‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfans (volume 2)Chapitre 8 sur 73 · IX · texte numérisé non relu

IX

La Honte ou la Timidité sont aussi dans la classe des affections pénibles et débilitantes. L'une et l’autre paraissent être une modification de la crainte, et ne sont, en effet, dit M. Debreuze, que la crainte de l’humiliation. Leur caractère distinctif est la rougeur particulière de la face. On n’est pas d'accord sur la cause de cette rougeur subite. « Est-elle causée (1) par

(1) Debreuze, ouvrage cité, p. 53.

le spasme des capillaires , ou seulement par une augmentation de leur action ? Haller (1) démontre que les artères qui se distribuent au visage, aux poumons, au cœur, et à tous les viscères , ont des nerfs qui les embrassent étroitement , et de telle manière que ces nerfs, en se contractant et en se relâchant, arrêtent ou accélèrent le cours du sang. »

M. Debreuze n’est pas satisfait de cette théorie; il croit que « ce concours de causes qui se succédent ne s'accordent point avec la rapidité du phénomème; qu’il y a sans doute quelque chose de plus, et que l’on peut présumer qu’il existe une sympathie particulière au moyen de laquelle chaque passion va imprimer son caractère à la face, qui paraît être le miroir chargé de les réfléchir. » Je suis de ce dernier avis, en examinant que la haine, la colère, la peur et autres passions contraintes, étant portées à leur ulimaium, excitent la pâleur du visage. Quoi qu'il en soit, Lachambre (2) observe que la rou-

seur que produit la colère commence par les

(1) De nervorum in arterias imperio, 1744, im-4°.

(2) Traité des caractères des passions.

(26 ) yeux, celle de l'amour par le front, et celle de la honte par les joues et les extrémités des oreilles. | |

Voici l'opinion du docteur Legouas, sur la cause qui produit la rougeur de la face. « Le corps réticulaire, dit-il, réseau vasculaire trèsdélicat qui associe aux papilles nerveuses une portion de ses vaisseaux, contient en stagnation un fluide, incolore chez les Européens , et plus ou moins coloré chez les autres peuples. L'autre portion est pénétrée par des fluides blancs en circulation, qui sont remplacés par le sang, lorsque, par une irritation quelconque, la sensibilité de la peau est augmentée. Le visage doit À cette disposition la rougeur subite quil prend dans certaines circonstances.

Diodore le dialecticien mourut subitement de honte, au milieu de son école, pour n'avoir pu rétorquer en public un argument qui lui fut fait.

La timidité qui accompagne un amour respectueux est une espèce de contrainte qui fait les délices de deux cœurs sensibles mais c'est chez l’homme ; un grand obstacle au succès des

derniers plaisirs, et conduit à l'impuissance.

Pour bien combattre, en amour comme à là guerre , il ne faut pas douter de la victoire. Cette timidité excessive, annonçant un défaut d’énergie nerveuse dans jies organes de la génération , est toujours nuisible, et une femme adroite à soin de le faire disparaître par une résistance sraduée qui excite et stimule les désirs.

. + . + La nymphe s'embarrasse, Se livre par degrés à ce trouble enchanteur,

Tombe, se laisse vaincre, et pardonne au vainqueur.

La timidité est un attrait dans la femme sensible. Que deviendrait, pour les femmes et pour nous, ce charme secret, qui, comme nous l’avons tant de fois remarqué, ne nous rapproche que par les contrastes? Oh! non : entendons mieux nos intérêts communs. Laissons-leur, sans tenter jamais de les corriger, cette timidité, et jusqu’à ces petites frayeurs qu'il est si doux pour nous de calmer. Qu'un léger effroi les précipite toujours dans nos bras, comme

une longue peine nous fait réfugier dans leur sein (1).

(3) Perreau, Etude de l’homme physique et morat, page 284.

Une femme , seconde Ménade , ardente, échevelée, poursuit-elle avec délire un jeune homme timide ? il reste stupéfait, et devient soudain anaphrodite.

La timidité agit aussi visiblement sur le moral que sur le physique. L'éloquence, cette électricité du genre humain, n’est pas donnée à tous : cette timidité invincible que j'éprouve maintenant en public est la suite d’une imagination vivement alarmée par la crainte des supplices affreux qui me furent plusieurs fois préparés par les Nègres révoltés et altérés du sang de ma famille (1). En effet, lorsque j'ai à parler en public, ne fût-ce que pour y dire un seul mot, mes tempes se serrent, mes oreilles bourdonnent, ma voix s'éteint, ma bouche se dessèche, mes jambes vacillent , et je balbutie.

« L'amour (2), qui nous excite presque toujours, rend quelquefois le congrès impossible. La crainte de n’être pas en état de s'acquitter de cette fonction dans le besoin, telle qu'elle puisse

(1) Voyez les détails de ma captivité au troisième volume des Woyages d’un Naturaliste.

(2) Médecine légale de Fodéré, t. Ier, p. 208.

être, empêche souvent plusieurs hommes de se trouver puissans quand ils voudraient l'être ; et un extrême respect pour la personne aimée peut encore produire le même effet dans le congrès particulier licite ét permis. Cependant la douce familiarité qui succède nécessairement à la possession termine bientôt cette lutte entre le désir ét la jouissance, et fait disparaître toutes les autres affections factices qui s’opposaient au but de la nature : c’est ce qu’on appelait autrefois nouer l’aiguillette. » °

Un auteur fait adresser, par une femme galante, ce distique à un nouvel adorateur à qui Vénus ne voulait point sourire :

Puisqu'un excès d'amour cause votre impuissance ,

Honorez-:moi , seigneur , de votre indifférence.

« Le coït, pour être bien fait, dit Fodéré, veut la complaisance, la tranquillité, le silence et le secret : il est arrêté comme par enchantement par le bruit, la frayeur, la crainte, la publicité; comme il dépend en partie de la volonté, et en partie des fonctions animales, malgré l’impul-

sion de celles-ci, il est anéanti, si quelque chose

en détourne la volonté : la discorde, le mépris, la mauvaise grâce , la malpropreté, la mauvaise odeur d’un époux, dégoûtent l’autre de s'en approcher, quelque bién disposé qu'il soit, etc. »

Vénus aime la hardiesse , et dédaigne les offrandes présentées par des mains tremblantes ; ainsi elle rejette celles des jeunes gens timides, scrupuleux et peu entreprenans ; de ces êtres passionnés, anéantis ou en extase devant l’idole de eur cœur. L’ardente déesse refuse également de sourire aux vieillards dont les sensations stériles et glacées ne peuvent se prouver : elle jette un regard de dédain sur ces bras desséchés qui osent implorer une faveur dont ils ne sauraient profiter. Hélas! tous ces adorateurs sont de tristes suppôts du trône de la déesse des amours. Elle jette, au contraire, un regard favorable sur ses sujets d’un âge adulte dont les sensations, MOINS délicates, sont plus fermement soutenues, chez lesquels les passions physiques parlent plutôt que celles du cœur, sur ceux qui commandent À leur tempérament , et sont accoutumés aux jouissances répétées et non long-temps inter-

roIn puces.

(33) ae

La haine, cette passion contraire à l'amour et à l'amitié, naît de l’importunité, de la colère et de la calomnie : elle est mise au rang des affections pénibles.

La pâleur de la face (1), la petitesse du pouls, la diminution de l'appétit, de la chaleur et de la transpiration, sont ordinairement ses caractères. La haine ne jouit qué du mal qu’elle cause, et ne s'occupe que de vengeance.

En général, les hommes sont plus haineux et plus féroces dans les climats froids, ou du moins leur cruauté est réfléchie. Cependant l'Histoire moderne d'Italie, dit M. Esmenard (2), offre une foule d'exemples de vengeances implacables : les querelles des Guelfes et des Gibelins, les discordes entre les villes voisines, et les haines héréditaires de famille , y remplissent les annales du moyen âge de crimes atroces, enfantés par des passions ardentes qu’exaltait en-

(1) Debreuze, page 55.

(2) Notes du second chant du poëme de l’/magination.

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