THÉORIES
Hypothèse de l'imagination de la mère
Quelques auteurs ont pensé que les sensations du premier coït seraient très vives pour la femelle et qu'à ce moment l’image du premier mâle s’imprimerait pour toujours dans son esprit, il s'agirait donc d’une imprégnation par le regard. Dans les coïts ultérieurs la reproduction de sensations similaires à la première feraient revivre chez la femelle l’image de son premier fécondateur, ce qui pourrait expliquer que le produit né de cette conception puisse rappeler d’une façon plus ou moins constante le premier fécondateur, suivant que l’image de ce dernier serait restée plus ou moins vivace chez la femelle. Actuellement encore, bien des malformations sont attribuées à des impressions ressenties trop vivement par la mère, c’est ce que l’on désigne sous le nom d’envies ou de regards.
Des études sérieuses ont nettement montré que chez les hommes il ne s’agissait que d’un préjugé, on ne peut donc logiquement supposer que les animaux ressentent des impressions plus vives et plus
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durables, puisque leur vie psychique est bien moins accusée que celle de l’homme.
D’autres auteurs font jouer à l'imagination maternelle un rôle un peu différent. Les caractères du premier fécondateur réveilleraient chez la mère des caractères similaires provenant de ses antécédents et qui existeraient en elle en état latent.
Hillemand dit à propos d’une femme blanche, qui primitivement mariée à un nègre eut avec un second mari blanc un enfant noir :
«Si la femme blanche a eu des enfants noirs d’un second mari blanc, c’est qu’elle-même compte parmi ses ancêtres éloignés des nègres ; son premier mari dont l’image était probablement présente à son esprit au moment des conceptions postérieures, n'a eu d'autre influence que celle de faire sortir la série noire de ses antécédents à elle. »
Moynac accepte cette théorie et en donne un aperçu complet dans son 7raité de pathologie génerale. I] pense que pendant la période de rut l’activité cérébrale de l’animal se rapporte naturellement à l’image de celui avec lequel l’acte sexuel fut accompli pour la première fois, et par suite s’il se trouve chez la femelle des caractères latents ancestraux analogues à ceux du premier fécondateur, ils peuvent agir sur les phénomènes de maturation de l'ovule,
Raisonnablement,on ne peut accorder que peu de crédit à celte doctrine qui tendrait à faire de la télégonie un simple phénomène atavique.
B. — Théorie des échanges nutritifs
C'est une des théories qui possèdent le plus de partisans el qui fut désillusionnante pour Schenk.
Cornevin la présente ainsi : « L'influence persistante d’un premier reproducteur ne tiendrait-elle pas à ce que la mère a été elle-même matériellement imprégnée de quelque chose lui appartenant, non par le sperme directement, mais par l'intermédiaire du fœtus ? Ne se pourrait-il pas que celui-ci possédât dans son sang des propriétés spéciales qu’il tient de son père et qui, se changeant avec celui de la mère, agissent sur celle-ci comme un vaccin agit sur la masse sanguine du vacciné. Le sang de la mère ainsi imprégné agirait sur les ovules à féconder ultérieurement par un autre reproducteur. » Ce serait dans les échanges nutritifs entre la mère et le fœtus que la mère recevait cette imprégniation dans tout son organisme.
Bouchard explique ainsi la genèse: « Ce n’est pas une imprégnation par le liquide spermatique, mais toutes les cellules du père avaient un taux nutritif déterminé qui était le même dans la cellule génératrice, dans le spermatozoïde et dans chacune des granulations du filament nucléaire du spermatozoïde ; ces granulations, en se dédoublant toutes pour se retrouver dans toutes les cellules de l'embryon et dans toutes celles qui se forment ultérieurement
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dans l'embryon et dans le fœtus, ont donné à toutes les cellules du nouvel être la même activité nutritive qui les animait dans les cellules du générateur. La même activité nutritive donne les mêmes produits solubles qui imprégnent grâce aux échanges du liquide de la circulation utéro-placentaire toutes les cellules maternelles ; ces produits solubles du fætusimposent aux cellulesmaternellesune modification nutritive durable qui se perpétuera dans toutes les cellules, dans tous les noyaux, dans toutes les granulations nucléaires, y compris celles de l'ovule qui se trouvent ainsi recevoir indirectement une part de l’activité nutritive du premier père. Ces granulations de l'ovule fusionnant avec les granulations similaires d’un spermatozoïde d'un nouveau père, garderont leur activité nutritive et la transmetiront aux cellules du nouveau produit, lequel recevra, pour une part et par ces procédés indirects, l’activité nutritive du premier père et reproduira dans son ensemble ou dans quelques parlies les caractères du père dont il n'est pas issu. »
C'est la théorie de l'imprégnation par les échanges nutritifs utéro-placentaires qui est la plus admise aujourd'hui. Elle tend à considérer l’imprégnation télégonique comme un parasitisme fœtal. Le fœtus donnerait à sa mère une sorte d'infection qui se traduirait dans les produits ultérieurs de la femelle par l'apparition des signes distinetifs du premier fœtus et par suite du premier père.
M. Boissard compare très justement les phéno-