Saisissons donc bien Finéamation de Christ, le
Fils de Dieu : Il n'est pas devenu homme dans la vierge Marie seulement, comme si sa divinité ou son être divin eussent été là enfermés ou fixés. Non, ô homme, il en est tout autrement, ne te laisse point égarer par la raison, nous connaissons ce qui en est. Aussi peu que Dieu est circonscrit en un lieu , tandis qu'il remplit tout, aussi peu s'est-il mu dans une parcelle seulement, car il n'est pas divisible, mais entier pai'tout : là où il se manifeste, il est entièrement en évidence, H n^est pas non plus mensurable : il n'a ni lieu ni place ; donc, il se fit une place 4^s une créature et par consé<iue0t, il reste entier à côté et hors de la créature.
8. Lorsque le Veiiie se mut pour la manilestation de la vie, il se manifesta dans la substantiaUlé divine soit dans Teau de Téternelle vie; il y entra et devint sulphur, c'est-à-dire chair et sang; il fit la céleste teinture qui environne et remplit la divinité, dans laquelle la sagesse divine demeure éternellement, avec la magie divine. Entends bien : la divinité a déiàiie de devenii* chair et .sang, et bien que la pure et claire
divinité demeure esprit, encare estreUe devenue res* prît el la vie de la chair et opére-treUe dans la chaîr ; en sorte qae lorsque nous portons notre ima^nation
en Dieu cl nous abandonnons entièrement à lui, nous pouvons dire « que nous entrons dans la chair et le j» sang divins, que nous vivons Dieu, > car le ^ Verbe est devenu homme et Dieu est le Verbe. . 9. Nous n'élevons pas tontefois la créature de Christ comme s*il n'en eût pas été une. Prenant pour corn» paraison le soleil el sa lumière nous vous dirons : nous comparons le soleil à la créature de Christ et le soleil e^tbien un corps; puis, d'autre part, toute la profondeur de ce monde av Verbe étemel dans le Père. Nous voyons bien que le soleil luit dans toute la profondeur et lui donne chaleur et force; mais nous ne pouvons pas dirf (iiic dans la profondeur, la force el l'éclat du soleil n'existent pas (ne s'y trouvent pas), indépendamment du corps du soleil. Si cette force et cet éclat ne s'y trouvaient pas, la profondeur ne saisirait pas non plus la force et l'éclat du soleil, car une force, un éclat seulement saisit l'autre. La profondeur et son éclat sont cachés. Si Dieu le voulait, toute la profondeur serait un pur soleil ; il ne s'agirait que de l'allumer pour engloutir l'eau et la convertir en e»prît, l'éclat du soleil se répandrait alors partout; mais il Ihudrait pour cela que le centre du feu s'allumât, comme dans le lieu du soleil.
10. Sachez encore ceci : Nous comprenons que le cœur de Dieu est demeuré en repos dès rétemité ; mais par le mouvement et l'entrée dans la substantia- Uté, il est devenu manifeste partout, bien que cepen-
— godant en Dieu il n'y ait ni e&pace ni limite, sinon dans la créatare de Christ seulement; là s*est manifestée toute la Sainte-Trinité en une créature, et ainsi , par
la créature, aussi clans toute Tétendue du ciel. Il est allé (CbristV d nous a préparé le lieu où nous devons voir par sa lumière, habiter dan? ?a substantialilé et manger de sa céleste substantialité ; sa subs^ tantialité remplit le ciel et le paradis. Si, dans l'origine, nous avons été créés de la divine substantialité, pourquoi ne pourrions-nous pas aussi habiter en elle? Tout comme Pair et Tenu remplissent ce monde et que nous en jouissons tous, ainsi existe dans le mystère la substantialité divine , tlont nous jouissons si nous poi'tons sérieusement notre imagination en die et lui abandonnons notre volonté. C'est \k la chair et le sang de Christ dans la puissance divine; car la chair et le sang de la créature île Chi ist se trouvent là ; c'est un être, une puissance, un esprit, un Dieu, une plénitude , sans nulle circonscription en aucun lieu, mais dans son principe. Un homme-poro dira bien : hé ! comment le mangerons-nous donc? 0 âne, arrive d'abord là, aliii ijue lu puisses l'atteindre, car tu ne le mangeras pas avec la bouche extérieure ; il est d'un principe plus profond et cependant l'extérieur, ii a été dans la vierge Marie et aussi, après sa naissance, dans ce monde; au demiér jour, il apparaîtra, dans les trois principes , à tous les hommes et à tous les démons.
11. 11 s'est vraiment revêtu de la source terrestre; mais à sa mort, lorsqu'il vainquit la mort, la source divine engloutit la source terrestre et lui enleva le
régime» non comme si Christ eût déposé quelque chose, car la source externe fut vaincue et comme engloutie, en sorte que sa vie actuelle est une vie en
Dieu. Ainsi devait èlrc Ad. un, mais il ne résista pas. Le Verbe dut donc devenii" homme et s'incorporer dans la substance, afin que nous reçussions de la force, que nous pussions vivre en Dieu.
12. Christ a donc rapporté ce qu'Adam avait perdu et bien au delà, car le Verbe est devenu homme partout ; entends : il est manifeste partout dans la substanliaiilé divine, dans laquelle jrît notre éternelle humanité; car dans réternité nous devons vivre dans cette même substance corporelle dans laquelle existe la vierge divme : nous devons revêtir cette vierge, car Christ Fa revêtue. Il est devenu homme dans la vierge céleste et aussi dans la vierge terrestre, bien que celle-ci ne lût pas une vraie vierge. Mais la vierge céleste, divine, la rendit vierge lors de la bénédiction, c'est-à-dire lors de la manifestation du Verbe et de l'alliance; car en Bfarie, la portion de subatantîalité qu'elle avait héritée d'Adam et qu'Adam avait rendue terrestre, fut bénie ; ainsi le terrestre seulement mourut en elle, l'autre portion vécut éternellement et redevint chaste et pure vierge , non dans la mort, mais dans la bénédiction ; lorsque Dieu se manifesta en ette, elle revêtit là belle image divine et devint une vierge virile selon la partie céleste.
13. Christ naquit donc d'uné vierge vraiment pure, chaste et céleste , car elle reçut, lors de la bénédiction, le limbe divin dans sa matrice, dans sa semence; rien d'étranger cependant, mais le limbe divin s'pa-
wit en elle y dans la puissance divine : ce limbe qui en Âdam était mort, redevint vivant par la motion (fivine : l'essence divine dans le Verbe de la vie entra dans son limbe et dans ce limbe fut ouvert le centre
de Tâme, on sorte que Marie devint enceinte d'une âme et aussi d un esprit, à la ibis celestement et tei restrement; ce fut là une vraie image de Dieu, une ressemblance selon et de la Sainte-Trinité dans tous les trois principes.