CHAPITRE IX
I. Conservation et renaissance des images. — II. Persistance de l'association. — III. Conditions du rappel. — IV. Reconnaissance des images. Ses conditions.
Tout le temps que dure Tassociation entre certaines idées, c'est-à-dire la tendance qu'elles ont à s'appeler l'une l'autre, si le cours de la vie psychologique vient à ramener une des idées ainsi unies, si quelque sensation se présente de celles qui les ont accompagnées autrefois, l'image tout entière se reformera suivant les lois expliquées plus haut.
Ce qu'on appelle conservation et renaissance des images est donc une conséquence directe de l'association ou, pour mieux dire, l'association même. Il
n'y a là aucun fait nouveau qu'il faille attribuer à un pouvoir spécial de l'esprit, ce qu'il y a de primitif, d'inexpliqué, c'est. le lien qui joint ainsi les idées, et cela est peut-être inexplicable. La curiosité est sans doute la première vertu du philosophe, la modestie n'est que la seconde, mais il faut bien qu'elle trouve à son tour quelque occasion de s'exercer.
A quelque endroit de la terre que l'on creuse, on finit toujours par rencontrer une roche si dure que les outils du plus fin acier ont peine à y mordre. De même dans l'âme humaine, quand on enfonce à certaines profondeurs, on est enfin contraint de s'arrêter devant des qualités premières par lesquelles l'âme est ce qu'elle est et non autre chose à quoi tout se ramène et qu'on ne peut ramener à rien. Il semble bien que l'association des idées soit une de ces qualités premières, et que nous touchions là au granit primitif que l'analyse la plus subtile se refuse à entamer.
n ne faut pas confondre la renaissance des images, résultat direct de l'association, avec la mémoire qui implique de plus la reconnaissance de ces images, c'est-à-dire le sentiment qu'elles nous sont déjà apparues autrefois. A la vérité, la mémoire est toujours