‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 97 sur 150 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tensité du son qu'il produirait à une distance donnée; de même, on peut quelquefois juger à la force d'une odeur si le corps dont elle émane est plus ou moins éloigné ; mais toutes ces indications sont grossières, incomplètes, peu comparables entre elles, et Ton n'y recourt guère que lorsqu'on manque d'autres moyens. Deux sens surtout nous rendent cet office de juger des distances : le sens musculaire et le sens de la vue. Par l'intensité de la sensation qui accompagne la contraction d'un muscle, on apprécie le poids d'un corps, la résistance qu'il oppose au mouvement ou à la déformation; la durée et la vitesse du mouvement par lequel on parcourt la surface de ce corps donne l'idée de l'étendue résistante ; et, par le temps qui sépare deux sensations, on juge de la distance relative des deux corps qui en sont la cause. Pour les grandes distances, on les mesure quelquefois en comptant les efforts musculaires successifs qu'il faut"^ faire pour arriver au contact d'un objet. Mais toutes ces opérations sont longues et laborieuses, souvent impossibles ; et l'on peut croire que si nous étions dépourvus de meilleures recettes, nous n'aurions de la nature qu'une connaissance fort obtuse, telle à peu près que peuvent

2l8 DE l'imagination.

l'avoir les aveugles de naissance restés sans instruction. Heureusement, certaines particularités de la vue fournissent des procédés de mesure plus faciles.

Il se fait, comme on sait, des mouvements dans l'œil pour l'adapter aux différentes distances des objets, ou aux diverses intensités de la lumière. Le cristallin se rapproche ou s'éloigne de la rétine, en même temps qu'il change de courbure. La pupille se dilate ou se resserre de façon à mesurer à l'œil la lumière qui lui convient; enfin l'œil tout entier se meut dans l'orbite pour se diriger vers les objets et suivre les contours des surfaces éclairées (i).

On associe bien vite les sensations musculaires qui accompagnent ces mouvements avec les sensations musculaires d'un autre ordre qui se produisent lorsqu'on promène la main à la surface des corps ou qu'on marche pour s'en rapprocher, et l'on a ainsi un moyen si commode et si rapide de mesurer les distances que l'on finit par négliger tous les autres.

La dégradation des teintes qui résulte de l'éloigne-

(i) On peut consulter Helmholtz : Optique physiologique, et Wundt ; Physiologie (voir particulièrement les pages 468 et 469 de la traduction française).

Page 1