PROPOSITION XXXV
Des saignées fréquentes, des hémorragies habituelles ; des ménorrhées excessives , d’autres évacuations abondantes, des maladies graves et longues, ou toute autre cause débilitante, peuvent non-seulement produire l'impuissance, mais encore Jaire cesser tout à coup une passion tendre préexistante, quelque vive et quelque forte que puisse être cette passion dans son principe.
On lit à ce sujet, dans l'Encyclopediana , l’anecdote suivante : « Un grand prince, atteint
d’un amour violent pour une demoiselle de mérite, fut contraint de partir pour l’armée. Tant que son absence dura, sa passion s’entretint par le souvenir et par un commerce de lettres fort fréquent jusqu'à la fin de la campagne, qu’une maladie dangereuse le réduisit à l'extrémité. Il reprit sa santé, mais sans reprendre son amour, que de grandes évacuations avaient emporté à son insu, Car, se persuadant d’être toujours amoureux, et ne l’étant plus que de mémoire , il se trouva froid et sans passion auprès de celle qu'il croyait aimer. » Certainement cet exemple d'impuissance est dû principalement à la débilité causée par les évacuations excessives que le prince avait essuyées. |
Si la prostration des forces, qui accompagne les convalescens, frappe d’impuissance les valétudinaires, les maladies, même celles aigues, ne sont pas toujours un obstacle à l'exercice du coït. On a vu (1), et j'ai observé moi-même
à Saint-Domingue, que des malades atteints
(1) Sikora, Conspec. Méd. lég., p. 82. —Fodéré, Med. lég. civile, tome Ier , p. 209.
d’une fièvre angéioténique, ou même de la fièvre jaune, de la phthisie pulmonaire, employaient les derniers efforts de la nature pour céder aux amorces irrésistibles d’un plaisir qui leur ouvrait le tombeau. En un mot, jai vu de ces infortunés, enflammés par le toucher puissant et les baisers lascifs de leurs lubriques mulâtresses, rassembler, pour quelques instans, les restes de leur frêle existence, voguer encore quelques momens sur les flots enivrans d’une mer de délices, et confondre avec eux les derniers principes de la vie. Une sueur copieuse suivait immédiatement leur libation imprudente, et ces jeunes insensés expiraient dans les bras de leurs perfides bourreaux, en leur adressant éncore les derniers regards du regret et de l'amour (1).
D'autres maladies excitent l'appareil génital, en développant le désir effréné et involontaire
(1) L'observateur, dit M. de L.... (tome, p. 4}, verra dans lescampagnes des hommes que la nature avait fait robustes, mais qui dégénèrent insensiblement. Ceux qui habitent les grandes villes ne seront plus à ses yeux que des êtres infortunés sur lesquels la. nature jette en-
core de temps en temps un regard tendre qu'ils ne veu-
d’une prochaine jouissance. Les calculs des reins et de la vessie, la goutte et les autres maladies arthtritiques sont de ce nombre , .et font naître le. satyriasis par le prurit vénérien qu'on éprouve au milieu même de ces états de souffrance. :
Les excès d’un amour déréglé et sans bornes, ainsi que ceux de nos facultés physiques, diminuent sensiblement les lobes du cerveau qu'ils dessèchent; de là perte de mémoire, stupidité, imagination sans énergies outre la stérilité, la sécheresse des reins, le flux de ventre et d’urines, et la chute du siége. L'estomac, dans ses fonctions languissantes, n'élabore plus que des crudités au lieu d’un chyle parfait. De là les catarrhes, les fluxions , la goutte, les douleurs nocturnes, l'épaississement de la synovie des articulations, et leur transmutation en matière crétacée.
Je trouve dans Parny une application à l’ana-
lent pas apercevoir. Il verra sortir de ces villes ‘des hommes efféminés, déjà vieux au printemps de leur âge; il les verra trainer-sous les drapeaux de Mars des imfirmités qu'ils doivent à l'Amour.
phrodisie causée par épuisement ; voici la charmante allégorie peinte avec la grâce ordinaire de cet aimable auteur :
Du tronc qui nourrit sa vigueur, La branche une fois détachée Ne reprend jamais sa fraîcheur ; Et l'on arrose en va in la fleur Quand la racine est desséchée.
On voit dans l’Onanisme, de Tissot, des exemples de personnes mortes pour avoir joui après le repas. L'heure la plus favorable est celle qui précède immédiatement le travail de la digestion, ou lorsqu'elle est achevée. Alors le chyle est bon, le sang est refait, la semence est épaisse et féconde ; car la fatigue en amour n’a pas de suites funestes lorsque les besoins sont annoncés , et qu'on y obéit. Les’caresses du Jour énervent davantage que celles de la nuit, qui sont suivies d’un sommeil réparateur.
Lorsqu'on caresseune femme , ayant l’estomac vuide , on languit (1) , un moment après , d’une espèce de torpeur. La qualité de la nourriture influe aussi sur les facultés physiques : c’est pour-
(1) Ubi fames laborandum non est. Hippocrate, aphorisme XVI, sect. IL. |
quoi le paysan et lesjournaliers , dépensant beau. coup, et réparant peu avec leur nourriture grossière, ne portent, la plupart, leur offrande à Vénus que le samedi soir, veille d’un jour de repos. Les femmes, dont lesévacuationssont bien moins précieuses que les nôtres, ne sont fatisuées dans l’exercice du plaisir, que par le prolongement des mouvemens que la volupté leur inspire. Cependant, dans l’un et l’autre sexe, il est bon d'éviter d'offrir des libations à Vénus aprèsavoir éprouvé des évacuations débilitantes. On en a vu mourir.subitement;et d’autres tomber en langueur pour avoir caressé une femme pendant une convalescence ou un jour de purgation. Une amante exigeante pressait son adorateur de lui sacrifier. Le jeune homme, vain et présomptueux , n'osait refuser ; mais tourmenté depuis cinq mois de fièvres quartes, il eut la faiblesse de consentir, et le courage de s’élancer dans l’arène. Il n’eut pas plutôt entr'ouvert le portique du temple de Vénus, qu'une sueur froide vint le troubler, et qu'il tomba en syncope. Je fus appelé pourlui donner des secours, et j'ordonnai des frictions aromatiques, et autres remèdes indiqués en pareil cas, qui lui rendi-