CHAPITRE XI
De l'utilité. A quoi sert A nons autres pauvres enfants d'£v6, l'incarnation et la naissance de Jésus- Christ, le Fils de Dieu.
La plus sublime porte,
1. Nous, pauvres enfants d'Eve, étions tous morts en Âdam, et quoique nous vécussions, ce n'était ce> pendant qu'à ce monde, la mort nouâ attendait et engloutissait Tun après Tautre ; il n'y avait point de salut pour nous, si Dieu ne nous eût pas engendrés de nouveau de son être; nous n'aurions pas reparu dans nos corps en toute éternité, et nos Ames seraient éternellement demeurées dans la source de la colère di* vine, auprès de tous les démons. Mais l'incarnation de Jésus^hrist nous est une puissance acquise , car pour Tamour de nous. Dieu est devenu homme, afin (ju'il retirât notre humanité de la mort en lui et délivrât nos Ames du l'eu de la colère divine. Car l'âme est en elle-mônie une source de feu et s'originise du premier principe, l'âpre rigidité qui n'engendre que
le feu. Si donc Ton relire à Vàme ainsi constituée la douceur et Tamour divins, ou si elle est infectée de matière tout à fait âpre, elle demeure une source dans les ténèbres, une apreté très rude, se dévorant elle-même et engendrant néanmoins dans la volonté toujours une nouvelle faim. Car une chose qui n'a ni commencement ni fond, n'a, de- même, pas de fin : elle est elle-même son fond et s'engendre soimême.
2. Nous ne voulons cependant pas dire non plus que Tàme soit sans commencement : elle en a un, mais selon la créature seulement, non selon l'essence ; son essence est dés l'éternité car le fiat divin l'a saisie dans le centre de la nature éternelle et amenée en être substantiel ; de plus , avec la -J* entière , avec le caractère de la Sainte-Trinité, comme une ressemblance du triple esprit de la divinité dans laquelle Dieu habite; selon que cela a lieu dans l'amour ou dans la colère, cela se trouve dans la lumière ou dans le feu : l'àme s'engrosse de ce dans quoi elle porte son imagination, car elle est un esprit magique, une source en soi-même. Elle est le centre de l'éternité, • un feu de la divinité dans le père; non, toutefois, dans la liberté du père, mais dans l'éternelle nature : elle n'est pas avant l'être, mais dans l'être; la liberté divine, par contre, est hors de l'être, mais habite dans l'être. Car dans l'être. Dieu est manifeste, et sans l'être il n'y aurait point de Dieu, ce serait un silence éternel sans source ; mais le feu est engendré dans la source et du feu la lumière; les deux se séparent alors et ont chacun leur source, savoir une
furieuse, affamée et altérée dans le feu, et one douce, aimable et donnante dans la lumière, car la lumière
donne et le feu prend. La lumière donne la douceur qui se transforme en substantialitc , laquelle est l'aliment du feu, sans quoi il serait une faim furieuse et ténébreuse en soi-même, tel qu'est un esprit privé de Tessence de la lumière, cela se compare à un poison défaillant; mais s'il reçoit la douceur» il l'attire en soi, habile en elle et en iail son aliment et son i^orps, il s'en imprègne et s'en engrosse , car la douceur le remplit, en sorte que la faim est apaisée.
S. Considérons donc l'àme humaine : elle fut prise du centre de la nature, non du miroir de Féterael ou de la source de ce monde, mais de Tétemelle essence de Fesprit de Dieu , du premier principe , de la qualité du père selon la nature; non d'une substance ou de quelque chose, mais l'esprit de la divinité lui insuffla lui-même la vie, entendez à l'image en Adam, de tous les trois piincipes. Il lui a insufflé pour sa vie , le centre de la nature soit la source de feu , et aussi la douceur de l'amour, de l'être de la divinité, soit l'autre principe, avec la substantialité divine céleste, et aussi l'esprit de ce monde, comme le miroir et la représentation de la sagesse divine et de ses merveilles.