PROPOSITION XVIII
Toute passion fortement excitante peut produire l'impuissance en, concentrant l’activité nerveuse Sur un, point particulier, tel que la tête. ou le centre épigastrique, et en le détournant des organes génitaux.
(RE De ce nombre sont : l'amour, l’amitié, l’es-
pérance, la gaîté, la joie, la hardiesse, la colère, l'ambition, etc. ; qui accompagnent le plus sou-
( 356) vent l'amour heureux. Leur. exaltation cause l'impuissance.
L'amour, ce beau mouvement de l’âme qui tend à rapprocher deux objets de sexe différent, est une passion violente dont nul n’est exempt.
Amour! tout sent tes feux, tout se livre à ta rage, Tout, et l'homme qui pense et la brute sauvage, Et le peuple des eaux et l'habitant des airs. (Deux, Georgiques. ) L'amour est un éclair ; chez nous c’est un orage.
( Deune , Poème de l’Imagination, chant IN. ) Le grand Corneille a dit:
L'amour, par tyrannie obtient ce qu’il demande, S'il parle , il faut céder ; obéir s’ilcommande, Et ce dieu, tout aveugle et tout enfant qu’il est,
Dispose de nos cœurs quand, et comme il lui plaît.
Sentimens sublimes, désirs grossiers , force et faiblesse, voilà l’amour, ce que Rousseau développe ainsi?
Humble, captif, il rampe , il s’insinue :
Puis tout à coup, impérieux vainqueur , Porte le trouble et l’effroi dans le cœur.
Les trahisons, la noire tyrannie, Le Désespoir, la peur, l’ignominie
Et le tumulte au regard effaré, Suivent son char de soupçons entouré,
L'amour est le résultat d’un besoin physique et d’un sentiment moral; cette affection est donc une combinaison de diverses passions. L’estime et l’amour, dit Pope, ne furent jamais à vendre.
« Amor non simplex est affectus, sed quasi omnium arimt Pathematum confusa aique turbulenta coacervatio. (Lorry, de Melancholiä.)
L'homme livré à une froide continence (s’il
est sans passions) est paresseux. Îl ne l’est plus dès qu’il a éprouvé le besoin d’aimer; il ne vit plus que pour l'amour. Aussi, l’espoir de la plus légère faveur le retient-il pendant des nuits entières sous la fenêtre de sa maîtresse.
De sa molle langueur on voit le sensible Espagnol passer rapidement à l'intrépidité. Pour plaire à sa dame, il devient avide de gloire; et l'on est étonné de lui voir quitter la guitare pour s’armer d’une épée, et combattre des animaux furieux.
Dans l'espoir de plaire à celle qu'il aime, le timide berger devient industrieux. Adroït dans les arts, qu'il n’a pourtant point exercés par principes, on le voit ciseler adroïtement et avec élégance la houlette mystérieuse qui renferme le secret de son cœur, et qu'il destine à sa bergère; tresser un chapeau de paille qu'il sait orner de fleurs allégoriques , pour lui exprimer ce
E( 358 } qu'il ressent. Quel'est le mobile de ses actions ? l'amour !
Un amant qui avait une maîtresse à qui il manquait un œil, se fit borgne pour lui ressembler!
L'amour heureux jouit dans le présent, et rien ne le trouble, s’il n'est porté à l'excès. L'amour sans succès, ou timide, indépendamment qu’il conduit à l’anaphrodisie, peut dégénérer, chez la femme, en nymphomanie, si la personne ne peut obtenir le prix de ses désirs.
L'amant écouté, ou l'amour heureux, est accompagné des jeux et des ris, avec lesquels il folâtre ; l'amour malheureux ; au contraire , traîne à sa suite le lugubre cortége de la douleur, de l'inquiétude, de l’humiliation et de la jalousie. Des tentatives dans ces passions exaltées ont pour résultat l’anaphrodisie.
« Dans l'amour heureux, dit M. Debreuze (1), l'énergie vitale est en général augmentée, les facultés de l'esprit se développent; etssi l'on sent trop pour pouvoir exprimer tout ce .que l’on sent, cependant onin’a, dans nulle autre circonstance, ni la même richesse dans les pensées, ni autant de cette éloquence persuasive
(1) Ouvrage cité. p. 29.
qu'on a si bien nommée le langage du cœur. Le visage est riant et animé, la vivacité brille sur tous les traits ; les yeux sont couverts d’une humidité éclatante; les regards, toujours doux, sont tantôt vifs, tantôt languissans; la voix devient faible et touchante; les distractions sont nombreuses, l'âme est inattentive à tous les ohjets extérieurs autres que l’objet aimé. Get objet s’approche-t-il, son souvenir vient-il caresser l'imagination, paraît-il enfin : le cœur palpite, le pouls s'élève et devient irrégulier, lâme se dilate, et semble s’échapper dans un soupir pour voler vers lui; les yeux peignent les désirs et l'agitation ; les pensers nombreux se confondent, et l'amant, tout occupé de sentir, n’a plus le pouvoir de parler : vox faucibus hæsit; enfin, s’il rompt le silence, ses réponses sont peu conformes aux demandes, et encore sont-elles interrompues par de longs et de fréquens soupirs. n
« L'amour heureux dort peus si parfois il sommeille, il est toujours couché sur les roses, et j'imagination l’enivrant de parfums, semble saisir l'instant où les sens externes ne veillent plus, pour faire entrer dans l’âme, sur l'aile des songes , les élémens du feu dent il se nourrit. »
On voit, par cet élégant tableau, que l'amour
( 3560 ) heureux ne trouble point les fonctions de l’appareil génital, et qu'il peut rarement causer l'anaphrodisie, si ce n’est en cas d’un excès de sensibilité.
« Si, au contraire, continue M. Debreuze, l'amour malheureux succombe sous le poids de ses ennuis, il ne trouve dans les bras de Morphée que des songes enfantés par l'inquiétude, le désespoir et la jalousie. Le désir le rapproche aussi des roses, mais c'est pour augmenter son supplice ; il ne peut les atteindre, et sans cesse il est froissé par leurs épines. » Voilà un sommeil qui n’est point réparateur, dont les suites énervantes, occasionant une asthénie musculaire, conduisent à l’anaphrodisie.
« Dans l’amour malheureux, est-il dit encore, une tristesse habituelle est empreinte sur sa physionomie ; celui qui en est la victime semble doué d’un excès de sensibilité qui le dispose à partager les maux d’autrui, son esprit est réveur, ses soupirs sont plus fréquens ; il aime la solitude ; ses yeux expriment la langueur ; les femmes sutout ont du plaisir à pleurer; l’appétit diminue, le sommeil est interrompu, le son de la voix a quelque chose d’attendrissant qui semble vouloir aller chercher l’âme de l'objet aimé, pour l’émouroir et le rendre sensible ; le
pouls, ordinairement faible et languissant, se change et s’anime à la moindre lueur d’espérance : voir l’objet aimé, entendre prononcer son nom, suffit pour réveiller l’âme et toutes les fonctions auxquelles elle préside : dès lors le pouls devient fréquent et développé ; la voix, la respiration se précipitent ; la poitrine s'élève et s’abaisse par des mouvemens forts et rapides ; enfin , l'on voit tout à coup sur la face les roses du plaisir et de la volupté succéder aux lys de l’abattement et de la langueur; si , au contraire, les obstacles ne sont pas vaincus, que l’inquiétude et le chagrin persistent, bientôt les yeux senfoncent, l’appétit se perd tout-à-fait, la transpiration diminue , la maigreur s'empare du corps, le sommeil est troublé par les rêves les plus sinistres, et enfin le désespoir, la mélancolie, et mille autres affections succèdent à ce pénible état. » ÂVon solum in animum impetum fact Amor, a dit Platon, verum etin corpus tyrannidem exercet vigilis, curis macie, dolore , et mulle affectibus lethalem noxam inferentibus corpus vexat,
L'Amour n’est pas sensible à nos vives alarmes, C’est un enfant cruel, il se plaît dans nos larmes. Nos malheurs sont ses jeux; nos peines ses loisirs, L'abeille vit de fleurs, l'Amour vit de soupirs.