II. Tétanos
Pour le tétanos, l’influence de l’impaludisme est loin d’être aussi évidente : elle n’en est cependant pas moins réelle. Commençons par établir que l’impaludisme peut être cause de tétanos en dehors de toute lésion traumatique :
Dans un travail publié en 1864, Coural (2) rapporte trois cas de tétanos intermittents de nature paludéenne (cas de Storck, de Gendron (de Vendôme), de Piorry), et il y ajoute une quatrième observatiou recueillie à l’hôpital Saint-Eloi, dans le service de M. Dupré. De ces faits, il conclut : « Il existe un tétanos intermittent de nature paludéenne, véritable fièvre larvée curable par le sulfate de quinine. »
Sanquer (3) rapporte quelques cas de tétanos survenus chez des fiévreux, et montre qu’à Cayenne il est le plus frequent au moment où « le sol surchauffé exhale ses émanations morbides. j> D’après le même auteur, Reiss et plusieurs
(1) S. Weir Mitchell. Des lésions des nerfs et de leurs conséquences. Traduction française 1874, p. 393.
(2) Courel. Montpellier Médical, 1864.
(3) Sauquer, thèse de Paris 1809, pages 18 et 22.
autres médecins brésiliens sont persuadés que le paludisme esL une cause efficiente de tétanos.
Odevaine (1) rapporte, dans YIndian medical Gazette , plusieurs cas de tétanos consécutifs à des injections hypodermiques de sulfate de quinine. Il conclut que la quinine a une action spéciale sur les nerfs, ou bien que la cachexie paludéenne prédispose au tétanos.
Labbée, dans une Revue des archives générales de Médecine, 1873, insiste sur la fréquence du tétanos dans les pays malsains où la fièvre intermittente est endémique et grave, exemple à Cayenne et aux Indes.
Faut-il admettre, avec Sanquer, que le sang, altéré par les effluves paludéennes, détermine l’excitabilité du bulbe? La pathogènie du tétanos est encore tellemeut obscure, qu’il est bien difficile de se prononcer. Mais ce qui paraît certain, et ce qui se comprend bien, du reste, c’est que le traumatisme favorise singulièrement le développement du tétanos chez les paludiques. « Tout tétanos se déclarant chez les blessés, écrivait Chrestien, n’a pas le droit d’être appelé traumatique. Le tétanos peut survenir chez un blessé, sous l’influence des mêmes causes qui le déterminent chez les sujets vierges de toute blessure, ainsi que le prouve le fait suivant :
Observation xv.
Chrestien, (thèse de concoui's d agrégation ) Montpellier 1 842,/). G! .)
Le 23 février 1828 nous fûmes appelé auprès d’un menuisier âgé de 30 ans environ, qui s’était enfoncé l'avaut-veille une pointe de Paris dans la plante du pied, mai-; qui, ne tenant aucun compte de cette circonstance ue nous la raconta que beaucoup plus tard. Nous n’étions prié de le yoir que pour les suites d’une indigestion éprouvée le 26. Ce soir là en effet, après son souper, il avait ressenti un froid intense accompagné d’une vive chaleur et par suite, trouble de la digestion, vomissemeul, selle, délire jusqu’au 27 raaliu.
(1) Gaz., hebd. 1872, p. 479,
— Gi —
Le soir de ce meme jour à la même heure que la veille, réapparition du froid et du chaud ; mais la diète ayant été observée, l'élat morbide fut moins compliqué. IVons ne pûmes à ce récit méconnaître la fièvre intermittente occasionnée par de l’humidité que le malade nous dit avoir éprouvée quelques jours auparavant à la chasse, de nuit et dans les marais. Nous fîmes prendre de 10 h., du matin à 6 h., du soir, 0,60 de sulfate de quinine en 4 pilules; le froid manqua et le chaud fut moins intense. Le 1er mars 10 grains de sulfate de quinine furent administrés comme la veille. Il ne survint ni froid, ni chaud, mais le délire reparut et une raideur dans les muscles du cou que nous avions déjà remarquée nous frappa de plus en plus. Le 2 nousparvînmes à découvrir la blessure dont nous avons parlé à la plante du pied, mais les bords de la piqûre n’étant point boursouflés nous attribuâmes le tétanos à l’humidité, et non à la piqûre. En consé iuence, le cas étant grave nous priâmes le prof. , Caizerques de nous éclairer de ses conseils. Ce praticien distingué partagea toutes nos craintes et nous engagea même â continuer le sulfate de quinine qui avait eu déjà des résultats avantageux ; toutefois il nous conseilla d’administrer aussi du camphre pour établir une diapliorèse.
Nous associâmes donc 80 cenligr. de camphre à 40 centigr. de sulfate de quinine dont il fut fait 4 pilules pour être prises de 2 h. en 3 h. Le délire était beaucoup moindre le soir ; le malade accusait de vives douleurs à la nuque, aux articulations des coudes-pieds, et au sacrum.
Le 3 le délire reparut, et nous fîmes appliquer 20 sangsues à l’épigastr& en continuant l’emploi des pilules; le pouls deviut meilleur, le malade dormit à plusieurs reprises, mais la rigidité de la nuque était la même.
Le 4 nouvelle application de sangsues et continuation du sulfate de quinine.
11 y eut loin du début le 5, mais la vue qui la veille était obscurcie fut pleinement recouvrée et le malade nous rendit compte de son état qui s améliora de jour en jour. Le 20 la guérison était parlaile.
Deriaud relate aussi dans sa thèse un cas de tétanos intermittent emprunté à M. A. Armand. Voici une observation qui nous paraît rentrer dans cet ordre de faits :
Observation xvi.
Convulsions tetaniformes compliquant une lymphangite. (Communiquée par M. Vcrucuil à la Société de chirurgie. Bulletin de 74..
François C.., 37 ans, infirmier à l’hôpital de la Pitié, entre le 13 février
l87Zt, Salle Saint Paul 46. Cet homme d’une bonne constitution, grand, brun, robuste et sobre, a servi aulreiois comme soldat à la Martinique, i! y fut affecté pendant 18 mois de fièvre intermittente et de dyssenterie. A plusieurs reprises.au moment du frisson initial des accès, il fut pris de crampes douloureuses dans les membres inférieurs et de contracture portant tantôt sur les muscles du tronc, tantôt sur ceux de la mâchoire.
Les fièvres cessèrent à 30 ans. dépendant il y a quatre ans environ il fut pris d’un dernier accès, non plus de fièvre, mais de contraction sans que le malade se rappelle à quelle occasion. Depuis cette époque, il a joui d’une bonne santé et n’a point gardé de traces des affections précédemment indiquées. (Suit la description de convulsions tétaniformes développées en février 187/| à la suite d’nne lymphangite occasionnée par une légère blessure du talon droit).