On peut en dire autant du rapport de cause à effet, puisque l'association qui en résulte s'explique, la plupart du temps, par la simultanéité ou la succession immédiate des deux phénomènes. Et cela ne veut pas dire que l'idée de cause soit la même chose que l'idée d'une succession aussi invariable et inconditionnelle qu'on la veuille supposer, mais seulement que l'idée de cause implique toujours une idée, de succession, ce qui est tout autre chose.

3° Ressemblance. Des sensations semblables peuvent êtje considérées comme la même sensation qui repa-

raît plusieurs fois. Il est donc naturel que cette sensation ramène à sa suite toutes les idées auxquelles elle est associée, qui forment en quelque sorte son cortège habituel, et restaure ainsi plus ou moins les états d'esprit dont elle a précédemment fait partie.

Il suit de là que le pouvoir de plusieurs objets d'exciter en nous la même sensation est une circonstance favorable à l'association des idées de ces objets.

Ce pouvoir, à son tour, suppose dans les choses quelque propriété commune, ne fût-ce que celle d'agir de la même façon sur les organes, quelque ressemblance objective que nous pouvons à bon droit conclure de la ressemblance subjective des sensations, la seule qui tombe immédiatement sous nos prises.

Le rapport de ressemblance est assez important pour mériter une mention à part. On peut remarquer cependant que si l'on poussait un peu plus loin l'analyse, il se résoudrait aisément en un double rapport de contiguïté dans le temps ou dans l'espace. Deux objets semblables sont en effet deux objets qui ont à la fois des qualités différentes et des qualités communes, par exemple, en représentant les diverses

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