VI
Le Dégoüt, le Découragement, V'fndifference,sont des passions débilitantes qui influént sur les organes sexuels, éteignent les feux de l'amour, et soumettent à l’anaphrodisie.
« Le père Debrio, jésuite, dit M. Salgues (1), nous assure que la déesse Vénus, ayant eu quelque mécontentement des dames de Paros, imprima à leur haleine une vertu répulsive si énergique, qu'il fut impossible à leurs maris d’approcher d'elles. »
Le dégoût par répugnance,ou même paraversion ; le découragement par abattement de l’âme; l'indifférence par défaut d’attachement pour la personne que l’on voudrait en vain aimer, ou qu'on a lieu de mépriser, tous ces sentimens font taire la concupiscence, et font retrouver l’'anaphrodisie. Une belle femme et une laide offrent avec nous des rapports différens.
Desmahis dit, en parlant du dégoût :
Ce sommeil fatigant de l'âme,
Né de la gêne et du loisir,
(1) Des Erreurs et Préjugés, ete., p. 158, t. Ier. Fous. IE 2
(u8% De nos jours use plus la trame
Que la douleur et le plaisir.
En cas d’indifférence, on pourrait prévenir J’'anaphrodisie en ayant recours aux moyens suivans employés à propos :
L'aiguillon de l'amour est la difliculté :
Ses charmes sont détruits par la facilité ;
Dès qu'il est paisible , il sommeille; S'il n’a point de frayeur, il n'a point de désir ; L'assurance l’endort, la crainte le réveille ;
Et s’il acquiert sans peine, il jouit sans plaisir. 6 VIE.
Les sensations répétées ne sont nuisibles et propres à causer l’anaphrodisie, qu'en ce que leur abus énerve la sensibilité du système nerveux , et affaiblit les facultés motrices de l’appareil générateur. Ges affections appartiennent plutôt au chapitre des excès qu’à celui des passions exaltées , quoiqu’elles en soient les effets.
$ VHIL.
La terreur, la frayeur, la peur, sont les dernières périodes d’une crainte exaltée : les affec-
tions perturbatrices anéantissent l'individu qui en est atteint, et causent des névroses toujours contraires au succès du congrès; il en est résulté aussi des paralysies , l’aphonie, l'hypocondrie , la manie , l'épilepsie , et autres maladies nerveuses.
« Porro inter causas idiopathicæ epilepsiw animi affectus, maxime tra alque terror haud ullimum. sibi vindicant locum. (Hoffman, Méd. rat., tom. 5, sect. I, cap. I, S XV.)
Marcellus Donatus (1) rapporte qu'un enfant fut si effrayé de voir de grand matin auprés de lui, au milieu d’un champ , deux personnes vétues de noir, qu’il tomba mort à l'instant.
On sait, et l’on convient maintenant (2), que ce n'est pas par une propriété spécifique que l’eau de la mer à pu guérir certains maniaques, et prévenir quelquefois l’hydrophobie ; mais que ces ellets sont dus en partie à la frayeur subite et considérable que produit une semblable im-
mersion (3).
(1) De Med. Historia, p:+ 102.
(2) Debreuze, ouvrage cité, p. 49.
(3) L'expérience suivante vient à l'appui de cette
C'est par une secousse en sens inverse que l’hydrophobie peut être déclarée; le fait suivant
proposition. Deux de nos nègres furent mordus par un chien enragé, sur l’habitation Rossignol des Dunes, île Saint-Domingue, quartier de l’Artibonite, où j'étais. Le père, plein de confiance en la vertu de l’eau de mer contre la rage, devient marron, et va se cacher au milieu des mangles qui flanquent la rade des Gonaïves, pour y prendre à volonté les neuf bains accrédités par l'erreur et les préjugés. On le chercha en vain, on ne put découvrir son refuge. Je traitai le fils par la cautérisation , dont j'entretins avec soin la suppuration, et intérieurement et extérieurement , par l’ammoniaque liquide et quelques sudorifiques. J’eus le bonheur de neutraliser le virus assez promptement pour qu’il n’eût pas le temps d'exercer ses ravages sur le jeune nègre. Un jour que je dinais aux Gronaïves chez le général Vernet, commandant de cette place, on entend crier près de la galerie : « Fermez vos portes. » De quitter aussitôt la table pour reconnaître la cause de la rumeur, lorsque nous apercevons, accourant du côté de la mer, un homme nu, ayant Îles yeux étincelans , la bouche écumante, poussant des cris étouffés, déchirant tout ce qui se trouvait à son passage; enfin, avec tous les symp-
LA à tomes effrayans de la rage confirmée par son premier
fe 2348 en est la preuve. Une servante, dont parle M. de Sauvages, fut poursuivie par un jeune homme dans le temps qu'elle avait ses règles : elle éprouva d’abord la suppression de cette évacuation; mais, poursuivie de nouveau par le jeune homme, elle entra dans une fureur qui se convertit en rage dont elle mourut en trois jours (1). Dans ce cas, l’hydrophobie fut causée par une vive affection de l’âme et un trouble général des fonctions vitales. Cicéron a appelé avec raison la peur la
Jutte et la retraite précipitée de l’äme.
On lit encore le fait suivant dans le Journal de Paris du 14 septembre 1812, article grand duché de Darmstadit,
« 1 s’est passé ici, il y a quelque temps, un événement tragique qui montre les dangereux elfets que la frayeur peut produire sur l’imagi-
accés. Je reconnus notre nègre, et je racontai son histoire; mais le général Vernet, effrayé, et ne voulant entendre parler d'aucun amendement, fit faire un feu de peloton sur le malheureux, qui aussitôt roula dans la poussière. On trouva dans la rue plusieurs traces de sa fureur. Son fils fut radicalement guéri.
(1) Buchan, trad. de Duplani!, t. ILE, p. 5og.
nation. Une personne de qualité étant morte, un de ses amis se chargea de rester auprès du cadavre pendant la nuit. Vers minuit, le médecin de la maison voulut passer quelques momens auprès de cet ami, et il vint frapper trois fois à la porte, en disant quelques mots d’une voix et d’un ton imités du défunt. Ce genre de plaisanterie , très-déplacé en lui-même , l'était encore bien davantage de la part du médecin, qui d’ailleurs est un homme habile et éclairé. L'ami, homme de courage et sans préjugés, a aussitôt l'imagination si frappée , qu'il tombe dans une espèce d’égarement , et se jette du troisième étage dans la rue : par une espèce de prodige, il ne se blessa que légèrement par cette chute; mais il s'enfuit dans les bois, où il ne vécut, pendant trois jours, que de feuilles et de racines ; lorsqu'on l’eut trouvé et ramené à Darmstadt , il vécut encore une semaine , et mourut dans une espèce de rage. »
Lorsqu'on prononça à Alexis Petrowitz son arrêt de mort, ce prince tomba de frayeur dans des convulsions horribles au milieu desquelles ils mourut.
« C’est par la frayeur qui imprime une se-
cousse au système nerveux (1), que la présence d’un chirurgien , armé du redoutable davier, dit M. Debreuze, suffit pour faire disparaître momentanément les douleurs souvent intolérables que cause une dent cariée, quoique ici la cause matérielle de la douleur subsiste tou- Jours. »
On connaît l’histoire de M. Bertin (2) médecin de la faculté de Paris, mort en février 1781, qui toute sa vie fut si peureux, que se croyant sans cesse investi par des assassins , et considérant comme tels toutes les personnes qui lui parlaient, s’est échappé par les fenêtres, caché dans les marais, pour ne voir personne, quoiqu'ayant le jugement sain. Certes, ce médecin avec une imagination si alarmée, dût être
rarement disposé aux ébats amoureux.
(1) On a des exemples qu’à bord d'un vaisseau , le bruit du canon, tiré au point du jour, en communiquant soudain une pénible commotion au système nerveux, a frappé d’anaphrodisie plus d'un indiscret prêt à goûter le fruit de sa séduction. Ce fait m’a été raconté par un officier à qui pareille contrariété est arrivée plusieurs fois.
(2) Encyclopédiana.
Un autre exemple se présente à ma mémoire :
M. Forel-Lacroix , docteur en chirurgie, et professeur d’accouchemens à Orléans, mourut des suites de la frayeur que produisait en lui sa dénonciation au comité révolutionnaire de la ville. Pendant les derniers jours de sa vie, il se crovait sans cesse entouré d’assassins, et cherchait à garantir son cou du fer de la guillotine, qu'il lui
semblait voir montée auprés de lui Gr
| (1) Au mois de janvier 1823, MM. Debreuze, Delamarre et moi, nous opéràmes d’un hydro-sarcocèle le nommé Pauleu, de la commune d’Echilleuses, département du Loiret. Au bout de six semaines, il fut entièrement rétabli, et parfaitement en état de vaquer à ses ocupations. Quatre mois après, en labourant , il fut surpris par un orage, et tellement mouillé qu'il rentra chez lui avec un frisson considérable, puis une fièvre violente. On me fit appeler. Une infusion de bourrache nitrée ayant rétabli la transpiration interceptée, le malade éprouvait tous les bons effets du traitement que javais prescrit, lorsque le tonnerre tomba sur une maison auprès de la sienne; on vient dire qu’elle était embrasée. Baulett est saisi de frayeur, et s'étant levé en Sursaut , sa transpiration est une seconde fois inter-
ceptée, et il en résulte une colique duodénale, avec en-
On tremble de frayeur : j'ai tremblé pendant bien des nuits à l’époque du massacre des blancs À Saint-Domingue, où mon sommeil pénible et imparfait était sans cesse interrompu par les cris de mourans mutilés et échappés au fer des assassins. Les malheureux venaient implorer de ma pitié un asile secourable, et me prier de les compter au nombre de mes infirmiers. Mon existence était précaire , et mes digestions toujours interrompues. C’est au milieu de ces nuits de sang, dont le souvenir fait horreur, qu'un officier des troupes espagnoles de l'île, à qui Toussaint-Louverture avait promis sûreté et
protection , en les rangeant sous ses drapeaux.
gorgement des viscères abdominaux , et induration des glandes du mésentère. Quelques malveillans, jaloux de nos succès dans plusieurs opérations majeures , qu'ils n'avaient osé entreprendre, et que nous fimes à cette époque, répandirent traîtreusement le bruit que l'état de Bauleù était la suite inévitable de l'opération. Mais eur basse jalousie fut punie par le parfait rétablissement du malade, qu'une autre maladie enleva plus tard. Pouvions-nous le soustraire à cette loi immuable de la
nature : tout naît et tout périt ?
(26) que cet officier, dis-je, ayant échappé à l’affreux massacre ordonné traitreusement au camp Plasac, par le perfide cannibale africain, retrouva, après une longue absence, une épouse adorée ; mais par suite de la terreur qu'il éprouvait encore dans la crainte d’être reconnu et égorgé, il fut pendant plus de deux mois hors d'état de satisfaire au devoir conjugal. Tant-il est vrai que la frayeur, dit Beker, dans son Monde enchanté, prive un homme de son jugement, et lui Ôte la faculté de ses sens,en sorte qu'il croit voir et entendre des choses qui n’existent que dans son imagination troublée. De là lanaphrodisie.