DE LA PREMIERE EDITION
Cet écrit se compose de deux parties essentiellement distinctes. Il contient d'abord un exposé complet des éléments de l'imitation théâtrale et des principes fondamentaux de cette imitation, puis, à l'occasion de chacun de ceux-ci, l'examen des doctrines et des prétentions de la nouvelle école : il est donc à la fois didactique et critique.
On a déjà tant écrit, tant divagué sur la question du classique et du romantique , on a si longtemps
bataillé dans les deux camps, sans résultat définitif et sans espoir de fusion, que le public en a pris son parti, celui de se laisser faire, en attendant les chefsd'œuvre qui lui sont annoncés tous les jours. 11 est à parier que le public attendra longtemps; mais le public est patient.
Le public est en cela tout ce qu'il peut être : à défaut de bons ouvrages, il reçoit des nouveautés dont il veut bien s'amuser un moment , quelquefois aux dépens de l'auteur, et dont il ne pourrait cependant pas, même à ce prix, s'amuser deux fois.
Le public est à l'épreuve des pièges qu'on lui tend, des mauvais tours qu'on lui joue, des larcins qu'on fait à sa bonhomie. Disons pourtant qu'il est loin d'en être dupe : il sait bien, le plus souvent, qu'on va l'ennuyer, mais il y consent.
Moyennant cet accord tacite entre le public et les auteurs, il est permis à ces derniers de spéculer sur un certain nombre de représentations, mais rien de plus, rien au delà. L'immortalité d'un ouvrage est aujourd'hui considérée comme une chimère des temps passés : c'est un point convenu.
J'ai signalé beaucoup d'abus qui tendent de jour en jour à l'avilissement de notre littérature dramatique et à sa dégradation complète. Je pouvais en indiquer le remède, et je m'en suis abstenu, craignant de le faire en temps inopportun, craignant de plus, et non sans raison, de n'être pas écouté, désirant surtout que le moyen d'obvier à ces abus, se présente à l'esprit de ceux qui sont chargés de pourvoir en France aux intérêts de l'art dramatique '.
Observons seulement que, pour y parvenir, il im-
1. Il s'agissait, dans ma pensée, d'un théâtre immédiatement placé sous la main de l'État qui en aurait la haute direction et pourrait y appeler les artistes les plus distingués de Paris et de la province. Le répertoire de ce théâtre, où tous les genres vraiment littéraires seraient admis, serait arrêté par le gouvernement lui-même. Aucune pièce ne pourrait toutefois en faire partie qu'après un temps d'épreuve nécessaire, et dans certaines conditions propres à exciter l'émulation des auteurs. Enfin, pour dernier complément de l'organisation du théâtre dont il s'agit, le gouvernement devrait pouvoir y appeler au besoin les artistes des théâtres lyriques subventionnés dont le concours est nécessaire à la représentation de quelquesuns de nos chefs-d'œuvre; et ce serait ainsi le théâtre français par excellence, c'est-à-dire le théâtre de ce nom constitué sur d'autres bases. M. Thiers a été préoccupé d'une reforme à peu près semblable et fondée sur les mêmes motifs. (Voir à ce sujet son discours à la chambre des députés, du 2 juin 1835).
porte avant tout de relever la dignité des auteurs en fermant la carrière du tripotage à ceux qui l'aiment, en ne laissant pas ceux qui sont dans une disposition contraire aux prises avec une nécessité répugnante, en rétablissant ainsi l'équilibre d'une concurrence honnête, et la noble égalité des droits.
Novembre 1829.
DE