Puis donc qu'un mystère a ainsi existé dès l'é
terniié, il nous faut maintenant considérer sa manifeslalion ; car »jious ne pouvons parler de Vétemité que comme d'un mystère, attendu que le tout n'a été qa'esprit et s'est néanmoins» dès rétermié, en^fendré en substance» et cela par désir et attrait; et nous ne pouvons absolument pas dire qu'il n'y ait pas eu de substance dans l'éternité , car aucun feu n'existe sans substance : ainsi il n'y a nulle douceur qui n'engendre une substance» car la douceur engendre Feau» que le Afu eng^utît et transforme en soi partie en ciel et firmament, partie en sulpbur (soufre), dans lequel l'esprit de feu, avec sa roue des essences, fait un mer» cui'e, puis éveille Vulcaiu (c'est-à-dire bat feu), ce qui engendre le troisième esprit ou l'air; alors la noble teinture se trouve au milieu^ comme une lumière briflante, avec les coulem^, et elle tire son origine de la Sagesse de Dieu, car les couleurs iial«enl de la source; chaque couleur demeure avec son essentialité dans la douceur de la source' de l'eau, à l'exceplton de la couleur noire qui s'originise de^ l'âpre fnrenr: toulès reçurent lenr teinte de la source.
2. Chaque forme désire l'autre, et par cet attrait diésireux, une forme s'engrosse, de l'autre , et l'uue engendre l'autre, de façon qu'ainsi l'éternité demeure dans une magie permanente, où la nature est en crois-
sauce et en lutte; le feu dévore cela et le draine
aussi, et c*est dés lors un lien éternel; mais la lumière de la majesté et trinité divine est immuable ; car le feu ne peut pas la saisir, elle demeure libre en soi.
3. Et nous reconnaissons et trouvons cependant que la lumière de l'amour est désirante, comme -pai^ ticuliérement des merveilles et figures dans la sagesse ; dans lequel désir ce monde, comme un reflet de cette sagesse, a été vu dès T éternité dans la sagesse, dans la profonde et secrète magie de Dieu; car le désir . de l'amour foinlle dans le fond et le sans «fond; ici s'est aussi entremêlé dés l'éternité le désir de la fureur, de l'âpre et sévère source dans la nature et qualité du Père; et ainsi l'image des anges et des hommes a été vue^ dans la sagesse de Dieu, dès Tétemité, dans la quâlité divine, de même aussi les démons, dans la qualité de k foreur (mais non dans la qualité de la sainte flamboyante lumière) ; sans image ni être, toutefois, mais de la manière dont nait, dans la profondeur, nite pensée, et comme elle se produit dans son propre miïoir de la base affective* (âme)» ob souvent apparaît un objet qui n'existe pas.
* Le mot allemand GmiUh est rendu dans les meilleurs dictionnaires par les mots âme, esprit, cœur, caractère, sentiment, tempérament, hmneur^ ^ son dérivé 0€m(UhkehUeU, par disposition des sentiments, du caractère, etc., sentimentalité, désirs, sentiments vagues de l'âme. — Bohm a mis fin à ce vague dans sa propre langue, quant à la définition de la chose ; mais SMIarnn, traducteur de la plupart de ces ouvra-
Î'^es, n a rien trouvé de mieux pour la rendre en français que 'expressiôniwïs^ affective. C'est en effet la base, le centre d'où émanent nos pensées, et, dans l'ordre inférieur de notre être, la base de nos inclinations; en elle aussi se produisent les leasations morales et s'opère la régénération.
4. Ainsi, les deux engendreuses (savoir la fureur dans le feu et l'amour dans la lumière), ont déposé leur empreinte dans la sag^esse ; et alors le cœur de Dieu a désiré dans Tamour, de convertir cette em* pninte en une image angéiiqne de l'essence divine, pour qu'elle fdi une ressemblance et une image de la divinité et demeurât dans la sagesse de Dieu, afin d'accomplir le désir de la divinité et pour la joie éternelle du divin royaume de joie»
5. Ët il nous fisuit maintenant comprendre et cou-» aidérer le Verbe fiât qui les a saisis (les anges) et amenés en une substance et être corporel, car la volonté pour cette image est issue du Père, de la propriété du Pére dans la parole ou coeur de Dieu dès rétemîtéy comme une volonté désirante vers (après) la créature et pour la manifestation de -la divinité. Mais parce que dés l'éternité Dieu ne s'est pas mu jusqu'à la création des anges, aucune création n'a non plus eu lieu jusqu'à celle-là ; ce dont nous ne devons pas savoir le motif et les causes, Dieu s'ètant réservé dans sa puissance comment il s'est fait qu'il, se soit mu une fois, puisque cependant il est un Dieu irnmuable : nous ne devons pas non plus sonder ici plus profondément, car cela nous trouble.
6. Hais nous avons le pouvoir de parler de la création, car elle est une oeuvre dans l'être dîvili, et nous compienuns que la volonté de la parole ou cœur de Dieu a saisi l'àpre fiat dans le centre de la nature du Père,, avec ses sept esprits et formes de la nature étemelle, et cela en fortoe de trône, oii donc l'âpre fiat n'a pas figuré en qualité de formateur, mais bien
comme un agent dans la qualité de chaque essence ,
ainsi que dans les grandes merveilles de la sagesse : comme les ilgures avaient été vues dès réternilé dans la sagesse, de même furent-elles maintaiant saisies par le fiât (parole créatrice, maître-ouTrier» Gen. Cbap. I: Que la lumière aoit, etc.) dans Fesprit de la volonté de Dieu ; non d'une matière étrangère, mais de l'essence de Dieu, de la nature du Père; et elles furent introduites avec Tesprit de la volonté de Dieu dans la lumière de la majesté^ où elles furent donc des enfants de Dieu et non des hôtes étrangers , engendrées et créées de la nature et qualité du Père, et l'esprit de leur volonté était dirigé vers la nature et qualité du Fils. Elles pouvaient et devaient manger de la substanlialité de Tamour divin dans la lumière de la majesté, où alors leur qualité furieuse, de la nature du Père, était convertie en amour et en joie ; ce qu'aussi elles lirenl toutes , sauf un trône et royaume ; celui-ci se détourna de la lumière de Tamour et voulut régner dans la sévère nature du feu sur la douceur et l'amour de Dieu; cause pour laquelle il fat chassé de -la propriété du Père, de son siège créaturel propre, dans les ténèbres éternelles, dans Tabîme de l'àpre fiât; là il faut qu'il demeure dans- son éternité, et ainsi la Aireur de (a nature étemelle a aussi été satisfaite.
7. Mats nous ne devons pas croire que le roi Lucifer n'eût pas pu se soutenir; il avait la lumière de la majesté devant lui aussi bien tjue les autres trônesanges : s'il eût imaginé dans cette lumière, il serait demeuré un ange; mais il se retira lui-^méme de Ta» mour de Dieu pour passer dans la colère; ainsi il
est maintenant un ennemi de ramour de Dieu et de tous les saints anges.
8. Il nous faut en outre ici considérer renflammement hoslile des esprits rejetés, alors qu'ils étaient encore dans la qualité du Pére; comme ils ont enflammé par leur imagination la nature de la substanttalité, de telle sorte que de la substantîalité céleste se sont produits de la terre et des pierres» et que le doux esprit de l'eau dans la source de feu est devenu un firmament enilammé ; sur quoi eut lieu la création de ce monde, c'est-à-dire du troisième principe, et une autre lumière fut donnée à ce monde, savoir le soleil : ainsi fut abattue la pompe du démon, et il fut enfermé dans les ténèbres, comme un prisonnier, entre le royaume de Dieu et celui de ce monde, en sorte que sa domination dans ce monde ne s'étend pas au-delà de la turba (trouble, perturbation, et aussi, méchanceté, enfini, colère divine), dans la fureur et la colère de Dieu, là oii cello-ci est éveillée; il y fait l'office de bourreau; il est un menteur perpétuel, calomniateur et trompeur des créatures ; il tourne tout le bien en mal pour peu qu'on lui donne acècs. Il montre sa puissance dans tout ce qui fait peur et qui brille, et veut constamiiient s'élever au-dessus de Dieu; mais le ciel, créé du milieu de l'eau, comme un doux firmament, lui abat son orgueil, en sorte qu'il n'est point prince souverain dans ce monde, mais prince de la colère.
9. Après que Satan eût été chassé du lieu de ce monde, ce même lieu ou trône (privé de sa légion d'anges) fut en grand désir de son prince ; mais il était
expulsé : Dieu lui créa donc un autre prince, savoir Adam, le premier homme, qui fut aussi le prince d*un trône devant Dieu; et il nous faut ici bien considérer sa création, de même aussi sa chute, en considération de laqueUe le cœur de Dieu s'émut et devint homme.
10. Ce n*est donc pas une chose de peu de valeur que la création de l'homme, puisque sa chute fut la cause pour laquelle Dieu devint homme, afin de pon- Yoir le relever : sa chute ne consiste donc point dans la 'simple manducatîon d'une pomme ; sa création ne fut point telle non plus que la raison extérieure se la représente, puisqu'elle croit que le premier Adam ne l'ut, dans sa création, qu'une simple masse de teiTe; non, ma chère âme, Dieu ne s'est pas fait homme en faveur d'un masse de terre ! — il ne s'agissait pas non plus simplement d'une désobéissance, au sujet de laquelle Dieu se soit fâché, dont sa colère n'eût pas pu être apaisée, sans s'être vengée sur son Fils et l'avoir égorgé.
11. Pour nous autres hommes, après la perte de notre image paradisiaque, ceci est un mystère et est demeuré caché, excepté à quelques-uns qui ont de nouveau atteint (saisi) le mystère céleste : quelque chose en a été manifesté à ceux-ci, selon l'homme intérieur ; car nous sommes tnoris au paradis en Adam et il nous faut de nouveau y reverdir (comme dans un autre monde, dans la vie de Dieu, dans la substantialité et corporéité célestes) par la mort et la corruption du coips ; et bien que l'âme de quelquesans ait de nouveau revêtu la suhstantialité divine (soit le corps de Christ), l'Adam corrompu et terres-
tre a cependant recouvert le saint et par mystère, de
façon que le grand secret est demeuré caché à la raison. Car Dieu ne demeure pas dans ce monde, dans le principe extérieur ; mais dans l'intérieur : il demeure bien dans le Heu de ce monde, mais ce monde ne le saisit point; comment donc l'homme terrestre saisirait-il les divins mvstéres? Et si l'honinie les saisit, c'est selon Thomme intérieur, qui est de nouveau né de Dieu.
12. Mais puisque le mystère divin veut désormais se découvrir tout-à-fait, et est ainsi rendu entièreliient compréhensible à l'homme, que le secret lui est totalement découvert, il faut bien reiléchir à ce que cela signifie : rien autre que rapproche de la moisson de ce monde ; car le commencement a trouvé la fin et le milieu est mis dans la séparation. Tenez-le-vous pour dit, vous enfants, qui voulez hériter le royaume de Dieu ; nous vivons dans un temps très sérieux ; Taire doit être nettoyée ; le bien et le mal séparés ; le jour point; cela est hautement reconnu!
13. Si nous voulons parler de Thomme, bien le connaître et savoir de quoi il a été formé, il nous faut pour cela considérer la divinité avec l'Etre de tous les êtres, car Thomme fut créé à Tirnage de Dieu de tous les trois principes ; une image et une ressem-^ blance parfaites de tous points. Il ne dèvait pas être seulement une image de ce monde; car l'image de ce monde est bestiale, et Dieu n'est devenu homme en faveur d'aucune image bestiale ; Dieu ne créa pas non plus l'homme pour vivre ainsi dans la qualité bestiale, comme nous vivons depuis hi chute ; mais bien dans
le paradis, dans la vie éternelle. L'homme n'avait point une semblable chair bestiale, mais mie diair
leste ; la chute seule le rendit terrestre et bestial. Il ne faut pas croire cependant qu'il n'eut rien de ce monde en lui, car il était revêtu du royaume et du régime de ce monde ; mais les quatre éléments ne régnaient pas mt loi; les quatre éléments n*en formaient qu'un, et le régime terrestre était caché en lui ; il devait vivre dans la source céleste, et bien (^110 tout fût niaîiifeste Réveillé) en lui, il devait néanmoios régner par la source céleste de l'autre prineipe sur la source terrestre ; le royaume et la source des étoiles et des éléments devaient être soumis à la source paradisiaque. Ni chaleur ni froiilure, m iiKiladio ni accident, ni aucune peur non plus, ne devaient l'atteindre ni Tef* frayer; son corps pouvait traverser la terre et les pierres sans se briser contre eux ; car ce n'eût pas été un homme immortel que celui que la matiéi*e aidait dominé, aurait été IVagile.
44. C'est pourquoi, il nous faut bien considérer l'homme; il ne s'agit ni de sophistiquer ni d'imaginer, mais bien de connaître et de savoir dans, l'esprit de Dieu ; il est dit : il faut que vous naissiez de nouveau, si vous voulez de recbcf voir le rovauume de Dieu dont vous êtes sortis. L'art n'y peut rien, mais bien l'esprit de Dieu qui ouvre à l'homme-image la porte du ciel, pour qu'il voie avec trois yeux; car l'homme existe dans une triple vie, s'il est enfant de Dieu, s'entend; sinon, il n'est (jiie dans une double. Et il nous est assez connu qu'Adam, alors qu'il était la vraie s^ate image,, la ressemblance selon la Ste-ïrinté»
est sorti de l'Etre divin et a imaginé dans la terres- Iréité, et introduit le royaume terrestre dans l'image divine, ce qui Fa corrompu et rendu ténébreux; par où nous avons aussi perdu notre voir paradisiaque»
Dieu nous a retiré le ]iar;i(lis, ce qui nous a rendu languissants, faibles et impuissants ; en même temps que les quatre éléments et les astres sont devenus puissants en nous, et nous ont assujetis à eux en Adam, ce qui aussi fut l'origine de la femme, du partage que Dieu fit d'Adam, alors qu'il ne pouvait pas se soutenir, savoir, en deux teintures, selon le feu et selon l'eau, comme on le verra ci-après, où l'une donne l'âme et l'autre l'esprit. £t après la chute, l'homme est tombé dans un état bestial, puisqu'il est réduit à se reproduire à la manière des bètes, le ciel, le paradis et la divinité lui étant devenus un mystère ; bien que cependant l'être éternel, savoir la noble âme lui demeurât, mais coiverte d'un vêtement terrestre, obscurcie, infectée par la source terrestre et empoisonnée par une fausse imagination ; de telle sorte qu*elîe ne fut plus l econnue pour enfant de Dieu ; causes p<»ur lesquelles Dieu devint homme, atin qu'il délivrât l'âme de la sombre terrestréité et l'introduisit de recbef dans la céleste substantialité dans la chair et le sang de Christ qui remplit le ciel.
CHAPITUE m.
La porte de la création de Thomiue.
1. Bien que nous ayuiib presque suffis;! m m ont expliqué ceci dans les autres livres, comme chacun ne
les a pas sous la main, il est nécessaire de donner
une courte et sommaire description de la création de î'homme, afin que rîncai natiuu du Christ puisse ensuite être mieux comprise ; et cela aussi en vue des perles qui toujours plus échoient, sont données et manifes-* tées à l'homme dans sa recherche, ce qui me cause alors une joie particulière, de me recréér ainsi en Dieu.
2. La création de l'homme s'est opérée dans tous les trois principes, savoir dans la nature et qualité étemelle du Père, dans la nature et qualité étemelle du Fils, et dans la nature et qualité de ce monde ; et il fut insufflé à Thomme , que le Verbe fiât créa, le triple esprit pour sa vie, de trois principes et sources ; il est créé comme d'un triple flat, entendez la corporéité et l'essentialité ; et la volonté du coeur de Dieu lui a introduit Tesprit selon tous les trois principes ; comprenez cela comme suit :
3. L'homme fut créé en une parfaite ressemblance de Uieu; Dieu se manifesta dans l'humanité en une image qui devait être comme lui-même ; car Dieu est tout, et tout est provenu de lui ; et parce . que tout n'est pas bon, tout, non plus, n'est pas appelé Dieu. Car pour ce qui (Concerne la pure divinité. Dieu est un esprit de lumière flamboyante et ne demeure en rien qu'en soi-même, rien ne lui est pareil. Mais en ce qui concerne la propriété du feu, d'où la lumière s'originise, nous reconnaissons la qualité du feu pour nature, laquelle est une cause de la vie, du mouvement et de l'esprit, sans quoi il n'y aurait ni esprit, ni lumière ni aucun être, mais un étemel silence; ni couleurs, ni vertus, rien qu'un abîme sans être.
4. El quoique la lumière de la majeslé demeure dans rabime sans êire saisie par la nature et propriété du feu, il naus faut néamaoins consi^er le feu et la lumière comme suit : le feu a et fait une épouvantable et dévorante source ; luaiiitcnanl, il v a dans la source un tomber, semblable à un mourir, ou comme une chose qui se rend ; cet abandon tombe dans la liberté hors de la source, .comme dans la mort, et pourtant il n'y a point de mort; mais cela descend ainsi pbis profondement d'un de<iré en soi et est d('livn' du tourment de l'angoisse du l'eu ; conservant toutefois la ri^eur du leu, non dans l'angoisse, mais dans la liberté.