I. Le Christ Jésus
La formule, qui fait connaitre le Paul intime, donne aussi la clef de son système. Non pas qu'il ait fait de la spéculation philosophique : comme on l’a très bien remarqué. lapôtre, le missionnaire, précède le théologien. Mais enfin ses lettres résument sa pensée; elles offrent bien quelque chose comme une dogmatique en raecourei.
Un philosophe. M. E. Boulroux, à dit de la méthode de Blaise Pascal! qu'elle pourrait être appelée la méthode du point de vue, parce que l’auteur des «Pensées » tenait pour capital, si lon veut comprendre une doctrine, «de se placer au point central d'où tout part et où tout se rapporte ». La doctrine de Paul à son centre, elle aussi. Quel est ce point de vuëé? D'un seul mot, c’est Jésus- Christ.
Le système paulinien se ramène à quatre points fondamentaux, que l'apôtre expose sous forme d’antithèses. C’est la justiee de la foi opposée à la justice de là loi: c’est l'Israël selon la chair remplacé par Fisraël selon l'Esprit: c’est l’homme du eiel se substituant à Phomme de la terre : c’est enfin le contraste entre le siècle présent
1 La Doctrine de Paseal. dans la «Revue des Cours et Conférences », ne du 26 mai 1898.
et le siècle à venir!'. Mais qu'est-ce qui à permis à Paul d'établir ces antithèses ? La contemplation de Jésus-Christ. Qu'est-ce qui lui fournit la solution des problèmes qu'elles soulèvent?? La personne de Jésus-Christ. En effet, la foi qui rend juste, c’est la foi dans le Christ; l’Israël selon l’esprit est un Israël selon Christ: l’homme du ciel, c’est Christ; le siècle. à venir est. marqué par le règne de Christ.
Jésus-Christ, voilà l'angle sous lequel il faut considérer là doctrine de Paul pour la comprendre. Le paulinisme est done une christologie ou mieux un christocentrisme.
Cela nous parait indiqué dans la forme même que l’apôtre à donnée à l'expression ê7 Xovor® ‘Inc. Il place le mot Christ avant le mot Jésus, parce qu'il envisage le salut chrétien dans son ensemble et son éternité : ce n’est pas Jésus seulement, ce n’est pas Christ seulement, c’est le Christ Jésus. |
C'est pour cela que Paul nous semble devoir étre le suide de la théologie d'aujourd'hui. Celle-ei repose sur la science biblique. La critique du recueil sacré, et en particulier du Nouveau-Testament, à joué un rôle considérable dans l'histoire religieuse de notre siècle. Elle à permis de se rendre un compte plus exact des facteurs qui ont présidé à la naissance du Christianisme. Tout à été soumis à l'étude la plus serrée, à l'examen le plus minutieux. Or. quel à été le résultat de ce travail? « Ni le milieu juif, ni le milieu galiléen, ni leur conjonction ne pouvaient pro-
! Voir Bovon, Théologie du N.-T. | ? Problème sotériologique; pr. historique; pr. christologique : pr. eschatologique (Bovon, op. cit.).
duire le Christ ». D'autre part, «la personne historique de Jésus transcende de beaucoup celle des apôtres. Il reste le premier, c’est la personnalité originale, créatrice aussi bien de la foi qu'elle inaugure que de la société qu'elle fonde. Plus grand que tous ceux qui lui ont succédé. Jésus domine de haut le développement religieux qu'il engendre ; sa pensée ni sa vie n’ont pas encore été revécues intégralement. Un reste subsiste : Jésus est à l’histoire ce que les montagnes sont aux plaines. Le plus sympathique des hommes en est aussi le plus inaccessible et le plus insondable. L'interprétation toujours nouvelle et toujours adéquate de sa personne demeure la tâche essentielle de la théologie comme de la vie chrétienne. Qu'est-ce à dire sinon que le long labeur de la critique moderne tend par là même à rendre la connaissance de Jésus plus accessible à la foi religieuse? »! Ces conclusions durent être déjà celles de Paul. Jésus, le rabbin qui, durant trois années, était allé de lieu en lieu faisant le bien et prêchant la Bonne Nouvelle du royaume des cieux : Jésus, le Maitre populaire, le Prophète, l’homme de prière et de douleur. Paul le connaissait très bien: mais ce qu'il voyait en Jésus, c'était le Christ. Non pas qu'il substituât Christ à Jésus, ou que Jésus füt à ses veux diminué: mais dans l'homme il voyait le Dieu qui pardonne et qui sauve.
C'est pourquoi il fournit une indication précieuse à là science religieuse contemporaine. Si Jésus échappe à toutes les explications historiques. s'il n’est pas le produit du milieu, le dernier terme d'une évolution continue, alors il
\ G. Frommel : Histoire de la théologie allemande au XIXwe siecle, (cours inédit.)
faut déclarer franchement, hardiment, qu'il est le Christ, la révélation parfaite et définitive de Dieu, et qu’ «en lui habite la plénitude de la divinité ».
C’est là d’ailleurs, qu'il en faut toujours revenir.
L'apôtre Paul était destiné à donner au monde l’expression exacte de la vérité chrétienne. Il n'y à plus qu'à marcher sur ses traces. Cela a été fait déjà au xvr® siècle ; saint Paul est le vrai pere du protestantisme. Les réformateurs n'ont rien dit qu'il n'eut affirmé lui-même: en restituant le Christianisme dans sa pureté primitive, c'est-à-dire en le ramenant à la personne du Christ, ils ne faisaient qu'imiter le grand apôtre des Gentils. «C'est, disait Luther, par Christ, pour Christ et de Christ que découle toute ma théologie ».
À chaque réveil de l'Eglise, à chaque réforme de la Réforme, Christ a été comme rétabli dans sa dignité de Médiateur et sur son trône de Roï.