‹ De l'imaginationChapitre 12 sur 20 · C. J. Saillant a fait cette collection · texte numérisé non relu

C. J. Saillant a fait cette collection

et l'a présentée à la Faculté

au prima mensis de février 1776.

On doit croire , d'après ce que les médecins Wolf de Varsovie , Boyer . Gase , Roussille- Chamseru et autres, ont publié sur la plique polonaise, dans les derniers temps, que Saillant, et les médecins qui ont entendu la lecture de son Mémoire , se fesaient une fausse idée de la plique , et qu'ils ne lui ont assimilé la maladie de la veuve Mélin , que parce qu'ils n'ont pu la placer dans aucun cadre nosographique des maladies connues. Quoi qu'il en soit, il en résulte toujours un exemple de la fragilité des os par une cause accidentelle physique, ce qui établit la possibilité de la chose sans le secours de l'imagination maternelle.

Fabrice de Hilden ( Cent. 3 , obs. 91 ) , Sylvestre, médecin de la Faculté de Paris, ont observé des espèces d'articulations entre les fragmens osseux, et Celse (/. 8, c. 10) indique le frottement de leurs extrémités pour provoquer le cal des anciennes fractures non réunies. En pareil cas , les professeurs Percy et Boyer ont recours, soit à la résection, soit au séton, pour arriver au même but. Mais je renvoie aux ouvrages de ces professeurs connus de tous les médecins, ne voulant pas trop enfler le mien d'emprunts , malgré mon désir de faire concourir les faits et les autorités à l'appui de mes raisonnemens et de mes opinions. Je conclus de ce qui précède que le su-

( 378 ) jet des Incurables dont les membres étaient rompus , tenait vraisemblablement ses infirmités d'un vice morbifique, mais qu'il ne pouvait les avoir de l'imagination de sa mère : ce qui le confirme , c'est qu'il était fou , au lieu que le modèle qu'on lui a donné ne l'était pas ; autrement il n'aurait pas été criminel. On pourrait défier hardiment ceux qui défendent le pouvoir de l'imagination maternelle, de trouver dans les effets qu'ils lui prêtent, une seule copie parfaitement semblable au modèle présumé par eux; et qu'ils ne disent pas que , dans leur hypothèse , l'imagination n'agit pas sur le moral, car l'auteur que je réfute cite lui-même la frayeur du roi Jacques d'Angleterre à la vue d'une épée nue, comme un effet de l'imagination de sa mère effrayée par le meurtre commis sur son secrétaire avec cette arme. L'imagination s'affranchit tellement des modèles auxquels ses partisans veulent l'assujétir , qu'elle avait encore oublié la barbe dans l'enfant qu'on lui a fait modeler sur une représentation de saint Pie , auquel , nous dit-on , il ressemblait autant qu'en est capable un enfant qui n'a point de barbe, ïl est évident, par les détails que donne le père Malebranche , que c'était un de cesenfans dont le cerveau tombe avec ses membranes, en forme de poche , sur la nuque , lorsque les os du crâne ne sont pas assez développés pour le conte-

( 379 ) nir; et alors le tiraillement queprouvent les nerfs optiques, fait tourner les yeux en haut. La maladie qui avait empêché les os du crâne de se développer suffisamment pour contenir le cerveau ,. avait nécessairement dû produire aussi un amaigrissement et des rides sur le visage , comme cela se fait également par la même cause après la naissance, quelquefois avec des ohstructions qui grossissent le ventre , tel qu'on le voit chez les enfans atrophiés ou en châtre. Mais des rides sans barbe, ni dents, ni cheveux Lianes, etc., ne suffiraient pas pour convertir le visage d'un enfant en celui d'un vieillard , si la prévention , toujours ingénieuse à se faire des illusions, ne créait des ressemblances et des modèles de fantaisie conformes à ses désirs. Le croisement des bras sur la poitrine est une chose assez ordinaire aux enfans , non-seulement dans le sein de leur mère, mais aussi après leur naissance quand ils en ont la liberté, en se livrant au repos. D'ailleurs, pour confirmera l'imagination les droits qu'on 1 ui donne sur la conformation de l'enfant dont nous parlons ^ il aurait fallu que ses bras fussent fixes etadhérens., comme ceux du modèle, sur sa poitrine, à moins qu'on ne prétende que le portrait du saint étendait ou remuait les bras quand sa mère le regardait. Sa mitre ne tombait sûrement pas en arrière comme le cerveau de l'en-

fan t. En général, la rencontre d'enfans tels que celui-là n'est pas rare : le docteur Gall en a rapporté plusieurs exemples dans ]a Physiologie du cerveau, et il s'en trouve aussi dans les Mémoires de r Académie de chirurgie 7 et dans d'autres ouvrages où les auteurs en parlent sous le nom d'acèphales ( sans tête ) , et à'anencéphales ( sans cervelle),, quand un examen superficiel ou la prévention ne leur ont laissé voir que des excroissances fongeuses dans les hernies du cerveau. Ce sont les enfans anencépliales ou ceux dont le cerveau fesait hernie sur la nuque , que quelques auteurs peu judicieux ont mis dans la classe des monstres-grenouilles, oiseaux, etc. C'est donc toujours l'ignorance des uns et la prévention des autres qui, méconnaissant les lois de l'organisation et l'influence des causes accidentelles, transforment en miracles incompréhensibles les phénomènes les plus concordans avec les opérations ordinaires de la nature.

Après avoir fait rentrer dans l'ordre des événemens naturels les deux miracles imaginaires du père Malebranehe , dont son parti a toujours fait trophée en faveur de l'imagination , je vais encore le faire parler lui-même dans sa propre cause , pour n'être pas soupçonné d'affaiblir les moyens de défense de la partie adverse : « Les enfans , dit cet oratorien , voient ce que leurs mères voient ,

ils entendent les mêmes cris, ils reçoivent les mêmes impressions des objets, et ils sont agités des mêmes passions; car, puisque l'air du visage d'un homme passionne pénètre ceux qui le regardent, et imprime naturellement en eux une passion semblable à celle qui l'agite, quoique l'union de cet homme avec ceux qui le considèrent, ne soit pas fort grande, on a, ce me semble, raison de penser que les mères sont capables d'imprimer dans leurs enfans tous les sentimens dont elles sont touchées , et toutes les mêmes passions dont elles sont agitées. Car enfin, le corps de l'enfant ne fait qu'un même corps avec celui de la mère : ces sentimens et ces passions sont des suites naturelles des mouvemens des esprits et du sang, et ces mouvemens se communiquent nécessairement de la mère à l'en fan t. »

Ce passage prouve jusqu'à quel point l'esprit peut s'égarer, dès qu'il s'est engagé dans une fausse route. Quelle conception plus puérile et plus ridicule, que celle d'un être qui agit sans organes avant leur formation, par ceux d'un autre individu et de la même manière que lui ? Un fœtus pourrait éprouver et supporter les mêmes sensations , les mêmes passions et les mêmes affections que la mère, sans organes susceptibles de les recevoir et de les supporter , quand il est prouvé que , même après sa naissance , il ne peut rien

supporter de pareil^ qu'il n'en éprouve des convulsions et la niort. C'est un philosophe qui nous dit sérieusement que Y air du visage d'un homme passionné pénètre ceux qui le regardent et imprime naturellement en eux une passion semblable a celle qui V agite , pour en déduire , a pari, la conséquence qu'un foetus qui ne peut regarder l'air du visage de sa mère ni rien voir, éprouve les mêmes effets de sa p^rt ! Outre l'énorme dissemblance , il est d'une fausseté manifeste que l'air du visage d'un homme passionné imprime dans ceux qui le regardent, une passion semblable à celle qui l'agite \ car s'il est en colère , il imprimera la crainte et non la colère : s'il a un amour audacieux, il excitera la frayeur et l'indignation, mais point d'amour. Il est vrai qu'un air de gaîté, de tristesse, de frayeur y communique une disposition analogue à ceux qui y sont disposés par leur organisation ou par les circonstances : mais il n'est pas moins vrai que la gaîté vis-àvis de celui qui vient d'éprouver un grand malheur, l'irrite et l'indigne , qu'une tristesse et une frayeur puériles excitent le rire et la pitié, etc. Toutefois aucune de ces passions et de ces affections ne se communique à qui n'en peut prendre connaissance , ni en puiser le principe dans sa propre organisation , à l'occasion de ceux qui les éprouvent; d'où il résulte qu'un fœtus n'en peut

rien éprouver de 3a part de sa mère, conséquence diamétralement opposée à celle qu'en a tirée le père Malebranchc. Les mouvemens des prétendus esprits et du sang pouvant être excités de la même manière par des causes diverses et opposées , sans même être modulés sur la différence des causes morales et des causes physiques , ne pourraient rien transmettre de déterminé au fœtus , y arrivassent-ils même sans les changemens et les modifications du trajet.

L'autorité deMalebranche est si imposante pour tous ceux qui ont adopté le même préjugé que lui , que j'ai cru devoir donner un peu plus de temps et d'espace à l'examen de ses histoires et de ses raisonnemens. L'auteur qui s'en est prévalu après avoir cité l'exemple du roi Jacques, continue ainsi ( /. c., p. 122 et s. ) : « M. le chevalier Colonne , dans son Histoire de l'Univers , en parlant du pouvoir de l'imagination des femmes sur le fœtus , s'exprime ainsi : Je ne veux pas oublier de dire que ce n'est pas une petite merveille , que si une femme grosse qui a eu une forte envie de manger quelque chose, touche quelque partie de son corps, l'enfant qu'elle met au monde , porte 3a marque de cette chose , dans le même endroit du corps que la mère a touché. A peine la chose seroit-elle croyable, si l'on n'en voyoit pas tous les jours des expériences, pour convaincre les plus in-

(384) crédules ; mais ce qui me paroît le plus admirable, c'est que si l'envie a été de quelque fruit, dans le temps que ce fruit fleurit ou mûrit sur l'arbre , le fruit de cbair , que l'homme par l'envie de sa mère porte sur son corps , fleurit et change de couleur , comme fait le même fruit sur l'arbre. J'ai vu un de mes amis , qui avoit une fève sur la poitrine , qui paroissoit fleurir dans le temps que les fèves fleurissoient , et qui croissoit, verdoyoit et se durcissoit , comme font les fèves sur les plantes. Une fille qui avoit sur la gorge une groseille que sa mère avoit souhaitée de manger , était verte , quand la groseille étoit de cette couleur sur la plante, et fort rouge dans le temps que les groseilles rougissoient. Mais pourquoi chercher ailleurs ce que j'ai sur moi-même ; ma mère ; étant grosse , désira boire de l'eau de fraise à la glace ; en ayant envoyé chercher chez ceux qui en vendent , et le valet tardant trop à son gré, elle se plaignit de ce retardement, en se grattanl le col, et imprima ce fruit qui n'est visible que dans le temps que les fraises sont rouges. » Après cette citation, le même écrivain nomme, comme ayant partagé son opinion, quarante et quelques auteurs célèbres à la tête desquels il met Hippocrate, Aristote, Platon, Galien et autres qui , comme je l'ai fait voir , n'attribuent pas les taches de naissance à l'imagination maternelle.

Mais il ne faut pas s'étonner que le préjugé qui fait trouver des ressemblances supposées, fasse aussi intervenir en sa faveur des autorités supposées ou qui lui sont contraires, car, lorsque l'esprit manque de justesse , il est aussi aisé de fausser les calculs que les événemens. Examinons toutefois des merveilles que je veux bien adopter comme vraies , quoique sans conviction, sur la foi de gens que leur prévention empêche si souvent de bien juger et de bien rapporter les faits.

S'il faut en croire Colonne, le fruit de chair Jleurit et change de couleur dans le temps qu'il Jleurit et mûrit sur l'arbre, et il a vu un de ses amis, qui avait une fève sur la poitrine ' , qui paraissait fleurir dans le temps que les fèves fleurissaient, et qui croissait, verdoyait et se durcissait comme font les fèves sur les plantes. Une file, qui avait sur la gorge une groseille , était verte ou fort rouge quand la groseille était de cette couleur sur la plante. Voilà les propres termes de Colonne, et c'est sans doute par inadvertance qu'il a substitué 3a fdle à la groseille , pour la faire verdir et rougir.

Il faut que le narrateur lui-même n'ait pas trouvé une grande ressemblance entre les fruits de chair et les fruits de plante, puisqu'il dit que les premiers changent de couleur, quand les autres mûrissent sur V arbre j que la fève de son ami pa~

raissait fleurir, et que la groseille d'une fille était verte ou fort rouge à l'époque de cette couleur dans les groseilles sur la plante. Gela indique déjà qu'il fallait les yeux de îa foi pour apercevoir une ressemblance entre les fruits de la nature et ceux que l'imagination est censée avoir formés sur leurs modèles. La fève qui paraissait fleurir sur la poitrine de l'ami du chevalier, est évidemment un conte de fantaisie ; car une fève écossée ne fleurit pas avant de germer pour devenir plante , et devenue plante, la tige aurait forcé l'ami à rester nu durant tout le temps de son accroissement , pour qu'elle ne fut pas cassée ou broyée sous les vêtemens , et pût parvenir à fleurir, mûrir et sécher dans son écosse. Si la fève de chair n'a jamais subi révolution et tous les changemens de la fève-plante, il est hors de cloute que l'une ne ressemblait pas à l'autre, et qu'ainsi la prévention forge des imitations sur des modèles qui n'existent pas. Or, un modèle qui n'existe pas n'a pu être copié par l'imagination. Pour assujettir une fève à servir de modèle à l'imagination , il fallait ne pas la faire fleurir comme elle ne fleurit pas ; car c'est en voulant rendre le modèle trop merveilleux , qu'on l'a détruit. On peut en dire autant de la groseille , dont le conte est encore plus ridicule , bien que la prévention n'ait pas trouvé l'époque de sa floraison comme celle de la fève. De tout

{ 587 ) cela restent deux excroissances charnues, assimilées, l'une à une fève , et l'autre à une groseille, qui, pour avoir été modelées sur un objet, auraient dû en garder la forme telle qu'elle était durant le travail de l'imagination , ce qui n'est pas , puisqu'elles grossissaient et changeaient de couleur au printemps , époque des inflammations , des hémorragies et des amours de la plupart des animaux , parce qu'il y a alors une plus grande activité dans la circulation et dans les sécrétions; époque aussi où il se manifeste des dartres, des taches de rousseur, des pustules , et d autres affections de la peau qui disparaissent ensuite, en s'évaporant , se résolvant ou se desséchant durant les chaleurs, à l'aide d'une transpiration plus abondante , des sueurs , des légumes humectans , des fruits rouges, et d'autres circonstances qui calment l'effervescence du sang, et facilitent la dépuration des humeurs. Voilà donc encore des phénomènes faciles à réintégrer dans l'ordre des événemens naturels , lorsqu'on les débarrasse de ce que l'ignorance et la prévention y ont surajouté de merveilleux. Dès que l'on convient qu'une marque de naissance paraît, disparaît et varie dans sa forme, son volume et sa couleur, il faut être bien aveuglé pour l'attribuer à une envie, puisqu'une femme ne pouvant désirer une chose que dans un état fixe et déterminé, sa ressemblance se perd par le chan-

gement ; aussi les lettres de la langue de Corbeau , qui paraissaient et disparaissaient, n'étaient-elles pas attribuées à l'imagination. Reste à savoir si la mère de l'ami à la fève et la mère de la fille à la groseille avaient désiré de manger seulement une fève et une groseille, appétit d'une retenue et d'une modération bien rares, puisqu'il n'aurait pas même compris la gousse de fèves ni la grappe de groseilles qui onï échappé à l'imagination^ ou si ces femmes avaient désiré de les manger en fleurs, vertes , rouges , sèches, ou même en néant, puisque l'on prétend que la marque ou le symbole de leur envie prenait toutes ces variétés dans l'enfant. La mère du chevalier avait des goûts bien plus somptueux et plus recherchés , si toutefois son fils ne s'est pas trompé , en lui fesant désirer de l'eau de fraises au pluriel, tandis que son imagination paraît n'avoir été occupée que d'une seule fraise, qui ne peut donner guère d'eau ni de jus, n'en ayant produit qu'une, et même sans glace. Voilà certes des imaginations bien peu fidèles , puisqu'elles ne représentent qu'une partie de ce qui les frappe , peut-être parce que les esprits ou le sang qui transmettent les images, s'égarent ou perdent une partie de leur charge en route avant d'arriver au fœtus. De pareils miracles me donnaient bien le droit de demander , sans indiscrétion , à ceux qui les rapportent se-

rieusement , si l'on n'avait pas observé que la chenille de la belle consultante du baron de Van- Swieten, si admirée par Bablot, s'était métamorphosée en papillon.

Ceux qui, dans leur culte superstitieux pour l'imagination maternelle, voulaient, pour lui concilier plus d'admiration , qu'elle eût la puissance non-seulement de surcharger et de mutiler les produits de la nature , mais aussi de permuter le règne animal et de l'astreindre aux lois du règne végétal, en lui fesant suivre son mode de reproduction , ne peuvent pas même lui conserver la faculté d'une imitation tant soit peu exacte. C'est à eux à nous expliquer par quelle bizarrerie une envie de vin lui fait produire, selon leur assertion, une tache de vin ou une joue de vin, et non des grains de raisin, comme elle produit une fraise , pour représenter une envie d'eau de fraises à la glace.

S'ils ne peuvent nous expliquer les bizarreries de leur divinité, qu'ils nous permettent de ne pas lui sacrifier j comme eux, les produits de la nature, lorsque des accidens venant à contrarier son travail , l'ont fait dévier en partie de son type habituel. Alors une excroissance sera pour nous l'effet d'une irritation locale, produite par une violence physique , par la qualité d'une humeur ou la faiblesse d'un tissu ; une joue de vin et une

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tache rouge, en général, l'effet d'un excès de chaleur , d une plilogose ou d'une exsudation sanguine dans quelques points de la matrice étroitement serrés contre le fœtus ; ces causes physiques sont d'autant plus admissibles , qu'après la naissance, une irritation locale produit encore des verrues et d'autres excroissances , et qu'une inflammation intense ou chronique, telle qu'une brûlure, produit aussi des rougeurs ineffaçables. L'analogie arbitraire qui a fait désigner aussi les verrues sous le nom de poireaux , ou qui les rapproche, par leur volume, leur forme ou leur couleur, d'une cerise , d'une groseille, d'une fraise, etc., ne nous fera pas croire que c'est sur ces modèles qu'elles ont été formées , comme nous ne croyons pas non plus qu'une éruption ou une lièvre miliaire se développe par la vue du millet ou l'envie d'en manger, le frambœsia par la vue d'une framboise, les taches cuivreuses par la vue du cuivre, les loupes par la vue ou l'envie des objets dont elles peuvent imiter la forme, le volume ou la couleur , les polypes charnus qui ressemblent à des poires ou à des choufleurs, par l'envie ou la vue de ces objets, et ainsi du reste. Il nous semble même qu'il faut être très-borné , pour se persuader que la nature , qui primitivement a tout fait sans modèle , ne peut plus opérer de même, et se trouve soumise à d'autres lois.

« Puisque nombre de fois on a vu distinctement moule sur le corps des enfans , dit Bablot (/. c. , p. 146), la figure de divers objets, sur le bras de l'un une croix de saint Hubert , sur la main de l'autre un serin , sur le front de celui-ci une large mouche de taffetas tf Angleterre , sur la joue de celui-là une couenne de lard ; pour ôter à l'imagination des mères la faculté d'avoir donné naissance à ces productions bizarres , il ne suffit pas de dire que les arbres et les plantes présentent aussi sur leur écorce extérieure une foule de bizarreries; il faut que ces bizarreries aient au moins une ressemblance plus ou moins parfaite avec quelques objets existans, une cerise par exemple , une rave , un choujleur, dessinés par le crayon du hasard, ou gravés par le burin delà nature sur le tronc d'un chêne ou d'un saule, de manière à frapper ma vue et à fixer mon attention; voilà de ces phénomènes qui réduiroient le pouvoir de l'imagination des mères au néant, et tout à la fois ses nombreux partisans au silence. »

La croix de saint Hubert, le seriu, le taffetas d'Angleterre, la cerise, la rave, le choufleur de Bablot , n'ont de commun avec les objets dont on leur a donné le nom que la figure , la couleur ou le volume , et ne leur ressemblent pas plus que dans le cerveau la glande pinéale , les nates , les

testes , le pied de cheval marin , la selle lurcique, la lyre, etc., ne ressemblent aux objets dont ils portent aussi les noms, qui dans le principe ont été adoptés, tant pour venir au secours de la mémoire par une comparaison avec des choses communes , que parce qu'il fallait les noter par une désignation quelconque. En effet, je ne sache pas que l'on ait jamais trouvé la peau, la pulpe, le noyau ni le goût de la cerise véritable dans celles que l'on attribue à l'imagination , et cependant ce sont plutôt ces qualités qui frappent et qui excitent l'envie d'une femme , que ce ne sont la figure , le volume ou la couleur dont elle veut se régaler; d'où il résulte que l'on dispense l'imagination de lormer ce dont elle est réellement frappée , pour lui faire former ce qui ne l'a pas occupée, tant on est inconséquent dans les inductions que Ton tire des faits. Il en est de même des autres fruits imaginaires. Quant à la figure, je doute qu'elle ait jamais été exacte, si j'en juge par la désignation des diverses parties du cerveau ^ par la chenille de Van-Swieten , sur laquelle Bablot a principalement basé son triomphe ; par les e'paulettes d'un veau , par la queue de cerf d'un autre veau, par les ailes d'un enfant des environs de Paris, etc. Le volume est si variable dans toutes les espèces d'animaux el de végétaux, qu'il faut avoir le cerveau timbré par la prévention ,

( 595 ) pour en faire le caractère distinctif d'une ressemblance entre eux. Il en est de même de ]a couleur qui, étant-la même pour beaucoup d'objets d'espèces très-différentes, n'est le caractère distinctif d'aucune. Voilà à quoi se réduisent les ressemblances propres a frapper la vue et a fixer V attention des Bablot , des Gaharliep , et d'autres qui appellent un tubercule charnu, cerise, fraise , groseille, s'il a le volume ou îa forme de ces fruits sans autre chose, car la couleur rougeâtre qui les séduit le plus, étant naturelle à la chair de l'homme et à celle des autres animaux, irritée ou dénudée d'épiderme , ne peut pas plus appartenir à l'imagination que la couleur verte des végétaux qui leur est aussi naturelle. Or, on rencontre sur les feuilles et sur les jeunes écorces des chênes , des saules et d'autres végétaux , des tubercules de la même forme que ces fruits , avec des nuances de couleurs aussi variées que chez l'homme, et aussi analogues à celles qui leur sont naturelles : on rencontre aussi à leurs racines et sur leurs troncs des excroissances en forme de choufleur, de rave, de navet, et de divers autres formes et volumes ; d'où il résulte qu'il ne manque rien aux analogies désirées par Bablot, à moins qu'il ne demande que le bois se convertisse en cliair, quoiqu'il ne dise pas que l'imagination change la chair en bois, et qu'ainsi les phéno-

( 394) mènes du règne végétal doivent réduire le pouvoir de l'imagination au néant, et ses nombreux partisans à un autre langage, sinon au silence. Ambroise Paré, dont on invoque l'autorité en faveur du pouvoir imaginaire des femmes enceintes , ne l'admettait toutefois, sur la foi des anciens , que concurremment avec les causes accidentelles , et en restreignait l'influence à l'époque de la conception , comme le prouve le passage suivant du 25e îiv. , cbap. g de ses œuvres: « Mais la formation de l'enfant étant faite , jaçoit que la femme regarde ou imagine attentivement cboses monstrueuses, toutefois alors l'imagination n'aura aucun lieu^ pour ce qu'il ne se fait point de transformation, depuis que l'enfant est du tout formé. » Au chapitre 10 suivant, il indique, comme causes de difformité, l'étroitesse de la matrice, l'abondance, le défaut ou la corruption de la semence. Dans le chapitre 7 , il s'exprime ainsi sur les taches et les rougeurs : « Or, telles marques (ce me semble) viennent à raison que les mois coulent encore un peu à la femme , ou bien qu'il en restoit quelque portion contre les parois de la matrice , lorsque le mary a eu sa compagnie , et qu'elle a conçeu : si que les semences se mêlent avec tel sang, il teint et baille couleur à quelque partie de l'enfant. » On voit par ces passages que Paré est loin de partager toutes les ab-

surdités pour lesquelles on invoque son autorité , ainsi que celles de beaucoup d autres auteurs dont les gens à idées préconçues se gardent bien de noter les explications et les restrictions qui leur sont contraires. En général, les autorités que l'on invoque, et dont le nombre paraît si imposant à ceux qui n'ont que cela pour appuyer leurs erreurs, pourraient peut-être toutes se réduire à celle de la Bible que j'expliquerai dans mon résumé, et Paré lui-même en appuie sa croyance au pouvoir de l'imagination, en disant^ ch. g : « Gecy même est vérifié par l'authorité de Moyse, où il montre comme Jacob déçeut son père Laban et s'enrichit de son bestial, etc. »

En cherchant des similitudes , la prévention a converti des taches de la peau produites par exsudation, par compression ou par maladie, à des croix de saint Hubert, à des taffetas d'Angleterre, à des serins, etc. Mais ce qui prouve que ces prétendues ressemblances sont des produits de l'imagination des hommes, plutôt que de celle des femmes, et quelles n'ont de réel que l'arbitraire qui les forme, c'est qu'il y manque toujours plus ou moins pour l'exactitude. D'ailleurs, il y manquerait moins, qu'il serait toujours ridicule de conclure de la ressemblance de deux objets, que l'un a servi de modèle à l'autre ; par exemple , de ce que l'Italie ressemble à une botte, s'ensuit -il

( 396 ) que l'imagination de la Méditerranée ait été frappée de la figure d'une Lotte, ou qu'un cordonnier ait été obligé d'étudier la géographie et de voir l'Italie avant de pouvoir faire une botte? Ne trouverait-on pas beaucoup d'autres ressemblances dans la forme des diverses îles, presqu'îles, promontoires , baies , et pays du monde avec d'autres objets , sans que l'on en puisse déduire aucun travail de l'imagination d'après des modèles? Donc une simple coïncidence de formes ou de figures semblables entre divers objets ne peut^ dans aucun cas, être invoquée comme preuve que l'un est la copie de l'autre , comme le font les imaginistes. Les prétendues croix de saint Hubert n'ont jamais été achevées ; elles étaient trop grandes ou trop petites, et mal dessinées. On fait fabriquer du taffetas d'Angleterre à l'imagination , pour en obtenir seulement la couleur noire qui est commune à tant d'autres objeis , et dont Gaharliep a su tirer la largeur d'un doigt de la chute d'une araignée que sa femme n'avait pas même vue , quoiqu'il lui ait attribué sa propre fabrication. Est-ce donc que la peau des Nègres est du taffetas d'Angleterre, parce qu'elle en a la couleur? Ou, comme il y a aussi du taffetas rose et blanc , en voyant des enfans de l'une de ces deux couleurs, devrons-nous en conclure que l'imagination de leur mère leur a fabriqué une peau de taffetas

( 397 ) pareil? Les prétendus serins de Fimaginatidn outils jamais paru sur la peau d'un enfant avec plumes, bec,, ongles, os, ailes, etc.? Les raves et les couennes de lard, attribuées à l'imagination , ont-elles jamais présenté la véritable nature de ces objets? Leur couleur et leur figure , qui ne peuvent être l'objet d'aucune envie, leur appartiennent-elles si exclusivement, qu'elles ne puissent se rencontrer sur d'autres objets, ce qui est nécessaire pour autoriser une exclusion raisonnable? Et si la peau de l'homme est susceptible , après la naissance, et sans aucune influence de l'imagination, d'être affectée de taches de toute couleur et de toute figure par une anomalie des sécrétions, quelle raison fondée peut -on avoir de lui refuser la même susceptibilité avant la naissance, pour ne la laisser modifier que par l'imagination? Si Bablot, moins prévenu, avait voulu trouver dans les végétaux une ressemblance plus parfaite avec son oiseau, que ne l'est une tache de naissance, il n'avait qu'à casser beaucoup de noix, qui ne manquent pas en Champagne , et il aurait eu souvent le plaisir de rencontrer ce phénomène dans le fruit, sans être autorisé à conclure que l'imagination des noyers avait été frappée par les oiseaux qui se seraient perchés dessus. Mais c'est trop insister sur des niaiseries, et ce qui précède pourra facilement s'appliquer aux autres merveil-

les imaginaires dont la sottise aime à se repaître.

Le même Bablot, fort sur Yergo , dit encore (/. c, p. i5i) , que, « si î'on avoit une fois bien prouvé qu'une femme privée de la vue dès sa naissance ait imprimé sur le corps de son enfant la figure d'une carpe, d'une souris, d'un serin, et cela d'une manière aussi distincte que celle qui caractérise une chenille sur le corps de l'enfant d'une femme qui jouit pleinement du sens de la vue ; ce fait-là seul , bien supérieur à tous les raisonnemens, dépouilleroit à l'instant l'imagination des femmes grosses de cet antique pouvoir, que l'ignorance de tous les siècles du monde lui auroit accordé, et les partisans de cette illusion passeroient , de leur côté, condamnation sur la chimère de leurs prétentions ridicules. »

Ce raisonnement est fort, aussi fort que celui des partisans des privilèges à leur profit, quand ils objectaient, au commencement de la révolution, que jamais le tiers-état n'avait produit un bon général d'armée, n'ayant probablement pas ouï parler de Marius, de Catinat, de la Pucelle d'Orléans, etc. Gomme on répondait qu'il était bien difficile d'être bon général à ceux qui avaient toujours été exclus de ce grade, on aurait pu répondre aussi à Bablot, qu'une femme aveugle de naissance, n'étant pas recherchée en mariage, ne peut guère imprimer de figure sur ses enfans ,

( 599 ) puisqu'elle n'en a point. Mais toute la force du raisonnement de Bablot, la voici : il impose à ceux qui refusent, même aux femmes qui voient clair, le pouvoir d'imprimer la figure d'un objet déterminé sur leurs enfans ; il leur impose, dis- je, le devoir de prouver qu'une femme privée de la vue dès sa naissance ait imprimé sur le corps de son enfant la figure d'une carpe , d'une souris , d'un serin (ce sont ses expressions), pour ce que lui^ Bablot, et ceux de son parti, ne croient plus à la possibdité d'un pareil phénomène. J'avoue que jamais je n'ai trouvé de tâche plus difficile que celle de prouver qu'une chose se fait ^ pour démontrer qu'elle ne se fait pas , et en faire nier l'existence par ceux qui l'admettaient. Si les imaginistes avaient trouvé l'équivalent d'une femme aveugle dans celles dont les enfans apportent en naissant des marques dont elles n'ont point eu de modèle, je leur aurais cité celles dont les enfans avaient le nom de Dieu écrit en grec et en hébreu dans la prunelle, la femme de Gaharliep , dont l'enfant avait la marque d'une araignée qu'elle n'avait pas vue. L'objection suppose d'ailleurs que les choses se ressemblent uniquement par la couleur, ce qui est faux, et n'est pas même admis par Bablot, qui fonde aussi les ressemblances imaginaires sur le volume, la figure, les poils, dont un aveugle-né peut se former une idée par le toucher. Mais corn-

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ment ne pas s égarer en tout sens , quand on n'est dirigé que par les fausses lueurs de la prévention? Qu'on trouve la figure d'une carpe , d'une souris, d'un serin , d'une chenille ou d'un autre objet dans quelques taches de 3a peau d'un enfant, cela ne peut étonner ceux qui savent qu'avec les yeux de la foi, on aide un peu à la lettre, et que d'ailleurs la nature ayant varié ses productions par des nuances et des dessins gradués à l'infini , il serait hien difficile que, dans un grand nombre de marques de naissance, on ne retrouvât jamais rien de semblable à d'autres objets ; il faudrait que les lois de la nature fussent changées et refaites, pour qu'elle ne produisît plus rien de ce qu'elle a déjà produit dans des circonstances pareilles. Ce que j'ai dit sur le serin, la chenille et d'autres objets imaginaires, peuts'appliquer sans peine à une carpe avec ou sans écailles ni arêtes, nageoires, etc.

« Enfin, dit encore l'auteur de la lettre insérée dans le Journal de Verdun , de décembre i ylfi, l'Écriture sainte,, dont l'autorité est* sans contredit , irréfragable , nous donne un exemple des plus frappans de la force de l'imagination des animaux. Jacob , désirant avoir des troupeaux de diverses couleurs, mit à la fontaine où ils venoient boire plusieurs branches vertes , dépouillées, en de certains endroits, de leur écorce jusqu'au blanc, et qui la conservoient dans d'autres , ce qui faisoit

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des couleurs variées; de manière que les troupeaux, venant boire et jetant la vue sur ces branches d'arbres dans le temps du concours des deux sexes, concevaient des petits de diverses couleurs. Et qu'on ne dise point que les varie'tés de couleurs des brebis de Jacob étaient un effet surnaturel , comme le prétendent quelques auteurs qui se persuadent qu'on ne doit attribuer le succès de l'innocent artifice de Jacob qu'à une bénédiction de Dieu; la simple nature du texte prouve que c'était un effet purement naturel. »

Des savans de la Suède ayant constaté que la mer Baltique diminue, de siècle en siècle, de quarante-cinq pouces , tandis que dans la mer du Sud on ne retrouve plus des terres dont ont parlé d'anciens navigateurs , les théologiens de Stockholm , imitant ceux qui , à Paris , avaient censuré l'Histoire naturelle de Buffon, objectèrent que cette remarque n'étant pas conforme à la Genèse, il fallait la condamner. On leur répondit que Dieu avait fait la mer Baltique aussi bien que la Genèse , et que s'il y avait quelque contradiction entre ces deux ouvrages , l'erreur était plutôt dans les copies que nous avons de ce livre , que dans la mer Baltique que nous avons en original, et telle que Dieu l'a faite. C'est aussi la réponse qu'on pourrait faire à ceux qui se plaisent, comme alors et comme du temps de Copernic et de Ga-

lilée, à mettre l'Ecriture sainte en contradiction avec la raison que nous tenons directement de de Dieu, et avec la nature que nous avons en original telle qu'il la faite. On peut ajouter que l'exemple de Jacob , loin de favoriser l'opinion de ceux qui l'invoquent, la réfute, puisqu'il n'obtient point d'agneaux verts , quoique la couleur verte frappât plus la vue de leurs mères que la blanche et la noire.

Pour tirer de cet événement une conséquence conforme à la raison en faveur des effets prêtés à l'imagination, il aurait fallu que les agneaux de Jacob n'eussent pas les couleurs que la nature produit d'elle-même, et sans artifices innocens sur les bêtes à laine. En l'interprétant comme on le fait , l'on est dans la même illusion que cette peuplade d'Afrique qui, incommodée par l'ardeur du soleil , se met , après midi , à lui lancer des flèches, et croit l'avoir intimidé et mis en fuite , lorsqu'il disparaît de son horizon. De tout cela, je conclus que, dans le passage précédent, l'Ecriture sainte, bien interprétée, n'est pas en contradiction avec la raison ni avec la nature, et qu'elle ne contredit que les passions et les préjugés qui veulent se la rendre favorable. Elle rapporte le fait qui est vrai, et n'est innocent que pour les esprits faux; mais elle n'en tire pas la conséquence que l'imagination des brebis avait chance la couleur naturelle.

h Ce qui est un point capital à observer, dit le même auteur, il y a une communication immédiate et anastomose des vaisseaux sanguins de Y utérus avec ceux du placenta , et par conséquent une communication immédiate d'esprits animaux et de nerfs , qui , suivant la doctrine de tous les anatomistes, tapissent la tunique extérieure de tous les vaisseaux du corps ; et le placenta , qui est le seul corps intermédiaire entre l'utérus et le fœtus , étant d'ailleurs, du consentement unanime , susceptible d'une grande élasticité , peut passer pour le canal de communication, ou la route des impressions du cerveau de la mère à l'enfant. Je dis plus, ces mêmes faits, bien constatés, joints à des observations bien avérées , forment, en faveur du pouvoir de l'imagination , par contrecoup sur le fœtus, une certitude morale et physique, ou une démonstration de faits qui, douée de tous les caractères de crédibilité, doit avoir sur les esprits le même poids que les démonstrations mathématiques , quoique d'un autre genre.

» Après des autorités si authentiques , n'y a-t-il pas de la témérité à soutenir l'opinion contradictoire ^ sans être muni de preuves plus claires que jour :

» Mais, dira-t-on, il y a plusieurs raisons qui combattent ce pouvoir de l'imagination des mères sur les enfans renfermés dans leur sein. Exami-

lions ces raisons , et c'est la seconde partie de cette lettre. Ces raisons se réduisent à deux principales : i° l'impossibilité de la communication de nerfs de la mère à l'enfant ; 2° les accidens funestes de la mère et du foetus, lors du détachement et déchirement du placenta, et de sa séparation de l'utérus , si les vaisseaux sanguins de la mère étaient anastomosés avec ceux du fœtus* Le fondement de la première raison n'aurait qu'une seule preuve négative tirée du silence des anatomistes qui, dans leurs traités, ne parlent point des fibres nerveuses qui échappent presque à la vue. Quant à la seconde raison, je réponds ainsi : Il est bien vrai que si le placenta se détache de l'utérus avant que la femme soit en travail , il s'ensuit la mort de la mère et de l'enfant, et cela suivant les observations de M, Méry et de plusieurs autres anatomistes; mais si le placenta vient à quitter Vutérus, et si le fœtus vient à sortir à terme , il n'arrive aucun accident funeste, les vaisseaux ouverts de la partie intérieure de V utérus se refermant naturellement assez promptement. »

J/on voit , d'après ce passage , que son auteur, pour se rendre le triomphe facile , change totalement la question principale à résoudre. Il ne s'agit pas de savoir ni de prouver qu'il y a une communication du sang maternel au fœtus, puisque cela

( 4o5 ) n'est nié par personne, mais si des idées toutes formées peuvent transmigrer d'un individu à. l'autre , c'est-à-dire si la mère pensant pour son fruit, celui-ci reçoit de ses pensées des marques quelle n'a pas elle-même. L'auteur change aussi la question relative aux accidens qu'éprouveraient la mère et l'enfant lors de l'accouchement , si des fibres nerveuses passaient de l'une à l'autre ; il suppose faussement que le danger ne tiendrait pas aux tiraillemens et à la dilacération de ces nerfs , mais au déplacement du placenta avant le travail , lequel , n'en déplaise à ceux de son opinion , n'est mortel qu'à défaut de soins opportuns. C'est ainsi qu'en éludant toutes les difficultés par des substitutions , il paraît avoir raison aux yeux de ceux qui ne saisissent pas mieux que lui ce qu'il s'agit de décider. En se prévalant de l'objection de ceux qui, niant le pouvoir de l'imagination maternelle, se fondent sur un défaut de nerfs de communication, il la convertit en une concession péremptoire , d'après laquelle tout se réduirait à prouver que les nerfs dont il s'agit existent. Voilà pourquoi il les admet comme démontrés , parce que, d'après les anatomistes, ils tapissent la tunique extérieure de tous les vaisseaux ; ce qui lui suffit à lui pour dire que, s'ils n'en parlent pas dans leurs traités, c'est qu'ils échappent presque- a la vue. Voilà qui s'appelle tirer un bon parti du si-

lence et même de la dénégation des anatomistes, dont aucun n'a jamais vu ni pu démontrer, même au microscope, la moindre fibre nerveuse allant de la matrice au placenta : aussi d'autres partisans de la même opinion se sont-ils contentés de désirer et d'espérer la découverte de ces nerfs. C'est donc en éludant la véritable question , en prouvant ce qui n'est pas contesté, en affirmant l'existence de nerfs que personne n'a jamais pu démontrer, en substituant les accidens d'une hémorragie utérine à ceux qui résulteraient du déchirement de nerfs de communication, etc., que l'auteur se pavanne tout satisfait de sa certitude physique et morale, quil compare à une démonstration mathématique si péremptoire à ses yeux , qu'il demande s'il ny a pas de la témérité à soutenir l'opinion contradictoire , sans être muni de preuves plus claires que le jour. Il faut convenir que la prévention est ingénieuse à se tromper et à tromper les autres.

Quand il existerait réellement des nerfs de communication tels qu'on les suppose faussement , et que les idées de la mère seraient transmises au fœtus , il n'en résulterait pas que ces idées pussent tracer des figures sur lui. Pour soutenir le contraire , il faudrait qu'il fût démontré, chose impossible et absurde , que non-seulement les idées n'existent intellectuellement que par des

figures matériellement empreintes sur les organes, mais aussi que ces empreintes matérielles sont dimovibles et transportables sur toute autre partie corporelle que le sens ou le cerveau qui en est affecté. C'est par la démonstration de ces deux points, qu'auraient dû commencer les partisans du transport des figures de l'imagination de la mère sur le corps de son fruits car si les idées peuvent exister dans la mère sans y tracer de figures parce qu'elle a, selon eux , les chairs trop dures, il est donc possible d'avoir l'idée d'une chose , sans que sa figure soit empreinte matériellement : or, si cela est possible pour la mère, cela le serait aussi pour le fœtus qui ne pourrait les recevoir autres qu'elles ne lui seraient fournies. Alors les imaginistes, par les concessions qu'ils sont forcés de faire et qu'ils font en effet , sur la manière dont la mère conçoit ses idées , détruisent eux-mêmes , dans son principe , la possibilité d'une impression d'images sur le fœtus , à moins qu'ils ne soutiennent qu'il y a transport sur celui-ci , d'une chose qui n'existe pas dans celle-là , ou qu'ils ne donnent aux sens de l'embryon ou du fœtus la faculté de graver des images matérielles d'objets qu'il ne peut percevoir , tout en refusant cette faculté à la mère, pour ceux qu'elle perçoit.

Mais au lieu de répondre à cela , on dira aux

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simples, ce sont des raisonnemens qui ne prouvent rien contre les faits. Je dis que ce sont des faits que j'allègue, en les rapprochant les uns des autres , et des faits admis même par ceux qui veulent échapper à leurs conséquences, car c'est un fait certain . selon eux , que l'imagination ne trace pas de figure sur la mère, dont ils supposent les chairs trop dures; c'est un autre fait aussi admis par eux qu'elle a des idées ou images intellectuelles d'objets sans empreintes matérielles; c'est un autre fait certain que5 si elle n'a point d'empreintes matérielles , aucune empreinte matérielle ne peut partir d'elle pour être transportée ailleurs , car pour être transportable , il faut exister; c'est un quatrième fait que le fœtus a ce qu'il a, et c'est un cinquième fait que ce qu'il a vient de sa propre nature , s'il ne l'acquiert pas d'un autre individu : or , si tous ces faits sont exacts, et ils le sont, il faut que tout ce qui se remarque dans le fœtus vienne du fœtus luimême , c'est-à-dire de sa propre nature régulière ou viciée , et non de Fimagination de sa mère , où l'on convient que les taches de naissance ne peuvent se tracer à cause de la dureté de ses chairs ; d'où il résulte, en dernière conséquence , que les imaginistes empruntent au néant les taches de naissance qu'ils mettent sur le compte de l'imagination pour les transporter au fœtus. D'ailleurs,

si le fœtus était passible des sensations de sa mère^ celle-ci épouverait réciproquement celles de celuilà 3 par la même voie de communication ; et cependant c'est encore un fait certain qu'il souffre et meurt sans qu'elle s'en aperçoive. D'autres faits aussi incontestables , c'est qu'une femme conçoit même contre sa volonté \ qu'ayant conçu j son fruit se développe sans sa conscience , sans sa volonté , ni aucune influence arbitraire de sa part 3 et que dès-lors il ne tient à elle et n'en dépend que comme un dépôt ; existant de sa propre vie dont il lui emprunte seulement les matériaux , le type spécifique et la protection. Dire que le fœtus en reçoit des empreintes d'idées , c'est nonseulement dire qu'il en reçoit ce qu'elle n'a pas } mais aussi qu'il ne vit pas de sa propre vie. Fautil s'étonner dès-lors que ceux qui transportent le néant d'un individu à l'autre , ce qui ne doit pas trop les charger, combattent en voltigeurs, sans tenir pied sur aucun terrain , dès qu'ils se hasardent hors des retranchemens de la crédulité? Diront-ils que les esprits animaux transportent de la mère des figures qui n'existent pas en elle? C'est encore transporter le néant. Reste à dire que les esprits portent avec eux une détermination formatrice; mais alors c'est encore ôter au fœtus sa propre vie , y envoyer celle de la mère \ et y faire arriver ses prétendus esprits avec une déter-

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mination qu'ils n'ont pas en elle, et qu'ils ne peuvent par conséquent acquérir dans le fœtus que par sa propre vie ou par rien , ce qui anéantit encore leur supposition d'un emprunt de figure à l'imagination de la mère. D'ailleurs prouver la supposition du pouvoir de l'imagination par la supposition des esprits animaux, dont rien ne démontre l'existence ni les facultés , c'est prouver que l'on manque de preuves réelles , et que l'on ne nourrit son esprit que de fantômes et d'absurdités enchaînés les uns aux autres. En admettant par concession ces prétendus esprits tout chargés d'images , avec détermination d'an lieu pour les déposer dans le fœtus , comment pourraient-ils conserver cette détermination , en s'éparpillant et se divisant à l'infini dans le torrent de la circulation . seul moyen de communication entre la mère et son fruit ? Quant à ce qui concerne les figures ou les marques de naissance que la prévention veut toujours rapporter à quelque objet extérieur , qui aurait frappé l'imagination de la mère , parce que l'inclusion du fœtus le lui rend inaccessible , j'observe que tout objet paraît nécessairement sous une figure et une couleur quelconques y notre esprit ne concevant pas autrement d'une manière distincte : or , comme il n'y a pas de couleur ni de figure qui n'aient des analogues dans la na-

ture, il en résulte qu'on trouve à toutes une ressemblance plus ou moins exacte avec quelque autre. Mais on ne peut arguer de cette ressemblance que l'une soit la cause de l'autre , comme font les partisans du pouvoir de l'imagination , lesquels supposent toujours sans preuves et par droit de crédulité , qu'une tache de naissance a été produite par une similitude du dehors , comme si la nature, qui a fait toutes les figures et les couleurs primitives sans modèles , ne pouvait plus opérer de même.

Est-ce donc à dire , parce qu'il naît des enfans dont le cœur n'a qu'une oreillette ou qu'un ventricule, que leurs mères auront eu l'imagination frappée de cette conformation , en voyant le cœur des animaux où cette conformation est naturelle , quoique l'on sache qu'elles n'ont rien vu de pareil, et n'en ont même pu avoir l'idée ? Quand on rencontre un âne dont le dos présente la figure d'une croix ou d'un drap mortuaire, faut-il attribuer ce phénomène à l'imagination de sa mère , avec la même légèreté que ceux qui , trouvant la forme d'une croix dans le sillonnement lumineux d'un nuage , se hâtent d'en faire un miracle ou une exception aux possibilités physiques, sans s'inquiéter si la chose est naturellement possible ? De ce que le serpent à lunette des Indes est marqué d'une ligne brune qui imite une paire de lu-

( 412 ) nettes d'où lui vient son nom, faut- il en tirer la conséquence que sa mère avait vu une paire de lunettes sur quelque nez? En définitive et pour abréger , est-il bien raisonnable , quand on sait combien le basard produit de choses semblables, sans que l'on puisse croire à aucune influence de l'imagination > de supposer son influence , sans preuve aucune , pour les diverses figures anomales qu'on remarque chez les animaux doués de cette faculté ? Est-il moins ridicule de croire au pouvoir de l'imagination pour les difformités extérieures que pour celles qui , étant internes et cachées aux regards de toutes les femmes , ne sont pas moins fréquentes chez les enfans ? Façonné dès l'enfance à la croyance des choses les plus absurdes , le peuple ne trouve plus rien d'incroyable , et sous ce rapport il faut compter parmi le peuple bien des gens qui croient s'en distinguer , en le méprisant , après l'avoir trompé.

Avant d'avoir découvert les fibres nerveuses qui échappent presque à la vue , allant de la mère au placenta , le même auteur avait imaginé quelque véhicule analogue au fluide électrique ou au magnétisme , pour établir la communication dont il avait besoin pour faire passer les idées de la mère au fœtus. Il s'exprimait ainsi : « Les esprits animaux, remués à l'occasion de l'imagination vive de la mère , ne peuvent-ils pas enfder , par la voie

de la circulation, les routes des vaisseaux sanguins qui portent les sucs nourriciers au fœtus ? Je n'emploie qu'un exemple de la physique moderne pour prouver cette possibilité. Un tube électrique communique sa vertu ( qui n'est autre chose qu'un écoulement de particules subtiles et insensibles) à des corps de différentes espèces et de différens genres , sans qu'il y ait entre eux aucune communication ni aucune adhérence ni contiguité de parties , et cela s'exécute en suivant toujours la première détermination. Il résulte de tout ceci qu'on ne doit point assurer que la communication des impressions du cerveau de îa mère à l'enfant est impossible. » (Plauque, /. c. p. 1 13.)

Le raisonnement de l'auteur se réduit au suivant : Les grenouilles et les plantes remuées à l'occasion de l'agitation vive de l'eau d'un marais , ne peuvent-elles pas enfder , par la voie de l'absorption , les routes des pores qui portent l'humidité ou les particules subtiles et insensibles de l'eau dans l'intérieur de la solive qui y est plongée ? En effet, le fluide électrique qui, comme l'eau, tend à l'équilibre dans les corps plongés dans son atmosphère, de même que le sang ou les sucs nourriciers en circulation qui obéissent à l'impulsion du cœur, en suivant leur détermination , n'entraînent pas jusqu'aux dernières limites de leur mouvement les corps et leurs attributs en contact avec eux.

Ainsi comme le frottement des coussinets contre le disque d'où le fluide électrique tire son mouvement , ne pénètre pas avec lui dans les corps ambians , de même les idées de la mère d'où les esprits animaux de notre auteur sont présumés tirer leur remuement , ne pénétreraient pas non plus avec eux dans le fœtus. Il y a autant d'absurdité à dire que les idées de la mère sont portées au fœtus par les esprits animaux ou tout autre véhicule , qua soutenir que les coussinets et le disque qui remuent le fluide électrique par leur frottement , passent avec celui-ci dans tous les corps ou les individus d'une chaîne électrique. Le frottement peut représenter ici l'imagination maternelle , l'un et l'autre étant , dans la comparaison de l'auteur, les moteurs du fluide électrique et des esprits animaux ; or le frottement n'étant dans la réalité que les corps frottés, comme l'imagination n'est que la substance ou l'organe imaginant , sans qu'ils puissent exister isolément , n'étant que des attributs, il faudrait que l'appareil électrique et l'appareil pensant ou imaginant transmigrassent d'un corps à l'autre, en conséquence de ce que dit notre auteur , dans l'esprit duquel il faut que les idées et les attributs purement intellectuels soient des êtres matériels et dimovibles du sujet qu'ils qualifient. Il résulte de tout ceci, qu'on peut assurer hardiment, et sans

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crainte de se tromper , que la communication des impressions du cerveau de la mère* au fœtus est de toute impossibilité , puisque les idées ne peuvent pas plus s'isoler du cerveau qui en est affecté, que le frottement ne peut s'isoler des corps qui en sont affectés. Notre auteur qui s'est montré si zélé pour défendre l'Ecriture sainte , au sujet de l'artifice innocent de Jacob , qui cependant l'employait dans l'intention de s'enrichir au préjudice de son beau-père et sans sa permission , ne craint guère de matérialiser lame et ses opérations, et va beaucoup plus loin que Descartes, qui fesait agir les brebis et toutes les brutes automatiquement par des effluves qui en réveillaient l'instinct, n'osant leur supposer une ame pensante, de peur qu'on ne l'accusât de doter la matière de la faculté de penser ou d'imaginer. Aujourd'hui ceux qui défendent une erreur qu il partageait , vont bien plus loin que lui , car ils donnent à lame des bêtes , telles que les brebis et les chèvres de Jacob , la faculté de penser , tandis qu'ils ne laissent à l'ame du fœtus qu'une inertie matérielle, et donnent aussi à l'ame de sa mère des pensées ou attributs matériels , tels que si elle les avait, la spiritualité serait détruite.

Du reste , il n'y aurait rien d'absurde ni d'invraisemblable dans la supposition d'un fluide animal analogue à celui de l'électricité, si ce n'est

( 4i6 ) dans l'application qu'on voudrait en faire pour le passage des idées d'un individu à l'autre. J'ai déjà remarqué que l'hypothèse des esprits animaux avait été remplacée depuis le siècle dernier par celle d'un fluide nerveux, qui tous les jours acquiert plus de probabilité et un plus grand nombre de partisans. L'existence de ce fluide paraît se confirmer par l'électricité zoométallique , dontSulzer, médecin allemand, a le premier fait connaître un phénomène, en 1767, dans la production d'une lueur et d'une saveur , en opérant le contact de deux métaux différens, appliqués l'un dessus et l'autre dessous la langue , et à laquelle Galvani , médecin italien , a donné son nom, parce que le premier il a reconnu, en 1789, et prouvé dans un ouvrage publié en 1791 , que cette électricité devenait encore , après la mort, un moteur puissant de la fibre musculaire en l'appliquant aux nerfs qu'il en considérait comme les conducteurs.

Dans ces derniers temps, M. Weinhold, médecin et professeur à Halle, a fait du galvanisme une application dont les phénomènes paraîtront étonnans. Ayant coupé la tête à un chat, il lui enleva la moelle épinière après la cessation du pouls et de tout mouvement , et remplit le canal vertébral avec un amalgame de mercure , de zinc et d'argent: à l'instant même, le pouls et les con-

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tractions musculaires se renouvelèrent avec la même énergie que sous l'influence de la vie. L'animal se mit à sauter plusieurs fois de suite. Ce physiologiste, voyant l'irritabilité épuisée de celte manière, produisit encore partout de faibles contractions au moyen d'un arc métallique qui mit peu à peu le coeur et les muscles volontaires en rapport avec la moelle épinière artificielle. Poussant plus loin ses expériences , il remplit du même amalgame le crâne et le canal vertébral d'un autre chat qui ne donnait plus de signe de vie; il en résulta un tel état de tension pendant environ vingt minutes, que le chat releva la tête, ouvrit les yeux , les fixa quelque temps, essaya de marcher, tomba plusieurs fois, fit des efforts pour se relever , sautilla , puis tomba enfin épuisé. Les autres phénomènes vitaux, tels que la circulation, les batteniens du pouls, la chaleur, la sécrétion du suc gastrique, avaient aussi reparu. M. Weinhold a aussi remarqué qu'en rapprochant les deux extrémités d'un nerf coupé , il se manifestait entr'elles une lueur , lorsqu'on les réunissait aumoyen d'un arc métallique. M. Magendie, membre de l'Institut de France, a fait des expériences qui montrent que les propriétés de la moelle épinière résident uniquement à sa surface , et que l'irritation de sa partie interne ne détermine ni sensation ni mouvement. Si tous ces phénomènes

se confirment par des expériences ultérieures, l'on pourra en conclure, sinon une identité ^ au moins une grande analogie entre le fluide électrique, le galvanisme et le fluide nerveux, etpeutétre aussi le calorique; mais il n'en résultera pas que le siège de la pensée puisse se trouver ailleurs que dans le cerveau, ni qu'on puisse faire voyager les idées dans un fluide ou un véhicule quelconque. La présence du fluide électrique dans les animaux , étant d'ailleurs connue depuis longtemps, n'avait pas besoin d'être supposée, et c'est un fait facile à constater, car en étrillant un cheval, en frottant avec la main le dos d'un chat ou d'un chien, dans l'obscurité, on en voit sortir des étincelles électriques : un homme qui porte des bas de soie et de laine, en se déshabillant dans l'obscurité, voit également , en les séparant, jaillir des étincelles pétillantes , empruntées à son propre corps , comme dans les décharges électriques; il y a même attraction de l'un des bas vers l'autre, sans que pour cela ses idées se soient égarées avec le même fluide dans ses bas , ni que celles du cheval , du chat, du chien , etc., passent dans la main ou clans le corps de celui qui les trotte.

Si nous rapprochons des expériences de Weinhold, quelques phénomènes de l'histoire naturelle, observés par M. de Humboldt ( Ohs. Zoo-

log.9 t. i , p. 49)? par Darwin ( Zoonom., t. 11, p. 298), < t par d'autres naturalistes, nous serons encore plus convaincus qu'il y a des rapports incontestables entre les nerfs et l'électricité, car les poissons électriques, tels que les différentes espèces de torpille, le gymnote (gymnotus électricui), le quatre-dents des îles G om ores [tetraodon électricus), etc., cessent de l'être par l'excision des nerfs et l'ablation du cerveau; ils portent sur le dos une rangée de tubes aponévrotiques avec une interposition de cellules remplies de mucosités, dont le frottement produit par les nerfs de la huitième paire, leur donne la faculté d'opérer des commotions, et même de tuer les petits animaux à la distance de plusieurs pieds, comme par une batterie électrique. L'électricité de ces poissons agit même sur les pêcheurs par l'intermédiaire de leurs filets, peut s'interrompre par les corps isolans , comme le verre , le soufre , les résines, persiste après l'enlèvement du cœur et des vaisseaux sanguins qui se rendent à leur appareil, et ne cesse que quand on leur enlève les nerfs et le cerveau. Cependant, quoique les individus puissent agir les uns sur les autres dans une atmosphère assez étendue par l'électricité , il n'en résulte pas que celle-ci puisse devenir le véhicule de la pensée d'un individu à l'autre en faveur de l'imagination maternelle; caria pensée n'est

( 420 ) (jaune manière d'être du cerveau qui pense , comme le mouvement n'est qu'une manière d'être du corps qui se meut; or : ia manière d'être d'un corps ne peut être celle d un autre; en sorte que celle du corps cl ee Irisant n'est pas même semblable à celle du corps éleetrisé , et il ne s'ensuit pas non plus que, quand la mère pense, boit ou mange ; son fruit fasse de même ou éprouve ce qu'elle éprouve.

ïl y a des preuves si futiles et si ridicules à l'appui du pouvoir de l'imagination maternelle, qu'elles semblent ne pas valoir la peine d'être réfutées, et je n'en aurais pas fait mention, si je n'avais craint que ]es gens prévenus n'interprétassent un silence de mépris, en faveur de leur opinion, comme a fait un des rédacteurs du Journal de médecine de MM. Corvisart, Roux et Boyer (t. xiii, p. 229). En parlant de ma physiologie intellectuelle, où j'ai soutenu les principes généraux de la doctrine de Gall sur les fonctions du cerveau, ce rédacteur s'exprime ainsi : « Parfois même il combat quelques-unes des objections que l'on a faites au système de son maître, mais il a soin de les bien choisir , et de ne pas aborder celles qui pourraient être embarrassantes. » C'est pour n'être pas exposé au même reproche, que j'ai cru ne devoir négliger aucune des prétendues meuves alléguées par les imaginistes, et que dans

une question qu'ils prétendent faire décider en leur faveur par le nombre des autorités , je me suis fait une règle de faire parler les principaux défenseurs de cette chimère avant de les réfuter, pour n'être pas soupçonné d'affaiblir leurs argumens ou de leur prêter des absurdités, afin de les rendre ridicules.

A présent que je crois avoir signalé toutes les nuances d'opinion sur les effets supposés de l'imagination maternelle, après avoir fait connaître auparavant les effets directs et indirects que l'on ne peut contester à cette faculté , ainsi que les causes accidentelles les plus probables des anomalies de naissance , il me reste à jeter un coupd'œil sur les causes physiques et générales , préétablies par le créateur de toutes choses , pour la conservation des races et des espèces.

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