‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfansChapitre 80 sur 90 · PROPOSITION XXIV · texte numérisé non relu

PROPOSITION XXIV

Les habitans des villes, au contraire, sont beaucoup plus sujets à l'impuissance vénérienne, en raison de la multiplicité des causes physiques et morales auxquelles ils se trouvent exposés, et en raison, surtout, de la précocité de la puberté ( éphèbe), de l’inertie des organes , due à des plaisirs anticipés ou abusifs, et du travail d’une imagination ardente.

( Voy. Propos. XV.)

L'enfance et la vieillesse sont exempts de passions violentes (1). Dans le premier âge, les traces ou anfractuosités du cerveau sont à peine apparentes, ou légèrement développées, et dans l’âge du repos, ces mêmes sillons, susceptibles, à la moindre compression, d’agacer le sersorium, sont alors effacés. Mais c’est dans l’âge viril que les passions se déchaînent avec toutes leurs modifications ; elles exercent un empire,

(1) En général, l’exaltation, plus fréquente dans Îa jeunesse que dans la vieillesse, est le produit d'un trans-

port prompt d'un sang artériel au cerveau.

le plus souvent rebelle à la voix de Ja saine raison. Alors on voit éclater les orages de l'envie, de la jalousie, et des.autres passions qui leur ressemblent. L'homme est dévoré par l’ambition , altéré de la soif insatiable de la fortune, rongé par l'envie , son orgueil sans cesse allumé, il est presque toujours malheureux parce quil ne veut pas commander à ses sens.

M. Pinel (1) nous observe, dans sa Nosographie, « que les chagrins profonds, les travaux de cabinet portés à l’exces, l’abus des facultés intellectuelles , la frayeur. les terreurs religieuses, l'amour contrarié et malheureux, la joie excessive et imprévue, l’exaltation de l'imagination, les regrets d’une perte irréparable, causent l'idiotisme. D'où il est aisé de conclure, continue M. Pinel, que les délires non fébriles, loin de tenir à des vices d'organisation du cerveau, dependent presque toujours de quelque passion forte et véhémente,; autant par la nature de l'objet de cette passion, que par la sensibilité trop vive de celui qui l’éprouve. »

Les passions , en irradiant de l’épigastre , sejour de leurs désordres, produisent sur la face des altérations qui annoncent le trouble des fonc-

{1) Nosographie philosophique, tome X, p. 10.

(346 ) tions épigastriques, et la constriction de ces or-

ganes.

Influence des passions sur les traits du

visage.

«La tête en entier, dit Valmont-Bomare, prend, dans les passions , des positions et des mouvemens différens : elle est abaissée en avant dans l'humilité, la honte, la tristesse; penchée de côté dans Ja langueur, la pitié ; élevée dans l’arrogance ; droite et fixe dans l'opiniâtreté : elle fait un mouvement en arrière dans l’étonnement, et plusieurs mouvemens réitérés de côté et d’autre dans le mépris, la moquerie , la colère et l’indignation.

«Dans l’affliction , la joie, l’amour, la honte, la compassion. les yeux se gonflent. Tout à coup une humeur surabondante les couvre et les obscurcit; il en coule des larmes dont l’effusion est toujours accompagnée d’une tension des muscles du visage , qui fait ouvrir la bouche.

«Dans la tristesse, les deux coins de la bouche s’abaissent ; la lèvre inférieure remonte ; la paupière est abaissée à demi, la prunelle de’ l’œil est à moitié élevée et à moitié cachée par la pau-

(34) pière; les autres muscles de la face sont relàchés, de sorte que l'intervalle qui est entre la bouche et les yeux est plus grand qu’à l’ordinaire, et, par conséquent le visage paraît allongé. |

« Dans la peur, la terreur, l’effroi, l'horreur, le front se ride, les sourcils s'élèvent, la pau pièré s'ouvre autant qu'il est possible , elle surmonte la prunelle, et laisse paraître une partie du blanc de l'œil au-dessus de la prunelle , qui est abaissée et un peu cachée par la paupière inférieure ; la bouche est en même temps fort ouverte, les bords se retirent, et laissent paraître les dents en haut et en bas.

«Dans le mépris et la dérision, la lèvre supérieure se relève d’un côté, et laisse paraître les dents , tandis que de l’autre côté elle à un petit mouvement comme pour sourire ; le nez se fronce du même côté que la lèvre s’est élevée. et le coin de la bouche recule: l'œil du même côté est presque fermé, tandis que l’autre est ouvert à l'ordinaire ; mais les deux prunelles sont abaissées, comme lorsqu'on regarde du haut en bas.

Dans la jalousie , l'envie, la malice, les sourcils descendent et se froncent , tes paupières s'élèvent, et les prunelles s’abaissent ; la lèvre supérieure s'élève de chaque côté; tandis que les

(348 ) coins de la bouche s’abaissent un peu, et que Îe milieu de la lèvre inférieure se relève pour joindre le milieu de la lèvre supérieure.

« Danslesris, les deux coins de la bouche re- culent et s'élèvent un peu; la partie supérieure des joues se relève; les yeux se ferment plus ou moins; la lèvre supérieure s'élève , l’inférieure s’abaisse ; la bouche s’ouvre, et la peau du nez se fronce dans les ris immodérés. Ce ris, plus doux et plus gracieux, qu’on appelle le sourire , a son siége uniquement dans les parties de la bouche. La lèvre inférieure s'élève, les coins de la bouche se retirent, les joues se renflent, les paupières se rapprochent, eton observe un léger clignement dans les yeux.-Le ris a cela d'extraordinaire, qu'il peut être également excité par. une cause morale, etc. »

Plusieurs auteurs ont écrit sur l’effet des passions, et ont appuyé leurs systèmes d'observations propres à les caractériser et à justifier leurs classifications. Les uns, par exemple, embrassant les deux extrêmes, cnt choisi pour antagonistes aux passions violentes, celles douces; aux fortes, celles modérées ; aux vives et promptes, celles lentes; aux contraintes, celles satis faites ; aux libres, celles retenues. D’autres, ne considérant que l'influence qu’elles produisent

sur l'économie, les ont seulement divisées en deux classes, savoir : les Passions excitantes, qui agissent en plus ; et les Passions débilitantes, qui agissent en moins.

Pour nous, qui ne devons considérer que leur influence directe M. l’anaphrodisie, nous conserverons cette dernière division (1).

Les Passions excitantes seront celles capables de réveiller, de stimuler, de provoquer l’appétitvénérien, en nous attirant vers nossemblables, telles que : le plaisir, l'amour, l'amitié, V'espérance, la gaïté, la joie, la hardiesse , la colère, l'ambition, la satisfaction morale, l'activité de l’imagination,passions quiaccompagnentle plus souvent l'amour heureux ou l'amant écouté.

Leur exaltation cause l'impuissance.

Les Passions débilitantes, au contraire, comprendront celles qui favorisent cette frigidité ;

(1) « N'attachons pas, dit Bichat, une importance exagérée à telle on telle classification; il est de l’essence de toutes d’être imparfaites, surtout dans l’économie animale ; il ne faut jamais les considérer que comme un guide pour notre faible conception, et non comme

un tableau précis de la marche de la nature. »

cette extinction totale des facultés génitales et des désirs du congrès, en nous éloignant de nos semblables ; telles sont : la douleur, l'inquiétude, la crainte, le dégoût, le découragement, la “terreur, la honte, la haine, l'envie, la jalousie, les travaux de l'imaginati®r portés a l'excés, les sensations répétées, les passions tristes, les études sérieuses, en épuisant la sensibilité ; a plupart de ces passions caractérisent l'amour malheureux, dont nous donnons plus bas la définition au mot /mour du même chapitre.

Page 1