DE LIMITATION THEATRALE
Je viens de dire que le drame avait pour objet : 1° le développement d'une action ; 2° d'une action propre à nous intéresser. C'est à dessein que je distingue ici les termes de cette proposition dont le premier n'avait besoin que du simple énoncé que j'en ai dû faire en son lieu, tandis que le dernier méritait au contraire une attention spéciale et distincte.
C'est la curiosité qui nous conduit au théâtre ; et le devoir du poëte dramatique est au moins de répondre à ce premier intérêt de curiosité ; mais n'allons pas trop vite : arrêtons - nous d'abord ici.
L'essentiel à ce sujet n'est pas, comme on serait tenté de le supposer, d'offrir au public une action vraiment intéressante et curieuse : il s'agit bien du public et de son amusement ! Le public est F Atlas du système : on ne lui demande que ses épaules. Il est là pour admirer sur pa-
rôle à la plus grande gloire de l'auteur. Il suffit donc ici de l'attirer, de V eneamarader , de s'en emparer d'avance , au risque de l'ennuyer après.
Cet art, inconnu des Corneille et des Racine, et qui pourtant doit être compté parmi les plus puissants moyens de succès ; cet art de création nouvelle, et presque aussitôt perfectionné qu'imaginé , consiste à s'emparer des avenues du théâtre, à spéculer sur les bons offices d'une gazette et sur l'appui du compérage.
Il est, du reste, bien entendu que, de cette manière, on ne doit compter que sur un genre de succès qui s'appelle enlevé. Comparez en effet tout ce bruyant charlatanisme d'annonces et d'articles louangeurs à la stérilité des résultats ; comparez cet énorme poids de l'admiration dont le public était comme écrasé tout à l'heure à son soulagement soudain. Voyez avant, voyez après.
Mais laissons parler M. de la Touche : il va nous dévoiler, beaucoup mieux que je ne le ferais, tous ces beaux mystères de l'initiation romantique et us de la camaraderie. Les passages suivants sont extraits d'un article in-
Si DE L'IMITATION THÉÂTRALE.
séré tout récemment clans la Revue de Paris \
« Une congrégation de rimeurs bizarres est devenue un complot pour s'aduler, et quelques confidences d'écoliers qui s'essaient, une conspiration flagrante contre des illustrations consacrées. Que si vous n'étiez pas doué à un trèshaut degré de la faculté d'applaudir en face, d'atteindre à l'exaltation d'un enthousiasme à bout pourtant, de guinder votre ivresse au degré qui produit l'extase, nous ne vous conseillerions pas d'aborder jamais cette réunion qui s'est dit à elle-même que le siècle lui appartient, qui s'appelle modestement un cénacle, et qui a dans son sein ses martyrs et ses divinités. Là, divinités et martyrs, tout le monde veut des paroles qui sentent la transfiguration, et les souples postures implorent des articles menteurs à la porte de toutes les gazettes. Là, on s'est fait de a louange une servitude, un vasselage de tous les instants : c'est, dans la petite église ultraromantique, la prière du matin et du soir; c'est la dîme que toute lecture, confidence d'un pro-