CHAPITRE I
Des avantages que l'on trouve dans la méditation de la Passion du Sauveur.
Accourez tous, ô peuples! venez admirer Famour de Dieu pour les hommes, et voyez jusqu'où va leur aveuglement et leur malice pour un si tendre Père!
Le Fils du Très-Haut a voulu s'unir inséparablement à la nature humaine ; comment donc, après cela, ne nous efforcerions-nous pas de nous unir nousmêmes plus étroitement à lui ? Ce charitable Sauveur a bridé du désir de se rapprocher de la plus vile de ses créatures, comment donc ne nous empresserions-nous pas d'ouvrir nos cœurs à ses divines communications?
Inconcevable folie! nous abandonnons Dieu pour nous précipiter dans la fange. Eh quoi! est-ce donc pour nous engager
dans les liens de la chair que le Fils de Dieu s'est revêtu de notre nature? Quand il a crucifié la chair et méprisé tous ses plaisirs, quand il s'est appliqué à se tenir constamment uni à son Père, n'étaitce pas pour nous apprendre à nous mortifier nous-mêmes et à nous élever sans cesse vers les choses du ciel ?
Etrange aveuglement de l'homme! son corps n'est rien en comparaison de son âme; et voilà qu'il se donne tout entier au corps en cherchant tout ce qui peut le satisfaire ; et rien pour son âme , rien pour la nourrir et la rassasier, pour lui procurer le souverain bien , absolument comme si elle n'existait pas. Et cependant quoi de plus facile, de plus agréable et de plus doux que celte application? Partout Dieu se présente à nous, et il ne nous demande qu'un souvenir de la mort de son Fils. Mais insensibles que nous sommes ! nous ne courons qu'après les biens passagers, nous nous en rendons les esclaves; et ce Dieu qui nous
a comblés de ses bienfaits, qui parle eu secret à notre cœur, et qui ferait notre bonheur si nous savions nous ployer à sa volonté , nous n'en tenons aucun compte.
Certes , si l'âme ne se ravalait pas audessous des animaux , c'est pourtant ce Dieu dont elle est l'image, qu'elle devrait aimer par-dessus tout, et qui devrait faire l'unique objet de sa sollicitude. 0 mon âme ! si la chair a des attraits pour toi, que ton amour s'attache donc uniquement à la chair de Jésus-Christ , à cette chair qui fut offerte sur l'autel de la croix pour ton salut et celui du genre humai!) tout entier. Que la passion du Sauveur soit l'objet continuel de nos méditations; c'est là que notre âme s'élèvera plus facilement vers Dieu , et que nous apprendrons à diriger notre esprit, notre cœur et notre conduite. Là encore nous trouverons le courage de pratiquer l'héroïsme de la vertu et l'exercice de la mortification et de la souffrance; c'est là en-
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fin que nous pourrons régler sûrement nos pensées, nos paroles et nos actions. 0 heureuse passion! ô mort chérie! ô étonnant prodige ! voici que la mort donne la vie, et c'est la mort elle-même qui guérit les blessures ! Le sang de Jésus rend à noire âme sa blancheur et sa pureté ; sa douleur excessive produit un excès d'amour; son côté s'ouvre, le cœur s'unit au cœur.