AVEC LES LÉSIONS CHIRURGICALES
« Les; campagnards supportent bien les opérations, c’est un poiut acquis, mais celte immunité existe-t-elle dans les régions où règne endémiquement l’intoxication palustre ? Sauve-t-on en môme proportion les paysans robustes de la Brie ou de la Beauce et les malheureux métayers de la Bresse ou de la Sologne? » Verneuil. (1)
Dans Fessai historique qui précède, nous avons montré que si l’influence des affections générales sur le traumatisme était signalée depuis longtemps, c’était dîme façon vague et peu pratique. Gela est vrai, surtout pour l’irnpaludisme. Dans les travaux même qui essayent de sortir des généralités, et qui passent en revue les diverses affections, l’impaludisme est complètement oublié. Gela tient, selon nous, à deux causes. La première, c’est que l’impaludisme n’ajamaisété si mal connu qu’au commencement de ce siècle, c’est-à-dire au moment même où la chirurgie entrait dans la voie où elle est aujourd’hui. La seconde, c’est que, dans cette étude, les diathèses ont longtemps eu seules le privilège d’une mention spéciale, et que Fimpaludisme n’était pas considéré comme une diathèse.
(1) Verneuil. Congrès médical international de 1867, p. 290.
11 semble singulier que l’impaludisme ait été moins bien connu au commencement de ce siècle que dans les siècles précédents : rien n’est, cependant, plus exact. Mentionnées d’abord par Hippocrate (1), puis décrites par les auteurs arabes, les fièvres intermittentes avaient été étudiées d’une façon méthodique à dater du XVIe : il suffit de citer Lancisi, Torti, Hoffmann, Baglivi, Morton, Werloff, Sénac, Starck, pour rappeler des travaux qui ne sont pas près d’être oubliés. Mais sous ces observateurs l’histoire des maladies paludéennes était plus avancée, dit Trousseau, qu’il y a vingt-cinq ans. « Pinel et Broussais avaient arraché cette grande page de la nosologie; depuis quelques années elle y a été replacée, et nous le devons surtout à notre conquête d’Afrique (2). » C'est, en effet, aux médecins militaires qu’est due cette réédification, et les travaux de Boudin, Nepple, Maillot, Haspel, Laveran, Frison, Jacquot, Catteloup, Colin, pour ne citer que les plus connus, occupent une place glorieuse dans cette pyrétoiogie spéciale. Quoi d’ étonnant, dès lors, que l’étude de 1 impaludisme, au point de vue chirurgical, soit elle-même de date toute récente ?
D'un autre côté, l’impaludisme a longtemps été exclu du groupe d’affections générales, justifié par leur réaction sur la lésion traumatique; c’est que l’étude des fièvres proprement dites, de leur type, absorbait à son profit le point de vue étiologique, et si l’histoire des fièvres intermittentes était faite, celle de Tiinpaludisme ne l’était pas.
Aujourd’hui, des maladies, disparates par leur symptomatologie,sont réunies d’après leur étiologie commune, et on les appelle maladies palustres. Il y aurait même un pas de plus à faire dans cette marche vers la généralisation, et Ton devrait réunir sous la dénomination plus large d 'intoxica-
(1) Hippocrate. OEuvres complètes, trad. Littré, tome II. Des airs, des eaux et des lieux, l-'uris 1840, pages 27-89.
(2) Trousseau. Traité de thérapeutique, t. II, p. 583.