CHAPITRE ilL
De la propriété de la foi, comment elle passe de la volonté de Tattrait naturel dans la libre volonté de Dieu.
4. Enlendez-nous plus outre comme suit: Nous savons par rEcriture-Sainte et reconnaissons assez dans la lumière de la nature et en toutes choses que tout provient de Tétre éternel , bien et mal, amour et colère, vie et mort, joie et douleur. Mais nous ne pou* vons pas^, à cause de cela, dire que le mal et la mort viennent de Dieu, car en lui il n'y a ni l'un ni l'autre, et rien de mauvais ne pénétre dans l'éternité; mais la fureur provient du feu de la nature , où la vie se trouve comme dans une magie ; là, chaque forme de Fattrait désire et éveille Faulre, d*où naissent les essences de la multiplicité qui engendrent les merveilles dans lesquelles réternité se manifeste en figures semblables. Et comme nous devons cependant dire que
dans la volonté de Dieu il y a un désir qui donne naissance à la magie , d'où provient la multiplicité, (nous
ferons remarquer) que la niiiltiplicilé n'est pourtant pas la volonté de Dieu elle-mèirie, qui est libre de tout, mais que c'e^t dans Tattrait de la volonté que s'engendre la nature avec toutes les formes; ainsi tout provient du désir, soit de Féternelle magie.
2. Il nous îaul de plus reconiiaUre que tout ce qui prend vie (c'est-à-dire, qui porte son imagination dans Tattrait et sa volonté dans la nature), est 1 enfant de la nature, leur vie est uné. Mais la volonté qui passe de . est l'attrait de la nature dans la libre volonté de Dieu reçue et adoptée par celle-ci, et est un esprit en Dieu. Et lors même qu'elle est dans la nature, tout comme la nature s'est engendrée dés l'éternité dans la volonté de Dieu, sa vie spirituelle est néanmoins hors de la nature , dans la libre volonté ; ainsi les merveilles dé la nature s'ouvrent en Dieu, sans être toutefois Dieu lui-même; et si l'esprit de la volonté de Tàme (rimage) passe de la raison naturelle dans la libre volonté de Dieu, l'esprit de la volonté est l'enfant de Dieu, l'esprit naturel, la merveille divine , et la créature fait face en dedans comme Dieu lui-même. Alors, l'esprit sidérique ou de la raison cherche dans sa magie, dans son centre de la raison, les merveilles de l'éternité, à quelle fin Dieu a créé l'âme dans le corps de la nature externe, bien qu'elle n'émane que de l'intérieur; et l'esprit de la volonté va dans la liberté divine : là l'esprit saint le conduit dans le libre mystère de la. divinité, en sorte que celle-ci est manifeste dans l'esprit de la volonté, en même temps que
la magie de la nature, avec ses merveilles, est ouverte aussi dans Tesprit de la raison.
3. Puis donc que l'âme est le centre d'où le vrai esprit de volonté tendant à la liberté divine passe dans telle liberté, soit dans le mystère divin , elle a aussi l'esprit sidérique sous sa dépendance ; si elle le dompte et l'empcche de faire le mal, elle peut introduire devant la majesté divine, dans la libre volonté de Dieu, les merveilles stdériques devenues substance dans le miroir élémentaire, en sorte que ces merveilles apparaissenl dans la majesté et la liberté de Dieu, comme une ressemblance de la volonté divine; non que la liberté divine se confonde avec les merveilles de la nature et avec la ressemblance, que cela devienne un, non, Dieu demeure éternellement libre; il demeure dans les merveilles comme Tàme dans le corps: aussi peu le coi'ps saisit Tâme, ou le feu la lumière, aussi peu , de même , la nature saisit-elle la divinité , et pourtant c'est un seul être , mais qui , de toute éter^ nité, s'est divisé en deux, comme le feu et la lumière. Dans le feu se trouve la source de la nature, et dans la lumière le mystère de la vie spirituelle, sans source, bien que le feu soit aussi un mystère.
4. Ainsi en est-il à Tégard de l'homme ; l'âme est le feu de la vraie vie humaine que Dieu insuffla à Adam, de réternelle nature, avec son esprit, comme de son centre ; et l'esprit qui s'engendra du feu de l'âme, lequel l'esprit de Dieu forma à son image, a le mystère divin, d'où s'engendre la volonté tendant à l'amour divin, de laquelle nait la magie divine ou l'atti'ait divin, en sorte que l'esprit de la volonté désire Dieu. Et si
alors cet esprit s'élève, c'est-à-dire» passe du mystère caché dans la liberté divine , il est un rejeton on une
végélalion dans le royaume de Dieu, né du mystère divin, opérant dans la volonté de Dieu et manifestant totyours les merveilles dans la sagesse divine: non qu'il se soit produit en Dieu quelque chose de nou* veau, qui n*ait pas existé dès Tétemitê dans sa sagesse insondable et sans limites; mais le mystère éternel infini se manilesle uniquement dans Fesprit de l'àme lui-même, à l'honneur, h gloire de Dieu, et pour l'ér temelle joie de la créature elle-ménie.
5. Hais parce que Tattrait terrestre et corrompu se combine avec T influence astrale, que dans la profonde chute d'Adam l'àme abandonna sa volonté et son imaginalion à celle influence et à cet attrait, et introduisit la magie étrangère en soi, la volonté fut brisée, l'image divine altérée: l'image céleste et divine de l'homme, disons-nous, devint terrestre, en sorte que la vraie volonté est comme tournée en dehors, c'est-à-dire, dans Tesprit de ce monde, savoir dans la raison qui naquit des astres. U faut donc , maintenant , que la vraie image de Dieu , qui a été ainsi altérée et rendue ter* restre, soit restaurée et renaisse. C'en était fait d'elle si le Verbe du cenlrc divin, savoir la piopre vie de Dieu, ne fût devenu homme et n'eût réengendré en soi la pauvre âme dont l'image était là altérée. Ainsi fut restaurée la vraie image, sans quoi, elle eût été privée à jamais de la liberté et de la majesté divine.
6. Puisque toutes les âmes ont élé engendrées d'une, toutes aussi proviennent de la racine corrompue. Mais comme la vie régénérée en Christ est rentrée dans
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une âme, nous devons tous nieUie notre volonté dans la nouvelle naissance par Christ; car en lui nous avons été, quant à notre àrae, régénérés en Dieu, et nous avons reconquis l'image. Après la chute, notre mystère dans Tâme se trouvait seulement dans la magie de la nature, qui, dans son centre, est un feu, et l'image était passée de la liberté divine dans la magie extérieure ou dans le principe externe. Quand donc la substance de celui*ci rompt , la pauvre image altéréè de Tâme se trouve nue, comme un enfant perdu, et ne pouvant éveiller de son propre centre que la source furieuse du feu, car elle est passée du Verbe de Dieu ou du mystère divin dans un miroir fragile, soit dans Tespiît de ce monde qui a commencement et ân, raison pour laquelle aussi le corps de Tâme est devenu tout à fait terrestre et est échu à la fragilité ainsi qu'à la lïiorL.
7. Il nous est donc nécessaire maintenant, puisque de pure grâce l'amour de Dieu s'est tourné vers nous et a réintroduit par Christ noti'e âme en soi , dans la liberté, en même temps qu'il éveillait le mystère divin dans i iiiiage , en sorte que celle-ci peut de nouveau habiter en Dieu , savoir dans les merveilles du paradis; il nous est nécessaire, disons-nous, de retirer notre volonté du centre externe, soit de la vie périssable, et de rintrodoire dans la libre volonté de Dieu. Mais l'histoire ou la science ne suffisent pas pour cela ; il ne suftît pas de dire je crois, cela est, je le sais, ou je le désire, tout en demeurant attaché par la volonté au principe extérieur seulement, ou à l'attrait terrestre ; « non » il nous est dit que nous devons naître de nou-
▼eau , par l'eau et le Saint-Esprit, sans quoi nous ne
verrons pas le royaume de Dieu (Jean 3:5). Ce doit être sérieux, la volonté de la raison doit cire brisée; il. faut une action vive de la volonté qui perce au travers de la raison et la combatte ; et bien que ce ne soit guère possible à Tâme vu sa grande corruption, . il n'y a maintenant d'autre et meilleur moyen pour elle que de devenir comme morte en toute sa raison et ses sens , de se réfugier purement dans la miséricorde de Dieu et de s'abandonner à elle, en sorte que la raison n'ait plus d'issue et soit contrainte de se rendre; et quand la volonté abat ainsi la raison^ elle est comme morte, bien qu'elle vive encore. Elle devient seulement l'esclave de la pure volonté, elle qui veut être maîtresse ; car la volonté de Dieu doit régner sur la raison , si l'on veut que celle-ci fasse quelque chose de bon qui subsiste devant Dieu , rien ne demeurant devant lui que ce qui ( st r n^^endré dans sa volonté. Si donc la volonté se tourne vers Dieu, l'es^ prit de la volonté devient son enfant, et alors subsis^ tent aussi devant Dieu les merveilles accomplies par Fesprit de la raison , car elles s'opèrent dans la volonté de Dieu et sont transportées du temporel dans l'éternel.
8. £t bien que nous ne puissions pas dire que nos œuvres ou nos faits demeurent éternellement , leur ombre ou leur image subsiste cependant, quoiqu'à la
vérité il subsistent en être, mais dans le mystère ou dans la magie divine, devant la sagesse de Dieu, attendu que leur principe extérieur seul rompt, tout comme ri^ ne périt de l'image de l'homme que le
régime des quatre éléments , lesquels rentrent dans Tunilé. Alors aussi toutes les couleurs et figures des quatre éléments sont en évidence, avec tout ce qui 8*eDgendre en eui, raison pour laquèlle Diea a fixé nu jour de séparation finale dans la nature, où doit être éprouvé par le feu ce qui a été accompli dans la vo* lonté de Dieu ou pas ; puis, chaque principe moissonnera ses merveilles, et là demeureront dans le feu bien des œuvres de plus d'un homme, parce qu'elles n'auront pas été faîtes dans la volonté de Dieu,* car en lut n'entre rien d'impur (Apoc. XXÏ : 2*7, et XXIÏ : 15). Or, ce qui a été engendré d'une autre magie n'est pas pur.
9. Nous en avons un exemple àia terre qui est altérée. Diras-tu, pourquoi? Réponse : Lors de sa création, Satan siéga avec ses légions (attendu qu'il avait été créé ange) dans le sulphur ou dans le centre de la nature, dont la terre fut créée plus tard; ce rebelle a éveillé la fureur dans la nature, en sorte que la terre a un attrait mauvais et impur, bien que captive dans la mort et réservée pour la putréfaction, devant être éprouvée par le feu étemel et rentrer dans ce qui la conlcnait avant la crcaliun, savoir dans réternelle magie de la nature éternelle.