CHAPITRE IX
près de la même façon en style oratoire qu'un grand homme nous est rendu quand il a un fils qui lui ressemble.
Je ne prétends point par là qu'on doive renoncer à ces expressions figurées qu'il serait du reste fort malaisé de remplacer ; mais il faut les bien entendre et n'en être pas la dupe au point de chercher longtemps la solution de difficultés qui ne viennent que des mots.
Par exemple, on ne doit pas se mettre en peine d'expliquer par quel prodige tant de sillons tracés dans la mémoire ne finissent point par se confondre. Cela vient de ce qu'il n'y a pas de sillons. Et si le magasin de la mémoire, comme on dit, n'est pas enfin rempli par les images, c'est que les images ne tiennent point de place et que la mémoire n'est pas un magasin. Le plaisir de comprendre est si grand, que tout ce qui ressemble de près ou de loin à une explication est sûr d'avance d'un accueil favorable, et qu'une simple comparaison, pourvu qu'elle soit claire et ingénieuse, parait quelquefois une théorie trèssatisfaisante.
Le premier qui a dit que l'esprit de l'enfant est
2IO DE l'imagination.
comme une cire molle prompte à recevoir toutes les impressions, n'entendait point sans doute expliquer de cette façon la facilité avec laquelle les enfants apprennent. Je le veux croire pour son honneur ; mais qu'il l'ait souhaité ou non, sa comparaison a semblé si juste et a fait une si belle fortune, que bien des gens ne conçoivent même pas qu'il soit permis après cela de désirer une autre expUcation.
Si l'on écarte un instant toutes les idées poétiques que peut suggérer la renaissance d'une image, on voit sans peine qu'elle dépend de deux conditions nécessaires (mais non suffisantes) : i° la persistance de l'association entre les idées dont cette image se compose ; 2^ la présence actuelle dans l'esprit de l'une de ces idées ou de quelque sensation qui lui soit associée. Il faut étudier successivement ces deux conditions.
Plusieurs idées étant une fois jointes, on ne voit point ce qui les séparerait, ou, pour user du langage