PROPOSITION XV
La faiblesse ou la débilité des organes génitaux, plus particulièrement due à des jouissances vénériennes anticipées, à l'abus de ces mêmes Jouissances, ou à celui plus dangereux encore des plaisirs
solitaires et de la masturbation.
ÿ IV.
Abus des plaisirs de l'Amour, etc.
Vois ces spectres dorés s’avancer à pas lents, Traîner d'un corps usé les restes chancelans , Et sur un front jauni, qu'a ridé la mollesse,
Etaler à trente ans leur précoce vieillesse : C'est la main du plaisir qui creuse teur tombeau ;
Et, bienfaiteur du monde, il devient leur bourreau.
(M. Taomas, Épitre au peuple. )
L'abus des plaisirs solitaires, les excès avec A. L ! 1 - L L2 ?
les femmes, ont affligé les imprudens qui s’y sont livrés sans réserve, dela retraite humiliante appelée anaphrodisie. « Dans cet état de flaccidité, l’érection n’a plus lieu, quoique l'esprit puisse être préoccupé de pensées lascives. Les muscles érecteurs, pour avoir été trop excités, ont perdu leur myotilité, et sont continuelle-
ment dans un état d'inertie ou de paralysie.
Ces sortes de malades éprouvent cependant un état depriapisme dans la nuit, lorsque le corps et l'imagination ont goûté du repos, ou par Île mouvement de la voiture ou du cheval, en raison de l’action des muscles releveurs de l'anus, et de la plénitude de la vessie (1).
«L'appareil générateur, dit M. Mouton (2), enté, pour ainsi dire, sur la vie générale, peut être excité par une irritation directe de ses organes, ou une réaction du centre sensitif, qui représente l’objet des désirs et la cause du plaisir. Comme l'appétit, précurseur de la faim, il a ses dépravations ; et les hommes qui ont tari les sources du plaisir, ne l’excitent plus que par
des calculs que j'appellerais criminels, si les écarts de ces êtres usés ne touchaient de plus
près à la maladie qu’à l'erreur (3). »
(1) Mestivier, thèse sur la stérilité.
(2). Article appétit, du Nouv. Dict. des Sc. méd.
(3) S'ils sort de la semence dans les agitations amoureuses d’un débauché énervé, elle est claire, séreuse, sans consistance, et par conséquent sans cette vertu prolifique qui la rend fécondante. (V. plus bas la deuxième
observation.
Un roi d’Aragon (1) reçut la plainte d’une femme mariée à un Catalan dont elle était excédée par les caresses. Le roi fit venir le mari pour en savoir la vérité. Le Catalan avoua sincèrement que chaque nuit il exerçait avec elle le coit dix fois, sur quoi le roi lui défendit, sous peine de vie, de la caresser plus de six fois. »
Venette fait dépendre cette insigne valeur de l'influence du climat, des alimens échauffans, du tempérament bilieux et mélancolique des Espagnols, de leur oisiveté et de leur désir de revoir des charmes, voilés pendant le jour ; mais cette règle n’était pas générale, et devait être attribuée, selon nous, à une idiosyncrasie de l'individu.
Solon prévoyant les dangers des abus du plaisir vénérien , ordonna à ses concitoyens de ne caresser leur femme que trois fois le mois.
« Je ne saurais louer, dit Venette (2), le philosophe Aëéas, qui ne s’approcha de sa femme que trois fois pendant son mariage, bien qu'il
(OMenette sup: 15; (Pin, &rs.
ŒURE jui fit un garcon chaque fois. Pour Xénocrate, qui parut pluiôt une pierre qu’un homme auprès de la courtisane Phryné, on doit croire que ce fut un effet de la continence qu'il devait à l'étude de la philosophie, plutôt que le défaut de mouvement de ses parties naturelles (1). »
« Par un excès opposé, Cléopâtre, si l’on en croit la lettre de Marc-Antoine, l’un de sesamans. reçut, pendant une nuit, les efforts amoureux de cent six hommes, sans témoigner d’en être fatiguée (2). »
« Nous nous attribuons des exploits que nous n'avons jamais faits, continue Venette (3), et l’empereur Proculus nous en impose, lorsque, écrivant à son ami Metianus, il veut nous persuader qu'ayant pris en guerre cent filles sarmates, il en avait joui en moins de quinze jours. »
« L'empereur Néron ne fut pas le seul, après des excès, qui resta impuissant entre les bras de la belle Poppée, comme le rapporte Pcirone. »
(Gr) Vénéttes tuner ue jtd; tel pate (3) Zd., t. I, p. 209. È
CT
L'atroce Sémiramis était tellement impudique , qu'après la mort de son époux elle fit construire quantité de mausolées pour ÿ enterrer vivans les hommes qui avaient le malheur d’ajouter foi à ses protestations, et de satisfaire son insatiable amour!
A quels excès ne conduit pas la fureur de la nimphomanie ! «Pantia (1)empoissonna ses deux enfans avec de l’aconit, pour faire un adultère, et T'arpeia trahit sa patrie, en donnant des moyens aux Gaulois pour prendre le capitole , parce qu’elle aimait leur roi. Jeanne de Naples, cette infâme princesse, fit étrangler /ndré, son premier mari, aux grilles de sa fenêtre, parce que ce jeune prince infortuné n’assouvissait pas sa passion indiscrète ! Messaline ne se contentait pas de cinquante hommes; Nectimène et Valeria (2) recherchèrent toutes deux les caresses de leur propre père! Agrippine se prostitua à son fils! Julie reçut des plaisirs amoureux de l’empereur Caracalla, son gendre, qui l’épousa ensuite, » Ajoutez à ces horreurs l'idée repous-
(1) Venette, tome [, p. 175.
(2) Le même, tome I, p. 182.
sante du crime honteux de la bestialité, si com mun aux îles et dans les pays chauds.
Si, par la continence outrée (1), l'appareil sexuel dégénère, les testicules se flétrissent, jusqu’à devenir insensibles; les vaisseaux spermatiques se resserrent et se dessèchent, le pénis en retraite, diminue de grosseur; de même, par les excès vénériens, les vaisseaux spermatiques s'énervent, les vésicules séminales se relâchent, et le froid de la vieillesse vient frapper et paralyser l'appareil de la génération jusqu’à ce que
(1) Tissot, dans son Onanisme, dit avoir vu, à Montpellier, une veuve très-robuste , agée de près de 40 ans, qui, après de longues jouissances en amour, était réduite à une continence forcée. Cet état contraint lui donna des accès hystériques qui la jetaient dans un état affreux : elle perdait l'usage de ses sens, et aucun moyen pharmaceutique ne pouvait retarder la fréquence des accès, ni en diminuer l'intensité. Les paroxismes ne cédaient qu’à l’usage de fortes frictions des parties génitales. Ce moyen était suivi d’un tremblement qui lui même était accompagné de soupirs fréquens et plaintifs , jusqu’à ce que la nature, par une salutaire éjaculation, eut rétabli le calme dans ces organes irrités. Un pessaire antihystérique eût pu lui procurer quelque soulagement.
( 107 ) des moyens thérapeutiques, ou préservatifs , s'il existe encore des resoursses, parviennent à les tirer de leur engourdissement.
Si la succulence des alimens provoque à l'exercice de Vénus, les alimens grossiers, au contraire , ceux peu substanciels, en éloignent. Certaines passions de l’âme deviennent encore un obstacle au rapprochement des sexes. La répugnance qu'on éprouve à serrer une femme laide , et les sensations délicieuses que font goûter l'approche et le contact d’une belle femme , conduisent quelquefois à l’anophrodisie, mais par des chemins différens. La scène n’est cependant pas la même; car, si dans le premier cas, la nature refuse d’obéir par antipathie, par une sorte de rétrocession physique et morale, dans l’autre c’est l'ivresse qui anéantit les facultés genitales, tandis que l'émotion se passe au cœur, qui palpite, et au cerveau engorgé par le refoulement des principes vitaux.
Dans l'émission de la semence. les esprits se portent avec tumulte et précipitation vers les prostates qui, étant pressées, dégorgent une liqueur claire dont l’effusion douce et agréable est l’avant-coureur de léjaculation de la semence
\ que provoquent et que décident les mouvemens répétés du coit. L'homme, après plusieurs embrassemens, s'énerve, et c’est alors que la femme commence à s'échauffer quand l’homme est épuisé. Elle l’agace à son tour, tandis qu’auparavant c'était l’homme qui était l’agresseur.
Si après cinq éjaculations réelles ilen vientune sixième, c'est un liquide séreux et stérile, ou du sang vermeil; car on sait que les excès en amour causent l’hémaiurie, ou pissement de sang. « Témoin, dit Venette (1), un galanthomme de ma connaissance, qui vit encore, mais qui vit misérablement , lequel, après dîner, rendit par Ja verge, à la sixième fois, plus de deux onces de sang. Il faut donc croire que les plus grands efforts que l’on puisse faire auprès d’une femme, pendant une nuit, ne sauraient aller qu'à quatre ou cinq embrassemens avéc émission complète, encore selon les climats et les individus. Tous ces grands excès d'amour, ces fanfaronnades qu’on nous raconte, sont autant de fables qu'en nous débite ; ear les réservoirs ne peuvent contenir que cette quantité dont la
QG) TT, p. 214.
(109 ) nature peut disposer sans avoir besoin d'une nouvelle élaboration.
On disait d'Alexandre l’ainé : la débauche le suit, la volupté le fuit.
«a L'usage trop fréquent du coiït affaiblit les forces et la santé des vieillards , dit Campet (à); son usage modéré entretient la santé des hommes forts ; il est pernicieux aux goutteux , aux catarrheux , aux personnes épuisées par les femmes ou par l'excès du vin. »
La continence soutient la vieillesse, tandis qu’elle porte le trouble chez les adultes qui jouissent d’une vigoureuse santé, et dont la nourriture est succulente. Les vieillards doivent rarement faire des sacrifices à Vénus; ils doivent être avares de la liqueur séminale, qui, chezeux, est lente à se reproduire. « Ils ne doivent se permettre, selon Campet, d'aller visiter le temple de cette maîtresse des plaisirs, pour lui offrir une libation selon les facultés de leur âge, que lorsqu'ils y sont puissament excités (2) ».
(1) Traité des Maladies des pays chauds.
(2) Que de débauchés renommés pour leur valeur et
leur courtoisie, restent sans puissance quand ils ont à
Les hommes bruns et velus abondent plus en sperme que les autres ; ainsi les vieillards qui leur ressemblent peuvent user, mais non abuser, de la supériorité que la ‘nature leur a répartie, surtout dans le printemps, où il'se fait une plus grande sécrétion de sperme que dans toute autre saison de l’année. 4 Lessymptômes deplénitude spermatique sont:
#e douleur de tête sourde, une pesanteur de reins , une mélancolie involontaire ; une circulation lente et des soupirs fréquens. La plénitude spermatique provoque aussi des rêves libidineux.
lutter contre les obstacles physiques que leur oppose la virginité! D’autres agissent en sens contraire, par bizarrerié de leur imagination déréglée. On sait que les vieillards préfèrent les jeunes filles, parce qu'elles peuvent moins calculer les comparaisons, et les humilier de leur peu de vigueur. Mais, malgré leur ruse et leurs efforts, ils peuvent rarement offrir à leur déesse cette libation précieuse qui fait connaître toute l'étendue de
la volupté.
( ray PROPOSITION LI .
Le développement précoce de la puberté, soit qu’il soit naturel, soit qu'il ait été hdté par des lectures licencieuses , des spectacles obscènes, des peintures voluptueuses , ou toute autre cause propre à exciter l'imagination, et à porter les jeunes gens au dangereux abus des jouissances, ou à celui, plus grand encore, des plaisirs solitaires ou de la masturbation, amène aussi l'impuissance.
L'imagination joue souvent un grand rôle dans ces rêves enchanteurs où l'amant passionné s’enivre de délices causées par une illusion si puissante qu’elle occasionne, comme on le sait, des pollutions nocturnes dont l'excès énerve, et dont le prolongement conduit à l’anaphrodisie.
Cependant les pollutions nocturnes ont quelquefois lieu chez des individus qui n’y sont nullement disposés par les travers de leur imagination. Souvent ces rêves qui les déterminent sont loin de présenter des idées volupteuses; elles ont quelquefois lieu sans la participation de la plus légère illusion : d’ailleurs la débilité contractée par la masturbation suit presque cons-
(, xx )
tamment ces écoulemens nocturnes qui ajoutent à la faiblesse générale et à la dépravation des forces physiques. Il ne faut donc pas admettre, comme cause exclusive des pollutions nocturnes ces travers de l'imagination, et les illusions qui en dépendent.
La masturbation et le clitorisme.
Que de maladies sont dues à ces vices honteux, et combien d'hommes, hélas! après ces excès dégradans, n’en ont que le nom à trente ans! Peut-il en être autrement? On voit tous les jours des enfans chercher l'obscurité pour leurs rassemblemens , et on ne peut en ignorer le fatal motif! Ils doivent la plupart ce funeste exemple à leurs nourrices, à leurs parens, et surtout aux mœurs dissolues des domestiques auxquels on les confie. Les grandes villes, les couvens, les pensions sont communément les lieux où se perpétue ce genre de débauche. « Là, dit Aretée (1), les jeunes gens qui ont contracté cette habitude funeste prennent et l'air et les infirmi-
(1) De Signis et Caus. Diuturn. morbor., lv. IE, cap. V.
tés des vieillards; ils deviennent pâles, efféminés, engourdis, lâches, paresseux, stupides, et même imbéciles; leur corps se courbe, leurs jambes ne peuvent plus les porter ; ils ont un dégoût général, ils sont inhabiles à tout, plusieurs tombent dans la paralysie (1). »
In vultu color est sine sanguine, lumina mœæstis Stat immota. genis, nihil est in imagine vivum. Tpsa quoque interius cum duro lingua palato Congelat, et venæ desistunt posse moveri,
Nec flecti cervix, nec bracchia reddere motus.
(Ovine, IL. Métam. Descrip. hominis moribundr.)
De même les masturbateurs ne se retrouvent plus hommes devant une personne du sexe, et sont frappés d'impuissance, de même le clitorisme , relâchant les organes utérins, les prive de sensibilité contractile, et, en empêchant la rétention du sperme , cause la stérilité.
(1) « Lorsque même la masturbation n’est point portée jusqu à altérer la santé, dit M. de Montègre ( mot continence du nouv. Diction. des Scienc méd.), elle agit d'un caractère très-marqué sur l'intelligence et les affections de l’âme. »