‹ De l'imitation théâtrale à propos du romantismeChapitre 6 sur 25 · J'écrivais ceci à la fin de · texte numérisé non relu

J'écrivais ceci à la fin de

jet, révélation d'un hémistiche auquel on travaille, à droit de lever sur les contribuables. Entre tout adepte rencontré par un autre adepte, il s'échange à toute heure un regard qui veut dire : Frère, il faut nous louer !

« Tout cela ne serait que fort innocent, si d'abord l'industrie des libraires n'était un peu dupe et victime d'un mérite surfait par le charlatanisme de nos journaux , et surtout si les catéchumènes, respectant les autres croyances, n'attaquaient pas toutes les gloires dont se compose la gloire du pays. Pourquoi détruire avant d'avoir fondé? Ne peut-on se chatouiller doucement entre soi, sans qu'il en coûte d'autre sacrifice que celui de la modestie, et sans qu'il y ait d'autres chances à courir que celles de devenir un peu ridicules ?. . . »

« Cette camaraderie a de tels inconvénients que nous pourrions citer déjà de nobles caractères, des auteurs longtemps purs d'immodestie , qui , à force de hanter des convives enivrés d'eux-mêmes, ont fini par s'exagérer leur importance et leur vrai talent. Échappés aux séductions du pouvoir, les voilà qui tombent dans la dépendance des flatteurs. Us rougissent au

jourd'hui de leur candeur passée ; et demain , pour peu que les confrères les embrassent , ils se trouvent barbouillés de fard »

« Ces mutuelles compagnies d'assurance pour la vie des ouvrages , ne sont attaquables , nous le répétons, que par leur influence sur l'avenir des lettres. Du reste , elles sont douces et commodes. Si elles nuisent à l'art, elles font peutêtre le bonheur de l'artiste. Cette banque de vanités escompte les mérites futurs, et permet de réaliser des jouissances viagères qui' suffisent aux exigences du moment. Les poètes encamaradent des musiciens , ces musiciens, des peintres, les peintres, des sculpteurs; on se chante sur la plume et sur la guitare ; on se rend en madrigaux ce qu'on a reçu en vignettes;, on se coule en bronze de part et d'autre. Chacun peut, à l'heure qu'il est, se suspendre à sa cheminée et s'instituer le dieu Lare de son foyer.

« Certes, si la postérité n'est pas dédaigneuse et impertinente, elle sera bien riche! Les médailles fabriquées jusqu'ici n'affectent pas toutefois des proportions monumentales ; ce sont des monnerons dont le modèle est encore portatif, et on pourrait, à la rigueur, cacher une

trentaine de grands hommes vivants dans sa poche. »

On sentira facilement que , si ces moyens de succès peuvent être considérés comme appartenant à la critique et à l'histoire littéraire de notre époque, ils n'appartiennent, sous aucun rapport, à la poétique du théâtre. Il était bon néanmoins de les constater en passant... Mais revenons au côté sérieux de notre sujet, c'est-àdire aux fins et moyens licites de l'imitation théâtrale.

Et d'abord, en ce qui concerne les premières, observons qu'indépendamment du plaisir et de l'intérêt de la curiosité que le théâtre doit offrir, on voudrait pouvoir y trouver encore une instruction véritable, et ce sentiment des convenances, et ces leçons du bon goût, qui ne sont pas d'ailleurs incompatibles avec le développement d'une saine moralité. Le poëte, avant tout, doit plaire; il peut instruire; il ne doit jamais se faire un système ou un jeu de la dépravation du goût public , et de celle des mœurs , encore moins.

Quant aux moyens de l'imitation théâtrale, ils se présentent à l'esprit sous deux points de vue principaux. Les uns sont relatifs à la com-

position du drame, et les autres à sa représentation. Ces moyens, tels que je les conçois dans la nature des choses et dans toute l'étendue de leur application, ne pourront être bien appréciés qu'à l'occasion de l'analyse des éléments du drame en général et de ses parties constitutives, analyse que j'aborderai bientôt.

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