‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfansChapitre 59 sur 90 · VII · texte numérisé non relu

VII

V’ieillesse caduque. Ainsi que la jeunesse a les

(1} « La liqueur séminale arrivé et remplit les réservoirs qui ui sont préparés, et lorsque la plénitude ést trop grande, elle forcé, même sans aucune provocation et pendant le sommeil, la résistance des vaisseaux qui la contiennent, pour se répandre au dehors. » (Buffon, &. EV.)

(2) Perreau, Etude de l’homme physique et moral, pag: 121.

(3) Maladie des gens de lettres.

jeux et les ris, la vieillesse a pour triste cortége les plaintes et les infirmités. Voyez ce vieillard courbé sous le poids des ans , au teint basané et poudreux, au visage décoloré et ridé (1), à marche tremblante, aux yeux éteins et enfoncés : il croit pouvoir encore, parce qu'il a pu; il voudrait, parce qu’il désire : mais la nature refuse un rapprochement qui offre un si vilain contraste, celui des grâces, de la fraîcheur, de la beauté, de l’enjouement, avec la caducité, les rides et la décrépitude ; c’est un bouton de rose que voudrait enlacer une tige desséchée. Hélas! pourquoi s’abuser sur l’emploi des courts instans de notre existence? Ne sait-on pas que nattre(2), s'accroitre, décroître et mourir, tel est le cercle dans lequel est circonscrite la destinée passagère de tout ce qui respire (3).

(1) Dans la vieillesse, la diminution de la graisse est la cause des rides qui commencent à paraître sur le visage et sur d'autres parties du corps. La peau n'étant plus soutenue par la même quantité de cette substance adipeuse, et n'ayant plus d’élasticité pour se resserrer, elle S'affaisse, se relàche et se plisse.

(2) Perreau, ouvrage cité.

(3) « Quoique la vieillesse caduque offre les symp-

tomes du dépérissement physique et de l'hiver de la vie,

Causes morales auxiliaires de l'anaphrodisie.

Parmi les causes morales auxiliaires de l’anaphrodisie , on peut citer :

1° La crainte de procréer, venant de mollesse, d’indigence ou de coquetterie de là plupart de certaines femmes, qui redoutent l’altération de leurs Charmes et les soins qu’exige la maternité.

« Selon Valère-Maxime, dit M. Marc (au mot coPuLATION du nouveau Diction. des Sciences médic.), les Romains, lorsqu'ils voulaient se marier, étaient obligés d'affirmer par serment, devant les censeurs , que leur intention était de procréer. Toute femme convaincue d’avoir éludé je but du coit. était notée d’infamie, et n'osait

on pourrait cependant citer pour exception l'exemple rare et prodigieux du célèbre anglais Thomas Parr, paysan de Shroposhire, qui mourut à l’âge de cent cinquantedeux ans et neuf mois, et qui, à cent vingt ans, ayant épousé une veuve, lui fit savourer la volupté qu'il éprouvait dans le coït auquel ilse livraitavec elle. (M. de L..., t. IL, pag. 380.) Le même auteur cite l'histoire d’une

femme qui épousa un homme de quatre-vingt-quatorze

Ces plus ; selon une ancienne loi attribuée à Numa Pompilius, se présenter à l’autel de Junon avant d’avoir expié son crime par le sacrifice d’un agneau femelle, sacrifice auquel elle était tenue d'assister les cheveux épars. »

Avec la crainte de procréer, on éprouve une suspension des fonctions génitales. Cette même crainte de procréer fut fatale à un ecclésiastique queJ'ai connu, et qui, pendant l'exercice de son ministére, a débauché quantité de jeunes personnes qu'il ne voulait pas cependant déshono rer publiquement. Il était parvenu, par cette crainte, souvent répétée, à se procurer un spasme qui suspendait jusqu’à sa retraite, l’émission de la liqueur séminale, Il se maria depuis, et les fonctions organiques de l'appareil générateur restèrent perverties, ce qui, à son grand regret, le priva du bonheur d’être pere.

ans, et qui accoucha à terme, d’un garçon, à l'âge de Te e-vingt-trois ans. »

“IL est question, dans le Journal de médecine (avril 1755) » d'un vieillard âgé de quatr e-vingt-seize ans, marié à une femme de quatre-vingt-tréize , avec laquelle il rémplit trois fois par nuit le devoir conjugal depuis trois

ans , sans qu’il en ait Lu le moindre he angement dans sa santé. | | |

Tone I. 12

2° Un désir trop vif de procréer devient ; selon Teden (même article du Dictionnaire), chez les époux, doués d’ailleurs de toutes les facultés re: quises, une cause fréquente de stérilité, «je dis aussi d’anaphrodisie. » Une ardeur moins vive dans l'acte vénérien, et surtout une introduction moins profonde dans l'instant décisif; rempliraient plus sùrementlebut de tant d’époux estimables, dont la stérilité altère la paix et la félicité intérieures.

3° La pédérastie, ou l'amour illicite entre les hommes: ce vice honteux, dont l’idée seule fait horreur et avilit celui qui s’en rend coupable, en détruisant les sensations délicates, porte à l'anaphrodisie.

PROPOSITION XLUT.

Deux individus d'un sexe différent, dont les organes génitaux bien conformes auraient entre eux des proportions favorables , et seraient doués d'une énergie suffisante , non-seulement pour. exécuter l'acte vénérien, mais aussi pour procréer, pourraient encore néanmoins n'offrir qu'une, union stérile; à raison ou d’un défaut de corrélation entre le germe et la liqueur fécondante, ou du défaut de coïncidence dans le développement et le partage du sentiment de

( 179 ) volupté: indicible, qui semble précéder et surtout

accompagner l'acte de la fécondation:.

Alliances mal assortres.

4° Dans les alliances mal assorties, on n’éprouve que des transports mélancoliques et.

mêlés de regrets; que des extases sombres où des plaisirs obligés; et de l'indifférence à l’impuissance iln’y a qu'un pas. N’a-t-on pas vu de jeunes amans, favorisés de la nature, perdre par antipathie, leur réputation sur la couche de l’hyménée, et ne pouvoir consommer l'acte le plus délicat de la volupté ?

Quel bonheur honteux, cruel, empoisonné, D'assujétir un cœur qui ne s’est point donné ; De ne voir en des yeux dont on sent les atteintes, Qu'un nuage de pleurs, et d’éternelles craintes , Et de ne posséder, dans sa funeste ardeur ,

Qu’une esclave tremblante à qui l’on fait horreur ! ( Vozrame, Orphelin de la Chine.)

Les alliances mal assorties ne produisent cependant pas toujours l’anaphrodisie et l’agénésie, car on a vu des jeunes femmes avantageusement fécondées par des vicillards cacochymes ét dégoûtans. D'ailleurs , il est des femmes qui deviennent mères, bien qu’elles n’aient été qua passives dans l'acte du coït, où elles ne sont

( 180 ) que le réceptacle du germe de la fécondation. Îlest vrai qu'on n’en peut pas dire autant de jeunes maris unis à des femmes âgées; mais chez ces dernières, la nature a limité l’époque de Ja fécondité, et joignons à cela des causes d’impuissance ou d’anaphrodisie qui se conçoivent assez pour n'avoir pas besoin d’être répétées.

Les mariages entre des personnes d'un âge disproportionné ;les mariages tardifs sont également des causes de l’anaphrodisie. Un Jeune homme peut-il soupirer pour une femme ridée et infirme? aussi, dit M. Marc (CopuraTioN, du Nouv. Dictionnaire des Sciences médicales) :

« Lorsque, dans Sparte, la femme avait apporté Ja fortune de ses parens à un homme âgé et impuissant , il était forcé de permettre qu'elle choisit un adjoint dans sa famille, afin de se dédommager de la nullité de son époux. »

5 L'incompatbilité d'humeurs par antipathie d'amans ou d'époux. « Que je suis malheureuse ! s’écrie l’amante d'Emile, j'ai besoin d’aimer, et ne vois rien qui me plaise. Mon cœur repousse tous ceux qu'attirent mes sens; je n'en vois pas un qui n’excite mes désirs, et pas un qui ne les réprime : un goût sans estime ne peut durer. Ah! ce n’est pas là l’homme qu'il faut à votre Sophie! son charmant modèle est em-

preint trop avant dans son âme. Je ne puis aimer que lui; je ne puis rendre heureux que lui; je ne puis être heureuse qu’avec lui seul. J'aime mieux mourir malheureuse et libre, que désespérée auprès d’un homme que je n’aimerails: pas, et que je rendrais malheureux luiméme. Îl vaut mieux n'être plus, que de n’être que pour souffrir. »

Par défaut de santé.

6° Par défaut de santé. La cohabitation exigeant une émission plus ou moins fréquente de liqueur essentielle à la conservation de la force et de la vie , le défaut de santé, surtout par suite de masturbation ou d’excès avec les femmes , et même dans l’usage des liqueurs spiritueuses produit l’anaphrodisie. Les liqueurs énervantes disposent à l’impuissance ; car, dans l’état d'ivresse, ou plutôt à la suite d’excès, on exécute mal le coit; la tension nerveuse n'étant pas assez forte pour éveiller les sensations de la femme jusqu’à la volupté.

On reconnaît assez généralement que la perte d’une once de liqueur séminale affaiblit autant que celle de quarante onces de sang. Hippocrate a désigné sous le nom de consomption dorsale,

une infirmité qui devient le résultat des abus du plaisir. « Gette maladie, dit-il, nait de la moelle « de l’épine du dos. Elle attaque les jeunes ma- « riés ou les libidineux. Ils n’ont pas de fièvre ; «et quoiqu'’ils mangent bien , ils maigrissent et «se consument. Ils croient sentir des fourmis « qui descendent de la tête le long de l’épine. « Toutes les fois qu'ils vont à la selle, ou qu'ils «urinent, ils perdent abondamment une liqueur « séminale très-limpide. Ils sont inhabiles à la « génération, et ils sont souvent occupés de «l'acte vénérien dans leurs songes. Les prome- «nades, surtout dans les routes pénibles , les «éssoufflent , les affaiblissent , leur procurent « des pesanteurs de tête et des bruits d'oreilles; «enfin, une fièvre aiguë termine leurs jours. » (M. de L....,p: 114,1. FE.

« Je vois, continue cet auteur, une personne « qui, peu à peu, perd son embonpoint ; sa tête «n’est plus garnie de cheveux comme aupara- « vant;ses yeux sont ternis, livides, tristes, enfon- « cés ; ils ne discernent les objets qu’à une petite « distance ; les joues sont décolorées, pendantes; “les narines desséchées , le front aride et cal- « leux ; la respiration est difficile, tout le corps « perd sa rectitude, etc. Je vois avec douleur «que cette personne ne sent pas son mal ; qu’elle

«continue à se livrer avec effort aux plaisirs , et « qu'elle ne s’apercevra du danger que lorsque «le cerveau, l'estomac, la poitrine, tous les « viscères , enfin, refuseront de se prêter aux « fonctions pour lesquels ils sont destinés. Ah! « que le mal que produit l’amour , dit F’enette, «est trompeur, jusqu'au moment même où il « est le plus redoutable. » (M. de L...., t. I, pag. 118et 110.)

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