III. INGEsTA
Si, d’un côté, la nature peu substancielle de la plupart des alimens de nos colonies ne pouvant
réparer suffisamment les sécrétions abondam-
ment établies , disposent à l’anaphrodisie; d’un autrecôté, l'influence puissante du climat, l'usage des épices et des liqueurs échauffantes, s'opposent aux progrès de ce honteux asservissement et le préviennent. Les femmes de couleur et les négresses savent provoquer des sensations assoupies, par le secours du gingembre, de mets mucilagineux aromatisés , auxquels on donne le nom de calalou, lesquels ont une vertu réparatrice et aphrodisiaque.
On fait aussi usage de gibier, de poisson frais et salé : ces derniers alimens ont évidemment la vertu d’exciter les organes sexuels.
Les jeunes animaux dont la chair est tendre et gélatineuse se digèrent facilement, et leur usage répare promptement les forces, mais d’une manière moins durable que celle des animaux adultes.
Le lait et les œufs frais et peu cuits sont aussi, comme on le sait. de puissans analeptiques.
Les fruits acides, tels que les cerises, les pommes, les groseilles, en Europe; les oranges, les citrons, les ananas, les tamarins, les grenades, en Amérique, désaltérent, ralentissent
( 270) le cours du sang, et modérent son activité.
Les fruits sucrés, tels que les abricots , les fraises, les prunes, en Europe; les mangos, les sapotilles , les cachimens, les corrosols, etc. , en Amérique, nourrissent et étanchent la soif.
Les fruits acerbes tels que les coings, les pruelles, les nèfles, les cormes, en Europe; les goyaves, les cirouelles , les anacardes, les icaques, aux colonies, doivent leursaveur styptique à l’acide gallique qu'ils renferment; ils sont astringens.
La viande rôtie pénétrée de tousses sucs nourriciers convient mieux aux personnes disposées à l’anaphrodisie que celle bouillie qui en est dépourvue. Les alimens épicés altèrent à la longue les fonctions digestives parleur vertu stimulante, mais ils deviennent, par cette même propriété, utiles contre l’anaphrodisie.
L'usage du thé, da sucre, du café, du ginsembre, du chocolat, du béthel, agit sur les fonctions nerveuses , les excite, à la vérite, mais finit par les affaiblir.
Les boissons fermentées , le vin , la bierre , le cidre, le vin d’ananas, stimulent et fortifient:
l'excès qu'on en fait énerve et détruit la suscep-
CPR
tibilité des organes digestifs et sensitifs. Prises modérement , elles disposent aux ardeurs de Vénus, tandis que leur abus conduit à l’anaphrodisie , en paralysant momentanément le système nerveux, ou plutôt en suspendant les fonctions des organes nécessaires pour l’exécution du coït (1).
La sobriété dans les repas, en facilitant la digestion , rend le corps plus dispos et l’humeur gaie. On peut citer à cet égard l'exemple de
(1) Venette prétend que l'humidité et les vents sont deux choses qui sont les plus nécessaires pour la génération, et que l’eau, sous ce rapport, vaut mieux que ie vin, en ce qu'elle contient plus d'air. [I est cependant une qualité d'eau dans des villes exposées aux vents chauds ({Zipp., de Aëre et Locis), c’est-à-dire aux vents qui s'élèvent entre le levant et le couchant d'hiver, à qui sont couvert des vents du nord, et sont abondantes en eaux; mais ces eaux sont impures et pesantes. Des personnes obligées de s'éloigner pour quelque temps du lieu qu’elles habitaient, et où elles faisaient usage des eaux dont parle notre immortel observateur, sont devenues fécondes dès qu’elles en ont cessé l'usage. ( M. de L., tom. 1, p. 331). En général, les citadins, sous
pareille exposition, ont peu de force et de vigueur.
(172) Cornaro, noble Vénitien qui fut affligé jusqu’à quarante ans de plusieurs infirmités , et qui recouvra une santé robuste parun régime austère, et en se réduisant à douze onces de nourriture et à quatorze onces de boisson par jour. Cette sobriété d’ailleursdispose aux plaisirs de l’amour. Il ne faut pas confondre la sobriété avec le jeûne forcé, qui vicie les humeurs, et ôte les forces. « Si par le régime, dit Buchan, on peut atténuer ou condenser les fluides, les rendre doux ou âcres , les coaguler, oules délayer dans presque tous les degrés possibles, l'effet du. régime sur les solides n’est pas moins considérable. Les différentes espèces d’alimens ressèrent ou relâchent les fibres, augmentent ou diminuent leur sensibilité, leur mouvement, etc.
Il est donc évident que la nourriture fournie abondamment dans la jeunesse, qu'une nourriture succulente et qui rafraîchit plutôt que d’échauffer, sont des moyens de fortifier les individus , de prolonger leur accroissement, et de leur procurer, quand ils sont d’ailleurs bien constitués, une très-grande taille; une éducation contraire produit nécessairement des effets opposés.
VS) 4,0 {Voyez $$S XXVIII, XXIX, XXX, LXX, TXXTOTRNTE MN LOUE DXXINÉNLXXV, TRANS DXXV IE LMI EX XI SX et LXXXIX.)
IV ExcreTA.
On comprend sous cette acception les excrétions naturelles, celles accidentelles et celles artificielles.
Parmi les excrétions naturelles qui conduisent à l’anaphrodisie, on peut distinguer les transpirations excessives, et la trop fréquente émission du sperme.
Parmi celles accidentelles, l’incontinence d’urine, le diabètes ou phtysurie sucrée, le flux hémorroïdal excessif, et autres évacuations immodérées.
Parmi celles artificielles, les saignées trop fréquemment administrées, etc.
« De toutes les divisions modernes sur les sécrétions, dit M. le professeur Richerand (1), la meilleure est celle de M. Fourcroy : elle est
bien préférable, comme l'a reconnu Vicq-d’Azir,
(1) Elémens de Physologie, t. I, p. 406, 3e édit,
à celle que Haller a publiée dans sa physiologie. M. Fourcroy reconnait six classes d’humeurs : 1° celles qui tiennent des sels en dissolution , telles que la sueur, l'urine: il les nomme salines ; 2° les fluides hur/eux inflammables qui ont tous un certain degré de consistance et de concressibilité : de ce nombre sont la graisse, le cerumen des oreilles, etc.; 3° les liqueurs savoneuses telles que la bile, le lait; 4° les humeurs muqueuses, comme celles qui lubréfient la surface interne du tube intestinal ; 5° les humeurs albumineuses, parmi lesquelles on doit ranger le sérum du sang ; 6° les humeurs tbrrneuses , telles que ce dernier fluide. »
S'il est généralement reconnu qu'à l'exemple des animaux en rut (1), la femme soit plus lubrique dans le temps de ses règles, en raison du prurit qu’excite au vagin leur écoulement, on
(1) L'odeur que contracte la femme dans le coït est tellement l'effet de la résorption du sperme, que la jeune vierge, dont la transpiration est presque inodore, acquiert une odeur sensible lorsqu'elle a plusieurs fois subi les approches de l'homme. (Mot Femme du ouv. Dict. des Sc. Méd).
Gi, devra en conclure que certaines aberrations du flux menstruel, détourné de ses canaux habitnels , laissant ces parties privées de sensations par l'éloignement du sang, les livre à l’anaphrodisie. De ce nombre seront :
1° Cette femme qui, à son troisième enfant, eut un écoulement de sang parle jarret gauche. (Ephémérides de l’Académie des Curieux de la nature , année 1670, Obs. 06.)
2° Une autre femme réglée par la bouche.
(Journal de Médecine, novembre 1957.)
5° Une tifième réglée par les oreilles ;
4° Une autre par les mamelles ;
9° Enfin une dernière par un bouton situé à la joue. (Journal de Médecine , janvier 1795.)
I sera donc possible que des individus , d’ailleurs favorisés de la nature pour leur tempérament, puissent ressentir les atteintes de l’anaphrodisie, soit par une trop grande effusion , soit par une trop grande retenue de liqueur séminale.
J'ai déjà cité l'exemple d’Avenzoës, qui fit cesser une longue maladie, en ayant recours au commerce d’une femme, pour désobstruer ses vaisseaux engorgés.
(176 ) © (Voyez ci-dessus les $$,des Propositions VIII, XXVII, XXXIIT, XXXIV, XXXV, LI, LXXXIX.)