CHAPITRE VUL
De quelle manière Dieu pardonne les péchés,'. et -commeiit on devient son ettf9nt.
i. Chère âme en quête et désireuse, qui as faim el soif du royaume de Dieu , observe bien la base qui t'est montrée : ce n'est pas une chose si aisée de devenir un enfant de Dieu que Babel l'enseigne : là on repail ia conscience d'histoires, on la berce au moyen des soulli ances et de la mort de Christ ; un enseigne liisloi'iquement le pardon des péchés, le comparant à un jugement mondain qui gracie quelqu'un de ses fautes, bien qu'il demeure de cœur un fourbe. — Ici, il en est tout autrement: Dieu n'admet aucun hypocrite ; il ne nous ôte pas ainsi nos péchés, pendant que nous nous contentons de la science et nous consolons au moyen de la satisfaction par les souiTrances
de Christ, tout en conservant Ir s abominations daii^ la conscience. — Il est écrit que nous devons naître de nouveau , sous peine de ne pas voir le royaume de Dieu. Celui qui s'adjuge les souffrances et la mort de Christ, qui veut se les appi oprier, tout en demeurant de volonté irrégénéré quant àTliomme adamique, fait justement comme celui qui s'imagiricruit que son maître va lui faire cadeau de sa propriété, bien qu'il ne soit pas son fils et qu'il Tait promise à celui-ci seulement. Ici, de même, si tu veux posséder le do* maine de ton Sîeigneur et Tavoir en propriété , il te faut devenir son vrai lils : car le fils de la servante n'héritera pas avec celui de la libre. Le fils histoïKine est un étranger; tu dois naître de Dieu en Christ, pour devenir le propre fils ; alors tu seras l'enfant de Dieu et iin héritier des souffrances et de la mort de Christ: la mort de Christ est ta mort, sa résurrection du tombeau la résurrection, son ascension la tienne, et son royaume éternel ton royaume ; en naissant de sa chair et de son sang son vrai fils, tu hérites de tous ses biens: autrement tu ne peux être ni l'enfant ni l'héritier de Christ.
2. Aussi longtemps que le règne terrestre occupe ton image, tu es le (ils terrestre de l'Adam corrompu; toute hypocrisie est inutile; quelques belles paroles que tu débites devant Dieu , tu n'en es pas moins un enfant étranger , et les biens du Seigneur ne t'appar* tiennent point, aussi longtemps qu'avec le fils perdu lu ne reviens pas au père , avec un vrai témoio-nage de regret et de douleur d'avoir perdu ton patrimoine. Là» il te faut sortir en esprit de volonté de hi vie ter*
Digitizod by C<.jv.' viv.
restre et rompre la volonté terrestre ; or il est douloureux d'abondonner d'âme et de volonté le trésor qu'on possède , où est né l'esprit de volonté , pour passer dans Fesprit de la volonté de Dieu^ ce qae tu dois faire. Là , tu déposes ta semence dans le royaume divin et lu lenaîs en Dieu, comme un fruit qui croît dans son champ; car ta vulunté reçoit la puissance de Dieu, le corps de Christ, et le nouveau corps le croît en Dieu ; alors tu es Tenfant de Dieu et les biens de Christ t'appartiennent ; son mérite est le tien » ses souffrances, sa mort et sa résurrection sont aussi à toi; lu es un membre de son corps et son esprit est ton esprit; il te conduit dans la droite voie et tout ce que tu fais lu le fais à Dieu ; tu sèmes dans ce monde et récoltes dans le ciel ; tu es la merveille de Dieu et tu maniîestes dans ta vie terrestre ses merveilles que tu transportes, en même temps, par ton esprit de volonté, dans le mystère divin.
3. Considérez donc ceci vous avares, orgueilleux, envieux, vous juges à double face, vous pervers qui recherchez les biens de ce monde, l'argent et les délices de celte vie, qui tenez l'argent et la fortune pour votre trésor, les désii'ex et voulez néanmoins être enfants de Dieu , que vous suppliez avec hypocrisie de vous pardonner vos péchés, bien que vous demeuriez, quant à votre image , dans la peau d'Âdam , dans sa chair, vous reposant sur les souffrances de Christ, quoique vous ne soyez que des hypocrites : Vous n'êtes point les enfants de Dieu, car pour cela il faut naître en lui, autrement vous vous abusez, de même que vos flatteurs avec leurs belles paroles. Ils enseignent, bien
que non reconnus de Dieu, ni envoyés pour cela ; Us
le font pour le venlre et les lionneurs temporels; ils sont la grande prostituée on Babel, adorant Dieu des lèvres et servant de cccur et d'àme le dragon en Babel, 4'. Chère âmè, sî tu veux devenir l'enfant de Dieu, prépare-toî à Tépreuve et à Taffliction : la vie enfantine n*est ni aisée nî douce jusqu'à ce que la raison ait été rendue captive dans le régne extérieur ; elle doit élre brisée, et la volonté, en l'abandonnant, doit, humblement obéissante , se déposer dans le royaume de Dieu» comme le grain est semé dans un champ ; elle doit être comme morte à la raison et se livrer à Dieu ; alors croit le nouveau fruit diins ie royaume des cieux.
5. C'est pourquoi l'homme réside dans une triple vie, et tout appartient à Dieu. Les essences d^^feu intérieures du premier principe passent dans le nouveau corps en Christ, en sorte qu'elles bouillonnent, par la volonté de Dieu , dans la chair et le sang de Christ ; leur l'eu est le feu divin dont brûlent l'amour, la dou- 4ïeur, rhumilité , et dont émane lé Saint>Esprit , qui leur aide à soutenir le combat contre la raison terrestre, la chair corrompue et la volonté de Satan': le joug de la volonté terrestre devient plus léger, mais . l'homme doit demeurer en eombat dans ce monde. Il faut à la vie terrestic la nourriture, et l'homme doit la chercher, sans néanmoins s'en laisser captiver, attendu qu'il doit se confier en Dieu* Sa raison terrestre est toujours en crainte du besoin , elle veut toijgours voir Dieu et ne le peut cependant, car Dieu n'habite point dans le règne tenesti e^ mais en lui-même.
6. La raison ne pouvant donc voir Dieu , doit être contrainte d'espérer; alors le doute combat la foi et veut détruire l'espérance. — C'est ici que la sérieuse volonté et la vraie image doivent combattre la raison terrestre, combat douloureux et souvent plein d'affliction » surtout quand la raison observant le cours de ce monde, reconnaît son esprit de volonté comme fou en rep-ard de ce train de vie. Il nous est dit là" dessus: soyez sobres, veillez, jeûnez et priez, afin * de pouvoir étourdir la raison terrestre et la rendre comme morte, pour que l'esprit de Dieu trouve place en vous. Quand il apparaît, il soumet bientôt la raison et jette un regard d'aniour et de douceur à la volonté angoissée, d'où nait, chaque fois, un beau rameau à l'arbre de la foi , en sorte que toute épreuve et toute affliction est pour le plus grand bien des enfants de Dieu ; car aussi souvent que Dieu permet que ses enfants tombenl dans Tangoisse et l'aflliclion, ils sont en travail [)our donner naissance à un nouveau rameau de l'arbre de la foi. Quand l'esprit de Dieu apparaît de nouveau , il produit chaque fois une nouvelle végétation dont la noble image se réjouit grandement , en sorte qu'il ne s'agit que d'un premier et vigoureux choc pour renverser l'arbre terrestre , afin que le noble grain soit semé dans le champ divin et que l'homme ap|$renne à connaître l'Adam terrestre ; car quand la volonté reçoit la lumière divine , le miroir se voit en soi-même, une essence dans la lumière voit l'autre ; par conséquent l'homme entier se ti'ouve en soi-même et reconnaît ce qu'il est, ce qu'il ne peut dans la raison teiresti'e.