‹ De l'incarnation de JésusChrist, écrit d'après une élucidation divine, en 1620Chapitre 48 sur 54 · CHAPITRE Vii · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vii

A quelle fin ce monde et tout ce qu'il renferme fut créé; item, de deux mystères éternels. Du puis-

- sant combat dans rhomme pour Timage. Dans quoi l'arbre de la f6i chrétienne s'enracine, croit et porte du fruit.

1 . Puisque la vie de Thomme est donc ainsi triple, chacune de ces vies est à l'autre un mystère et la désire, à quelle fin ce monde el tout ce qu'il renferme a été créé ; car la divinité désire le miroir ou la ressemblance, or ce monde l'est ; Dieu est manifeste dans cette ressemblance terrestre. Les merveilles du monde caché ne pouvaient pas être mises en évidence dans le monde angélique, dans Tengendrement de l'amour; mais dans ce monde > mélange d'amour et de colère, se trouve une double engendreuse , ici cela se pouvait; car toutes choses proviennent de la racine du feu , mais sont entourées de Feau de la douceur qui les rend aimables. Puisque le feu n'est pas connu dans le nionde angélique, car le centre de l'engendreuse réside dans la lumière et est la parole de Dieu» les merveilles de la nature ne peuvent être manifes-

tées que dans une magie spirituelle, c'est-à-dire, qu'elles doivent êtré vues dans la sagesse divine ; mais comme cela est presque insaisissable aux anges et aux âmes des hommes, et que^Dieu veut être reconnu dans les uns el les autres » le monde angélîque désire ardemment connaître les grandes merveilles que la sagesse divine recèle dès rétcrnilé, el ces merveilles sont nii^i's au jour, en ligures et en inia,ues, dans la ressemblance terrestre, le tout selon les éiernelles essences du centre de la nature, afin qu'elles subsistent à jamais; non en essence toutefois, mais en ûguresi images et ressemblances, en formes ; magiques, il est vrai, selon la volonté; mais Tengendreuse est néanmoins dans le centre des merveilles ; car elle a été une fois éveillée du feu ; seulement elle est de nouveau engloatie dans le mystère et demeure comme une vie cachée. C'est pourquoi toutes choses doivent être .manifestées comme une ombre dans le monde angélique, mais uniquement celles qui, faites dans la volonté de Dieu , ont été introduites dans le mystère; car il y a deux mystères qui sont étemels, Tun dans Tamour, l'autre dans la colère : donc là où entre l'esprit de la volonté , avec ses memilles , là aussi se trouvent ses œuvres et ses merveilles.

Nous devons reconnaître de même, que l'extérieur aussi désii^e ardemment l'intérieur, tout s'empressant vers le centre, comme l'origine, et désirant la liberté; car dans le feu de la nature il y a angoisse et tourment ; donc , la formation ou l'image de la douceur veut être libre dans la source de l'amour cl ne

peut cependant l'être, dans la soui'ce des essences de

feu» qae lorsque, danâ le briisement, le Umrment se sépare, là chaque chose entre dans son mystère. De même , le feu veut être libre de Teau , car l'eau est

sa lïiurt cL en laéuie temps un mystère pour lui. Et nous voyons également ici coininent l'eau relient le ' feu captif, bien qu'il n'y ait aucun mourir dans le feu, mais seulement un mystère, puisqu'on le voit traverser Feau et se manifester du centre de sa propre engen- (IreusG, témoin l'éclair ; cela se reconnaît aussi à une pierre qui est enu pourtant. Nous voyons surtout comme toutes les formes de la nature désirent la lumière , car dans ce désir s'engendre l'huile où la lumière est en évidence, attendu qu'elle naît de la douceur.

3. Reconnaissons dune noire vie, et que le centre du leu est ouvert en nous, car la vie brûle dans le feu ; ensuite, il nous faut considérer le désir d'amour qui, dans le monde angélique, naît dans la parole de vie ; là Timagination du désir du cœur de Dieu est en face de nous et nous attire dans le mystère divin.

4. iiuibieiiienieat, il nous faut considérer le règne magique de ce monde, qui brûle aussi en nous et nous attire violemment dans ses merveilles, car il veut se produire, et l'homme a été créé dans ce monde pour manifester ce mystère, pour produire à la lumière, en formes, les merveilles conçues par réternelle sagesse. Devant donc faire cela, et brûlant ainsi d'un triple feu, le vrai esprit, dans lequel l'image angélique réside, éprouve un grand trouble, et se trouve dans on grand danger, car il chemine dans un sentier bien éti'oit, aux prises avec deux ennemis qui se le dispu-

tent toiyours , chacun d'eux voulant s'établir dans l'image et y introduire sa source. Ces ennemis sont le feu intérieur et le feu extérieur : le régne intérieur de la fureur et le régne extéiieur terrestre du miroir;

et In vriitablo image se trouve là, au milieu, dans le froissement. Car ie régne intérieur veut manifester les merveilles par le règne extérieur, mais comme le premier est trop rude , celui-ci se dérobe à lui et se porte vers le règne du milieu 6u vers Timage qui se trouve dans la liberté divine, et se faufile ainsi dans l'image; car tout cherche le cœur de Dieu, cominr le centre du royaume de joie. 11 importe alors grandement à l'image de se défendre , de ne pas laisser entrer rhôte terrestre, bien moins encore le feu ; et cependant elle naît des deux, savoir, du feu , la vie , et du régne extérieur, les merveilles. C'est pourquoi il est de toute nécessité pour Fimage de l'homme de mener une vie tempérée et sobre, de ne pas trop se remplir du régne extérieur, sans quoi il se loge à demeure dan$ la noble image.

5. Ici nous pouvons comprendre le puissant combat dans rhomme pour l'image divine, car trois champions se la disputent: d'abord, la sévère vie de feu, puis la vie divine, et enfin, la vie terrestre^ Ainsi, la noble image est là prise au milieu et tiraillée par les trois: Alors il faut qu'elle se réfugie en foi dans le mystère de l'espérance et y demeure tranquille, et comme le diable voyage constamment de la vie de feu intérieure dans la vie extérieure ten'estre, dans Torgueil, la fausseté et Tavarice, autour de la noble image, YOulant l'entraîner dans le feu, dans la vie angois-

seuse, et la briser, attendu qu'il s'imagine toujours que le lieu de ce inonde csl son royaume et n'y veut souiinr aucune au ire image, la noble image tombe dans la croix, l'aflliction, l'angoisse et la détresse; il s'ensuit an grand combat pour obtenir la noble couronne de chevalier de limage divine, combat qui pousse à la prière, pour délivrer sans cesse l'image de la terrestréité ainsi que de^ suggestions d'orgueil et autres abominations infernales introduites, et la porter constamment à la vie et à Tamour divins. Par ce procédé la vraie image triomphe toujours de l'Adam terrestre et du démon orgueilleux : telle doit être, en tout temps, son attiiude chevaleresque. Ce qui lui est le plus utile, c'est de s'envelopper dans la patience, de se jeter sous la croix et de s'engendrer (s'élever) toujours dans l'amour; car cela est l'arme avec la» quelle l'image terrasse le démon et chasse la terrestréité ; elle n'a d'autre arme pour sa défense que la douce eau de réternelle vie qui ne plait [las à l'orgueilleux et furieux esprit de feu , c'est pour lui un poison qui le met en fuite.

6. Pour bien décrire maintenant Tarbre de la foi chrétienne, nous dirons que sa racine pousse dans le mystère de l'espérance, que sa croissance s'opère dans l'amour et que son corps est ce que la foi saisit; c'està-dire , que l'image pénétrant par son sérieux désir dans l'amour divin , saisit la substantialîté divine ou le corps de Christ. Gela est maintenant le corps dans lequel l'arbre pousse, croît, verdit et porte des liuils dans la patience: ces fruits appartiennent tous au monde angéliqne et sont la nourriture de l'âme, dont

elle mange et rafraicbil sia vie de feu qui , par là, est convertie on luniièro de la duuccui-.

7. Ainsi cruil dans ie |)araclis de Dieu cet arbre que rhomme exlcrieur ne connaît pas, qu'aucune raison ne saisit, mais qui est très bien connu de ia noble image ; arbre qui apparaît lors du brisement de la vie extérienre, et avec lui toutes les œuvres semées dans le mystère de Tespérar^ce. C'est pourquoi nul lujnime qui veut marcher dans la voie du pèiei inage divin ne doit prétendre à des jours heureux , à des honneurs ^ans ce monde , car Taffliction , le mépris et la persécution l'attendent à toute heure ; c'est pour lui une vallée de misères dans laquelle il est toujours en combat, vu que Satan rôde autour de lui comme un lion rugissant, et excite contire lui sa perverse lignée^ il est tenu pour un fou, son propre frère le méconnaît, sa famille le raille et le méprise. Il va son chemin, sème dans Taffliction et s'angoisse, mais nul ne le comprend , ni ne le plaint ; chacun pense (jue c'est sa folie qui le tourmente de la sorte. Ainsi, il demeure inconnu sur cette terre , car sa noble image n'est pas de ce monde, mais elle est née de Dieu ; il sème dans Tafiliction et récolte dans la joie; qui dépeindra la gloire qui l'attend comme récompense, ou la couronne de chevalier qu'il obtient? qui peut de* l ire la couronne virginale dont le revêt la vierge de la sagesse divine? oh trouver une pareille beauté qui surpasse celle des cieux ? 0 noble image ! n*es-tu pas celle de la Sainte-Trinité dans laquelle Dieu lui-même réside ? Il te revêt de son plus bel ornement afin que tu te r^ouisses éternellement en lui.

8. Qu'est-ce que ce uiundc qui péi it, qui n'engendfe à rhomriie que peines, angoisses el misères, rentraîne en outie dans la colère de Dieu , lui détruit sa belle image et le revêt d'une larve ? Quelle honte n'aura pas, au jugement dernier, l'homme qui apparaîtra sous une image bestiale , sans compter ce qui s'ensuivra, attendu qu'il demeurera tel à jamais! C'est là que commenceront le repentir, les gémissements et les lamentations au sujet du gage perdu, perdu à jamais ! car l'image devra rester éternellement en présence de l'affreux démon et faire la volonté du prince des abominations, Lucifer.

Page 1